Ira, ira pas ?

Francis Manaud

Il faut en convenir, les images venues de Syrie, ces corps d’adultes et d’enfants allongés morts à la suite d’une attaque chimique nous rappellent hélas d’autres images de la dernière guerre mondiale. Nous aurions pu croire que les exemples du passé nous auraient évité cet horrible spectacle, d’innocents civils, victimes de la folie humaine. Mais non, la bête est toujours là ancrée au plus profond de l’âme humaine, prête à tout pour voir triompher une cause, une guerre, une révolution, autant de moments éphémères et vains. Comment ne pas comprendre devant de telles horreurs que nos chefs d’Etat eux-mêmes aient songé à prendre les armes immédiatement et à frapper pour mettre fin à ce crime contre l’humanité. Le coupable semblait tout désigné puisque l’Etat Syrien possède une quatrième armée dite armée chimique, le mal ne pouvait par conséquent venir que d’elle. On se demande d’ailleurs bien pourquoi la communauté internationale si pointilleuse à juste titre avec l’Iran et son arme nucléaire, a laissé se développer ce type d’armement chimique par ailleurs proscrit par tous les traités internationaux. Mais ainsi va le monde qui tue Saddam Hussain qui n’en possédait pas et laisse Bachar El Assad développer une armée de ce type. Quoi qu’il en soit et le moment de stupeur passé, la raison a fait place à l’émotion et c’est à juste titre que le monde en est venu à se demander si la simple présomption d’innocence avait été posée. Et comme dans de nombreux domaines, ce sont nos amis anglais qui ont émis quelques doutes.

 

La terreur demeure mais l’ordre a disparu

 

Il faut dire que de leur lointain passé colonial, ils ont appris à connaître les travers des multiples populations auxquelles ils ont eu à faire face. Il faut dire aussi que chez les musulmans, la notion de sacrifice peut aller jusqu’à engendrer des martyrs qui iront tout droit vers le paradis d’Allah. Alors ceci étant dit, l’armée régulière est-elle responsable du massacre ou bien sont-ce les djihadistes qui souhaitent voir intervenir militairement les pays occidentaux ? Pour plus de prudence, le président des Etats-Unis d’abord va-t-en-guerre, préfère s’en remettre à la décision du peuple. L’Europe plus préoccupée par la diminution des thons rouges en Méditerranée, est comme l’Allemagne restée muette, tandis que la France prête à suivre se trouve en première ligne sans avoir voulu y être. Saura-t-on un jour qui a procédé à cet acte infâme ? Certainement pas, même si les Occidentaux souhaitent châtier le coupable. Alors en quoi consiste la sagesse en pareil cas ? On a pu constater au cours des dernières années que tous les dictateurs arabes ont eu des fins plus ou moins tragiques. Ils tenaient leurs peuples d’une main de fer mais ils avaient l’avantage de faire régner l’ordre par la terreur. La terreur demeure mais l’ordre a disparu. Alors laissons ces peuples régler leurs problèmes en interne. Ne faisons rien pour leur imposer la démocratie. Elle viendra un jour tout naturellement d’elle-même. Pour le moment, nos bombes ne feront rien de bien, laissons-les se rouiller.

Francis Manaud



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