Jean-Louis Borloo ; Réinventer la Nouvelle société

Du type de celle revendiquée naguère par le premier des radicaux, probablement le seul, le vrai, celui qui savait mieux que quiconque que rien ne se négocie contre l’intérêt général. Oui, quand je vois le parcours de Jean-Louis Borloo, je pense au nom de Jacques Chaban-Delmas. Celui qui évoque immédiatement en moi les mots de résistance, de conviction, de courage, de fidélité. Oui, je pense que le plus grand Président de l’Assemblée nationale que la France ait connu, aurait aimé le bouillant homme de Valenciennes.
Oui, la vision de la politique préconisée par Jean-Louis Borloo propose un progressisme contractuel qui laisse une large place au dialogue social, au sens de la responsabilité de chacun comme de l’Etat et des collectivités locales, à une certaine liberté d’expression, aussi. Comme à la volonté d’ouverture politique, celle qui mettra la France et les Français en tête de ses préoccupations ;
effacera les égos et les fonds de commerces de certains, dans le seul but de l’intérêt général. Mais surtout qui permettra à chacun d’entre nous de se réapproprier son pays en d’en être fier. Comme celui qui voilà près de 40 ans évoquait déjà le poids trop important que la société a donné à l’État, notamment dans le domaine de l’économie. Il soulignait avec courage cette «société de castes» qui empêchent la France de suivre le rythme des mutations nationales et internationales. Aux Français de vivre décemment de leur travail.

 

Alors que peut-on lui suggérer aujourd’hui ?

Oui, que conseiller à Jean-Louis Borloo ? A ce candidat potentiel aux plus hautes responsabilités nationales, celles qui pourraient lui permettre de passer de la pensée à l’acte. Plus, pour cet humaniste déclaré, comment favoriser avec lui un projet de société qui aurait pour seule ambition de permettre l’émancipation et l’épanouissement de l’individu dans une société en mal de reconnaissance. Réhabiliter chacun dans son rôle : celui qui doit contribuer, dans une certaine mesure, au dynamisme économique et social du pays comme à son propre épanouissement. Oui, noter l’importance incontournable à attribuer à la justice pour qu’elle redevienne sereine et juste. Donner la place au vrai dialogue social, celui qui engage la participation des salariés à la vie de l’entreprise, par des négociations entre patrons et syndicats, le tout favorisé par le gouvernement. Mais surtout, que tout soit compris et accepté par les acteurs du quotidien : oui, sur le terrain, pas dans un cabinet ministériel. Aujourd’hui comme hier, la France ne peut miser sur son développement économique sans se soucier des ambitions humaines. Si l’on n’est plus capable, si l’on n’est plus en condition de pouvoir s’inventer un rêve pour demain, c’est la fin qui s’annonce. Mais c’est aussi la régression, la perte des repères, des valeurs qui font et condamnent le vivre ensemble. Et qui feront que le destin, l’ambition d’un pays se résument aujourd’hui à trois guignols qui bloquent une entrée d’immeuble et font la Une du 20 heures de Claire Chazal ou de David Pujadas… 

 

Comment faire pour gagner avec lui ?

Le projet d’une nouvelle société préconise la modernisation des actes comme des esprits et à la vitesse grand “V”. Entre 2001 et 2010, tout a changé plus vite, s’est accéléré plus vite qu’entre 1970 et 2000. Il faut en être conscient et surtout savoir envisager, voire rêver, le mieux vivre de demain en mesurant tous ces paramètres nouveaux. Le malaise que notre mutation accélérée suscite tient, pour une large part, aux faits multiples que nous vivons dans une société bloquée, injuste, où trop souvent nous avons l’impression d’être manipulés. Certes l’espoir peut, on l’espère, mobiliser la Nation, mobiliser les Français derrière un projet de société. Mais il faudra être clair dans ses objectifs, clair dans ses préconisations, irréprochable dans ses actes, transparent et exemplaire dans sa démarche… Et surtout de n’oublier personne sur son chemin, personne de cette France Plurielle qui a toujours, et demain encore plus, son mot à dire pour assurer le rayonnement de notre pays.
Aujourd’hui, ne nous voilons plus la face, notre société est encore plus bloquée, plus injuste qu’on aurait pu l’imaginer en 1970, quand Jacques Chaban-Delmas lança son fameux “Appel” de Nouvelle Société. Notre économie est des plus fragiles et dépend dans sa plus grande partie des autres pays. Le “French Flair” n’est plus de mise pour savoir se sortir des situations les plus complexes. Aujourd’hui, comme le plus humble des français, l’Etat a sa pointeuse : l’Euro. Le plein emploi est devenu un combat d’arrière-garde alors qu’il est la vraie et seule résonance de l’état de santé d’un pays. Aujourd’hui, afficher 10 % de chômeurs est un exploit. Alors qu’il est possible et surtout plus courageux d’employer tous ces savoirs au mieux être de l’ensemble. La collectivité leur assure un salaire voire même des avantages de circonstances ? Alors, en attendant de trouver un “job” plus en harmonie avec leurs savoirs, leurs ambitions, qu’ils travaillent donc pour le mieux vivre de la collectivité. Le renouveau de la France passe par l’obligation de mobiliser de nouvelles énergies. Mais aussi et surtout d’oser enfin nous sortir de cette vieille tradition colbertiste et jacobine, faisant que pour de nombreux recalés, stratégiques ou pas, l’État soit la providence éternelle. Par ailleurs, il n’est presque aucune profession, quasi aucune catégorie sociale qui n’ait, depuis 40 ans, réclamé ou exigé de lui protection, subventions, détaxation, réglementation particulière ou départ à la retraite spécifique, au détriment de l’ensemble, de la collectivité. Il faut que cela cesse…
Par ailleurs, est-ce prêcher dans le vide que de relever que notre système fiscal est ressenti comme étant, à bien des égards, affecté par l’inégalité et faussé par la fraude permanente ? A l’image de tout ce tintamarre fait autour de l’annonce de la fin de la fameuse “Taxe Professionnelle”. Sauf que quand celle-ci, en catimini, se transforme plus gravement, pour l’entreprise, par une taxe foncière nouvelle, il n’y a là personne pour le relever…
Et puis quand ceux qui produisent les richesses ne sont pas ceux qui en premier en récoltent les bénéfices ? Quand on sait que nous sommes surtout dans un pays de castes où 20 % gagnent en une année ce que ne gagneront jamais les 80 % restant dans toute une vie. Et si à ce constat, comme en son temps Tocqueville l’a démontré (et cela reste toujours vrai en 2010), on relève qu’il existe toujours un rapport profond entre l’omnipotence de l’État et ses représentations locales ? Des représentations locales où, à travers la création d’un véritable millefeuille électorale dont plus personne ne sait où se trouvent les responsabilités, des monarques ont reproduit, à l’échelle régionale, les mêmes excès étatiques, voire plus. Imaginez qu’en France nous avons 1 élu pour 180 habitants, alors qu’ailleurs c’est 1 pour 1 000. Alors, on comprendra mieux qu’il faille “ramer” plus que de nature pour garantir le mieux vivre à des personnages qui ne sont même pas engagés à des résultats. Car c’est trop souvent l’étiquette et les “combinazione” en tous genres qui font l’élection et non la valeur des candidats. Mais on aura surtout compris que l’on n’est plus très loin de la dictature…
Alors pourquoi ne pas engager la marche du renouveau, avec un Jean-Louis Borloo ? Car comme l’aura dit en son temps Jacques Chaban-Delmas : «Il y a peu de moments dans l’existence d’un peuple où il puisse autrement qu’en rêve se dire, quelle est la société dans laquelle je veux vivre et aussi pouvoir participer à la construction effective de cette société».
Oui aujourd’hui, nous pouvons rêver d’entreprendre de construire ensemble une nouvelle société avec Jean-Louis Borloo, car il est peut-être et tout simplement l’un des rares qui pourrait être mon voisin de palier sans que j’en sois surpris, tant il me semble être plus proche des humbles que du pouvoir. Les autres, à part Jean Arthuis à droite et Emmanuel Valls à gauche, me donnent l’impression d’être dans un autre monde. Et Dominique Strauss-Kahn sur une autre planète…
Mais surtout, quand dans un pays aussi évolué que le notre une mamie de 70 ans va passer 15 jours enfermée dans sa salle de bain, sans que ses cris, ses coups contre les murs, n’interpellent personne, quand dans une ville comme Toulouse, boulevard Matabiau, plus de 100 personnes ne prêteront aucune attention à un homme allongé à même le trottoir, sous prétexte qu’il est probablement un SDF : on aura compris que le pire est devant nous. Car on a probablement déjà franchi la limite du non retour, celle qui fait basculer de l’humanisme à la barbarie…

André Gérôme Gallego
Ditrecteur de la publication
andreg@aol.com


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