France Génération Plurielle

Oui, nous sommes tous, à un titre ou un autre, de cette composante, de cette France Génération Plurielle, qui ne dit pas son nom, qui ne crie pas ses maux… Oui, une France Génération Plurielle qui a du mal à se faire reconnaître, à se souvenir et surtout à transmettre le flambeau de la vérité, de la place à tenir au même titre que d’autres. Avec cette problématique, toujours plus criarde de la transmission de la mémoire des “déclarés étrangers” aux jeunes générations, nées ici et bien française.
Avec le décès de Lazare Ponticelli, le dernier Poilu français, le 12 mars dernier, s’achèverait pour certains spécialistes l’histoire des combattants de la Grande Guerre. Sauf que le bonhomme est un symbole pour toutes les générations, un témoignage de cette France plurielle car il était aussi un immigré italien, venu en France rejoindre sa maman à l’âge de 9 ans et naturalisé en 1939 à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Des hommes qui ont tout sacrifié pour défendre la nation française, préserver la liberté à disposer de leur destin. Ceci, alors qu’ils n’étaient pas des citoyens français mais des immigrés de gré, et bien souvent de force. Le plus souvent des sujets de l’empire colonial voire même des étrangers mobilisés par les Alliés pour la circonstance. Longtemps oubliée, cette vérité de notre histoire occultera la nature de ces diasporas qui ont participé de fait aux conflits militaires, aux actions de Résistance, à reconstruire la France. Ils étaient Italiens, Espagnols, Portugais, d’Afrique du nord, d’Afrique noire, d’Asie… Et tous ont le même défi : comment préserver et faire vivre cette mémoire quand ceux qui l’ont bâtie ne sont plus parmi nous ? Qui parlera de mon grand-père qui a quitté son Algérie natale pour aller se battre à Verdun, de mes oncles qui ont fait le débarquement de Provence, la campagne d’Italie, participé à libérer l’Alsace et la Lorraine ? Qui ont permis au Général de Gaulle d’être invité à la table des négociations ? Qui se souviendra de mon oncle, le chef du maquis de Caen… Quand je ne serai plus là, pour témoigner… ?

« Nos ancêtres ne sont pas les Gaulois »

Mais alors pour leurs enfants, comment réfléchir, élaborer ensemble une philosophie de comportements comme d’actions pour devenir les acteurs de la construction d’une société dont l’objet, la motivation, l’essence même, seraient de regrouper en son sein et sur tout le territoire Français, voire même au-delà, un ensemble de personnes, de toutes conditions, de toutes origines et de toutes confessions ; sans limite de nombre. Créer le socle d’une société dont le cœur de nos réflexions aurait pour seule préoccupation le devenir de l’Homme, son mieux vivre dans une société où les notions de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, seraient enfin la priorité et quelques soient ses origines ethniques, culturelles ou cultuelles.
Dans un pays où l’enseignement de l’histoire de l’immigration est quasi absente des programmes et des manuels, quel enseignement de la traite négrière, de l’esclavage et des abolitions ? Mais aussi, à une époque où la place et le rôle de l’immigration dans la société française et la lutte contre les discriminations sont au cœur de l’actualité, quels actes, quels documents, quelles pistes à explorer pour les enseignants et les éducateurs qui travaillent sur ces questions avec nos jeunes, nos enfants ? Sommes-nous conscients que l’école inclusive, véritable défi pour les systèmes éducatifs et plus particulièrement pour la formation des enseignants, repose sur l’adhésion de tous à l’idée qu’enseigner c’est se confronter aux différences individuellement portées aussi par les élèves. Les enseignants se doivent d’assumer, d’assimiler les différences sociales, culturelles, linguistiques et cognitives des élèves. Qu’en est-il vraiment ?
Car, osons le dire, hier comme aujourd’hui, les discriminations ethniques n’ont jamais épargné l’école, même si là, plus qu’ailleurs, les stigmates restent cachés. Les recherches les plus récentes confirment les insidieux mécanismes de relégation qui à la fois concentrent et écartent hors de l’espace commun élèves ou personnels d’origine “immigrée”. On le sait, l’élaboration de règlements ou de lois ne suffisent pas à relever de tels défis. Pour autant, faudra-t-il inventer un nouveau modèle de société qui préserverait les valeurs de la République mais ne confondrait pas égalité et ressemblance ?
Alors la question reste : la ségrégation s’accroît-elle en France ? Quelles en sont les formes anciennes ou nouvelles ? Qui ose engager les recherches portant sur la division sociale de l’espace, les stratégies de regroupement par défaut ou par choix selon les catégories sociales, la remise en cause du principe de mixité sociale et l’ampleur des processus d’évitement scolaire.  
Le philosophe haïtien Gérard Etienne disait : «On ne naît pas noir, on le devient».  
Le racisme n’a pas de couleur, il n’est pas l’exclusive du blanc… Le racisme n’a pas de culture ou de religion particulière, il est toujours le fruit du plus grand nombre, du plus fort du moment, du lieu, contre le faible du jour… L’étranger du contexte, celui à qui, quelque soit son talent, on ne passera jamais la balle, car il est en concurrence avec notre pote, celui de notre origine, de notre quartier.
Sauf qu’aujourd’hui il serait peut-être temps de prendre vraiment conscience de ce que nous devons tous à ce pays, à cette France qui nous a accueillis, bercés, éduqués, formés, protégés. Une France qui nous a permis de nous épanouir en toute équité, en toute sécurité.
Alors, et si notre devoir était simplement, en hommage à nos anciens, à ceux de notre sang, de notre origine de reprendre le flambeau de cette France Génération Plurielle ?
Une France Génération Plurielle qui n’oublierait certes pas d’où elle vient, mais ferait justement honneur à cette différence pour se montrer tout simplement exemplaire, le référent national.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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