Guy Novès, le Magicien…

Bien avant ce 4ème titre continental, ses pairs l’avaient déjà sacré meilleur entraîneur européen de ces quinze dernières années. Une belle distinction que nul ne peut lui contester, sauf les “touristes” de ce sport qui auront même prétendu, un jour, qu’avec un tel effectif «le jardinier des Sept-Deniers en ferait des Champions de Fran-ce»… C’est peu connaître le rugby et surtout les Hommes…
… Au coup de sifflet final samedi, le but, l’objectif de toute une saison enfin atteint, le magicien toulousain n’a pas laissé échapper sa joie, comme si elle appartenait avant toutes choses à d’autres ; à toute la famille des Rouges et Noirs, présents ou pas sur le terrain. Conscient au fond de lui qu’elle était la résultante d’un esprit d’équipe qui englobait aussi bien les engagements justement du jardinier, comme du plus capé des joueurs sur le terrain, en passant par le staff technique et administratif, l’encadrement, le centre de formation et jusqu’au dernier des supporters…
Pourtant, à la première question du journaliste «A qui dédiez vous cette victoire ?», ce petit-fils d’un réfugié espagnol qui sait plus que tout ce que l’engagement pris devant les autres, la parole donnée vaut à être respectée, aura le besoin d’affirmer l’appartenance, la lignée avec une réponse simple et forte : «A ma famille». Le journaliste, comme de logique ajoutera… «Ne pensez-vous pas un jour entraîner l’équipe de France ?» : «Regardez-les, comment me séparer d’eux ?»… Entendez par là, les Rouges et Noirs, mais pas seulement…
En une attitude et deux phrases, on aura compris que l’Homme qui a fait le Stade Toulousain moderne, qui a le sens supérieur de la responsabilité envers les siens, est un personnage hors du commun. Un homme à qui on n’aura rien épargné et qui pourtant aura su, contre vents et marées, atteindre ses objectifs personnels comme professionnels. Permettre par sa manière d’être, son savoir rugbystique, son sens du devoir, de façonner l’âme de ce club bien dans l’esprit du Rugby, pour en faire avant tout chose une famille. Une famille qui a certes le goût de la gagne dans les tripes, mais surtout le besoin supérieur de gagner ensemble et pour le club. Ici aux Sept Deniers, comme me le rappelait un ancien compagnon d’armes à Midi Olympique, «D’où que tu viennes, qui que tu sois, quelque soit ton palmarès, tu te dois d’abord de revêtir l’esprit du Club, pour prétendre demain faire partie de la famille».

 

Tout n’a pas été facile…

Arrivé à son poste d’entraîneur, en même temps que son Président Jean-René Bouscatel, mais en succédant au tandem prestigieux Villepreux Skrela, Guy Novès savait d’entrée de jeu que le terrain était miné. Bon nombre parmi ses concurrents, au poste ou pas, pensaient même que cet écorché vif, qui n’a pas besoin de parler pour exprimer ce qu’il pense, allait “exploser” dès la première saison. Sauf que le destin allait en décider autrement avec un premier titre de Champion de France. Oui, d’emblée, comme il aime à le faire, cet ancien champion d’athlétisme et recordman de France, très dur avec lui-même, plaçait la barre très haut. La suite lui donne plus que raison avec un palmarès hors normes. Ainsi, en dix-sept saisons, ce ne sont pas moins de huit boucliers de Brennus, quatre sacres européens, un ou deux Du Manoir et Coupe de France qui font le palmarès de ce club hors normes.  
Guy Novès, un homme rare, un psychologue hors pair, qui a fait du travail et de la remise en question permanente son sacerdoce quotidien. Mais surtout, qui n’aura pas son pareil pour galvaniser, sublimer ses troupes. Il saura lire en chacun d’eux, cerner les caractères, pour en tirer le meilleur, l’exceptionnel. Un chasseur de victoire dans l’âme qui aura compris, plus que d’autres, que c’est dans la quête de ce bonheur extrême que se révèlent les vraies vérités de la vie tout court. Tant pis si elle semble physiquement éphémère mais n’est-ce pas justement ce qui en fait son charme, son piment ? Le coach ajoutant pour se convaincre du bien fondé de son esprit de la gagne : «Excepté le court bonheur de la victoire, le reste n’est que souffrance. Je n’arrive jamais à sortir de mon cerveau la hantise de la défaite…» Pas de place, donc, pour les sentiments, le prix à donner pour goûter à ce bonheur est élevé ; il faudra savoir assumer ou se condamner à disparaître…
La force de cet homme réside aussi et surtout dans la culture d’une certaine humilité comme dans la recherche permanente de l’unité. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, poseront les initiés. Mais surtout, en plus de 30 ans de carrière rugbystique, il représente à lui seul la prise de risque comme l’excellence d’un club légendaire ; le Stade Toulousain. En un mot, le rugby moderne dans toute sa dimension ; mais pas seulement. Dans sa fidélité aux autres, dans sa manière d’être, Guy Novès est un exemple pour tous.
J’espère que le meilleur continuera toujours à l’accompagner… A un degré ou un autre, nous en avons tous besoin pour nous sentir mieux, plus conquérant dans notre propre domaine.

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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