Grippe A* : enfin la vérité ?

C’est en fait ce que chacun d’entre-nous souhaiterait connaître. D’autant que la communication planétaire étant ce quelle est, internet aidant, tout et son contraire nous sont proposés chaque jour. C’est ainsi que le professeur Bernard Debré nous indique clairement que la grippe A «n’est pas dangereuse». Plus, ce professeur de médecine, député UMP de Paris, affirme même que la mobilisation contre la pandémie ne sert qu’à nous faire peur : «On s’est rendu compte qu’elle était peut-être même un peu moins dangereuse que la grippe saisonnière. Alors maintenant, il faut siffler la fin de la partie !» déclarait-il chez notre confrère Le Journal du Dimanche…
Sauf que cette grippe A “H1N1”, fuse très, très vite. Un malade en contamine deux ou trois, contre un pour une grippe classique. Mais elle ne resterait pour autant et pour la plupart des spécialistes qu’une “grippette” de plus. Alors, si elle n’est pas présentée comme les virus Ebola ou Marburg, quel vrai danger présente-t-elle, particulièrement pour les populations fragiles et surtout pour celles des pays émergents ?
Cette surmédiatisation ne serait finalement qu’une surenchère pour permettre, en période de crise mondiale, à quelques laboratoires pharmaceutiques de tirer les marrons du feu ? D’autant que les Etats vont même garantir les achats de vaccins comme des masques de protection. Alors tout ce tintamarre médiatique ne serait que la résultante d’une mauvaise gestion de l’opinion publique ? Victime même de plusieurs stratégies entrelacées, qu’elles soient scientifiques, politiques ou médiatiques ?

 

La gestion sanitaire ne serait pas garantie

Pourtant, plus incertaine encore serait justement la gestion scientifique des éléments dont on dispose. Alors que la plupart des dépêches insistent sur la différence entre la grippe dite saisonnière, autrement dit classique, et la grippe A auparavant baptisée grippe porcine ou grippe mexicaine, il se trouve en fait que le virus en question, le fameux H1N1, n’aurait rien de nouveau. Plus, pour certains spécialistes, il ne proviendrait sans doute pas d’une transmission depuis l’animal (comme avec le H5N1). Mais il serait surtout, depuis des années, répertorié comme présent dans les épidémies grippales saisonnières. Autrement dit, la grippe A de 2009 n’est qu’une grippe de plus dont l’agent est seulement plus virulent que préalablement accepté. A une dimension près, d’où l’inquiétude géné- ralisée, elle n’aurait pas respecté le protocole, le timing habituel. Présentant ses effets bien avant la période classique qui commence, chez nous, en principe vers la fin octobre… 

 

Une communication alarmiste qui n’est pas nouvelle ?

Rappelons-nous, en 2004 la grippe aviaire s’était rendue célèbre parce que les experts annonçaient déjà qu’elle serait la cause de millions de morts. En fait au final deux cents décès seront recensés… Mais surtout et on le dit peu, le type A (H1N1) est entré dans la composition du vaccin dès l’année 2007/2008.
Alors, en la circonstance, la science montrerait, hormis quel-ques données mécanistiques et quelques savoir-faire dans la vaccination, qu’elle est pour l’instant tout simplement dépourvue d’un savoir sur les virus ? D’ailleurs, pourquoi les virus ? Qui sont-ils ? La science fondamentale aurait-elle failli ou n’aurait-elle pas su anticiper sur tous les impondérables que revêt la logique virale qui mute en permanence et ainsi déjoue les défenses immunitaires.
Alors les organismes sanitaires, en prévention, réagissent en décidant d’une commande de vaccin extraordinaire. Seule capable d’après eux de venir à bout d’une grippe qui est, sommes toutes saisonnière mais plus sévère qu’à l’ordinaire. Est-ce bien logique ? Comme toujours, les politiques et les pleutres citoyens invoqueront le principe de précaution mais n’y a-t-il pas dévoiement de ce principe ? En fait, aujourd’hui, tout relève d’une décision combinant un peu de rationalité scientifique et beaucoup d’émotion comme de peur de l’inconnu.
Pourtant, le plus important dans cet événement de la Grippe A pourrait s’avérer riche d’enseignements sur un plan purement sociologique. Pourquoi cette panique, ou du moins cette diffusion d’informations inquiétantes ? Quel est le ressort de tout cela ?  Peut-on penser que les cas médiatisés du SRAS et de la grippe aviaire ont sensibilisé l’opinion publique, comme les médias, au risque pandémique ? Si bien que la réaction face au virus de 2009 relèverait plus d’une hypersensibilité médiatique face à un scénario “éventuel” de pandémie dévastatrice ? Et dans ce cas la seule question qui mériterait que l’on se pose c’est de savoir si cette pandémie annoncée ne serait-elle pas autant psychique que virale ?
Autre question : les experts médicaux sont-ils vraiment à la hauteur ? Plus grave, dans un con- texte où les informations se diffusent dans l’heure, où plus personne ne fait confiance à rien, où des intérêts privés et personnels se greffent : reste-t-il encore quelqu’un pour contrôler la situation ? Ou ne sommes-nous pas dans cet âge crépusculaire si bien décrit par Hermann Broch, un âge où les uns se résignent passivement et les autres s’agitent intempestivement pour régir en toute liberté de manœuvre et dans un seul intérêt ; le leur.   
Pour ma part j’espère simplement que dans un coin de brousse africaine, il se trouvera bien un autochtone pour verser un clin d’œil à toute cette frénésie occidentale. Et se dire avec sagesse que l’Occident, là comme ailleurs, est décidément devenu expert pour se fabriquer des problèmes.

André-Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com

* (H1N1)


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