Ingratitude,

Francis Manaud

C’est bien le lieu de notre naissance entre autres qui détermine notre appartenance à une nation, et sur ce point nous n’avons guère le choix. Naître en France, c’est être Français et le demeurer, même si parfois certains d’entre nous souhaitent aller vivre ailleurs, souvent pour des motivations bassement matérielles. En effet la citoyenneté implique à la fois des droits mais aussi des devoirs et c’est sur ce dernier point que les contestations apparaissent. Profiter des avantages tout en ignorant les inconvénients est tout simplement humain, mais les devoirs doivent l’emporter et faire que l’on doive se soumettre à la règle commune. Ceci est d’autant plus vrai que les règles auxquelles nous avons obligation de nous soumettre sont édictées par nos hommes politiques que nous avons démocratiquement élus. Certaines de ces règles sont éminemment discutables surtout pour ceux qui doivent s’y plier quand elles paraissent insupportables. C’est bien sûr le cas pour la fiscalité qui touche aujourd’hui les très hauts revenus dans l’optique d’un redressement de nos finances mises à mal par des gestionnaires incompétents. C’est dans ce contexte très particulier que le comédien Gérard Depardieu a décidé de l’opportunité d’aller résider en Belgique, pour échapper à certaines contraintes fiscales imposées par sa qualité de Français.

 

La grandeur se mesure à la hauteur des sacrifices consentis

 

D’autres l’ont fait avant lui, grand bien leur fasse, mais sa popularité et sa qualité de comédien remarquable en font une particularité pour nos concitoyens. Il est comme cela des hommes dont on attend d’eux une attitude particulière parce qu’à un moment ou à un autre, ils ont représenté l’exemple qu’il fallait suivre. Le fameux coup de boule de Zidane a été la déception des enfants et des sportifs pour lesquels il était une idole. La désertion de Depardieu, ce sont les désertions symboliques de tous les personnages de l’Histoire de France qu’il a si parfaitement incarnés. C’est Danton dont le bourreau ne montre plus la tête au peuple ou Vatel qui ne se suicide plus par devoir. Il aurait dû comprendre qu’à un certain seuil de notoriété, on ne s’appartient plus mais que l’on a l’obligation de s’identifier pleinement au peuple dont on est issu. Les impôts dont il est redevable sont en grande partie la conséquence de l’admiration qu’il a pu susciter. Et c’est en ce sens que le mot « minable » qui lui a été attribué correspond à la réalité de sa décision. La grandeur se mesure à la hauteur des sacrifices consentis et ce à quelque niveau de la société à laquelle ils se réfèrent. Aller résider dans un village belge à cinq cents mètres de la frontière française pour éviter quelques milliers d’impôts supplémentaires, c’est petit et c’est faire injure à ceux qui durant des années ont admiré un comédien irremplaçable en allant le voir et en faisant sa fortune. C’est petit et mesquin et pour tout dire en totale contradiction avec le personnage truculent que l’on a connu. Cyrano de Bergerac est bien mort et son auteur irrémédiablement trahi. « Et en même temps que votre passeport, rendez votre légion d’Honneur en mémoire de ceux qui plus que de l’argent ont donné leur vie pour la France que vous quittez. »

 

Francis Manaud



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