Grèce, France, Europe… Le drame des privilèges

Imaginons que nous soyons dans un quartier d’Athènes, à Monastiraki, l’endroit des antiquaires et des brocanteurs. Antony est dans sa salle de bain, en train de se raser tout en écoutant sa radio favorite “Oasis 88 FM”… Ebéniste de son métier, il a près de 53 ans… La Grèce, pays méditerranéen par excellence, n’en finit plus de compter ses îles, éparpillées entre la mer Egée et la mer Ionienne et parmi elles, les fameuses Cyclades où Antony est justement entrain de rénover une petite maison de pêcheur, héritée de ses parents, espérant l’habiter au plus tôt. En fait le rêve de toute une vie qu’il compte bien réaliser dès qu’il prendra justement sa retraite dans quelques mois.
Sauf que ce matin le chroniqueur politique de la radio lui annonce que le parlement grec a voté, dans la nuit et en toute urgence, des mesures drastiques afin de contenir l’endettement du pays. Et parmi lesquelles, la décision de repousser l’âge de départ à la retraite de 53 à 67 ans…
Imaginons la situation de cet homme, de sa famille. Imaginons comment nous aurions nous mêmes pu réagir à ce verdict sans appel. D’un coup d’un seul, tout un choix de vie remis en question. Il y a de quoi en vouloir à la terre entière. Mais surtout à celles et ceux qui sont responsables de cette faillite. A ces dirigeants de droite comme de gauche qui n’ont pas su anticiper sur la crise, qui n’ont pas eu, en leur temps, le courage d’appliquer des mesures antipopulaires, car seulement concernés par leur réélection… Oui, les politiciens grecs ont géré au quotidien dans le seul but de défendre et préserver leur propre fond commerce. Et tant pis si l’économie de leur pays est aujourd’hui au plus mal et s’il faudra 20 ans de sacrifices pour espérer relever la situation. Mais, me direz-vous, le Grec de la rue comme les syndicats, ceux qui manifestent aujourd’hui et crient en cœur à la révolte sont aussi responsables de cette situation. Car ils ont sciemment profité et plus que de normal du système comme de toutes les roublardises qu’il proposait ; mais quand même… Sauf que la Grèce, pourrait être l’arbre qui cache la forêt, tant la situation des autres pays européens n’est pas aussi florissante que claironnée ici et là…

 

Un message pour la France ?

Bien entendu, le message est clair pour la France, comme pour tous les pays européens. Ce sauvetage, cette solidarité organisés autour de la Grèce par les autres pays de la zone euro et le FMI est bien plus profond qu’imaginé. Car la crise grecque est un vrai cas d’école avec 70 % de sa population qui vit d’emplois d’Etat, de privilèges en tous genres, de taxes prélevées ici et là au profit de certaines catégories de personnes, voire de certains lobbies syndicaux notamment. Un clientélisme de bon aloi qui fait que ce sont toujours les mêmes qui profitent des faveurs gouvernementales ou de leurs représentants sur le terrain. Ainsi de fait, les Grecs sont plus occupés à rechercher des rentes de situation distribuées par l’Etat qu’à créer des richesses.
Cela ne vous rappelle-t-il rien ?
Mais que dire aussi de cette fameuse Europe avec un José Manuel Barroso président de la Commission européenne, dont le salaire est supérieur à celui du Président des Etats-Unis, Monsieur Barack Obama, soit 300.000 €/an contre 280.000 €/an. En fait pour une fonction que les spécialistes jugent insipide et inutile. Car entre consensus et compromission qui sont ses maîtres mots, le bonhomme brille surtout pour sa passivité et son silence. Quant au salaire de base d’un commissaire européen, notons qu’il est de 230.000 €/an. Plus, comme si ces salaires exorbitants ne suffisaient pas, on apprend que les membres de la Commission européenne bénéficient de nombreux avantages : indemnités de résidence journalières, comme de “divertissement”…

 

Exiger la transparence

Sans oublier, si le cas se présente, d’indemnités de départ ; ainsi, une vingtaine parmi eux a bénéficié de véritables “parachutes dorés” et reçu au total pour 25 millions d’euros, soit plus d’un million d’euros par personne. Que dire aussi des frais de mandats de nos députés ou sénateurs, ne doit-on pas là aussi exiger la transparence ? Sait-on qu’en plus de leur salaire, nos parlementaires touchent tous les mois des indemnités forfaitaires, soit 5 884,91 € pour un député et 6 209,13 € pour un sénateur ; une paille ? Et comme de logique, dans ce monde de privilégiés, ils n’ont aucune obligation de fournir le moindre justificatif ; on croit rêver ! Voilà des bonus autrement plus scandaleux que ceux qui sont perçus par des chefs d’entreprises, puisqu’ils proviennent directement de la poche des contribuables, c’est-à-dire vous et moi…
Que dire aussi du calcul des retraites en France avec quasi autant de modes de calculs que de corps d’états. Particulièrement pour les fonctionnaires avec, pour leurs futures indemnités, la prise en compte des six derniers mois travaillés contre les 25 meilleures années dans le privé… Pour remplir sa promesse électorale sur le régime de retraite des fonctionnaires, le Président de la République va-t-il, comme cela a été fait en 1994 pour les salariés des banques, l’aligner sur le régime général ? Il est urgent de se poser la question, mais surtout d’y répondre.
Mais surtout, dans la situation d’endettement où se trouve notre pays, n’est-il pas temps que chacun dans sa fonction et son rôle se montre simplement responsable ? N’est-il pas temps d’attendre de nos élus tant sur le plan national que local qu’ils se montrent économes et soucieux de la bonne gestion de l’argent public ?  

André Gérôme Gallego
Directeur de la rédaction
andreg@aol.com


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