Faut-il être un enfoiré…

… Pour avoir la moindre chance de gagner dans ce monde de voyous ?
C’est la question que l’on est en droit de se poser quand on est un observateur quotidien de la chose publique.
L’histoire de Renault au grand prix de Singapour en est l’exemple parfait, un vrai cas d’école. Avec d’un côté un coach qui sait que seule la victoire a du prix et qui est prêt à tout faire pour cela. Des pilotes qui n’ont pas leur mot à dire, l’un pour assurer la gagne, l’autre pour tuer les ambitions de ses concurrents. Sauf qu’à ce petit jeu, une entreprise phare voit son image ternie et pardessus tout un Felipe Massat, le concurrent, qui a vu s’éloigner un titre de Champion du Monde ; le rêve de toute une vie.  
Ou à moindre échelle, tout prêt de chez nous, c’est le petit commerçant qui a pignon sur rue, paie patente et voit chaque matin son rêve perdre de sa force, de sa raison d’être. Car devant son enseigne, des petits malins lui font concurrence à la “sauvette” et sourire aux lèvres. Le tout dans une belle impunité, cautionnée par un pouvoir qui ferme les yeux. Comme c’est plus facile.
France Télécom et les autres…

Et voilà que l’on oublie, depuis Montesquieu au moins, que «c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il ira jusqu’à ce qu’il trouve des limites». Alors pourquoi se priver quand la société et ses représentants, chargés pourtant de faire la justice, semblent moins regardants devant les “combinazione” de certains petits malins. Et tant pis si en bout chaîne, ce sont toujours les mêmes qui paient…
Aujourd’hui l’actualité, ce sont les suicides chez France Télécom, et un PDG qui du haut de son piédestal en oublie les plus basiques règles de civilité. Tellement convaincu d’avoir le pouvoir absolu, il osera même parler de la «Mode du suicide…». C’est pourtant l’acte extrême avec toutes ses conséquences sur la remise en question qui devrait être celle des pouvoirs publics en matière de relation humaine comme de partage du travail et de ses bénéfices. Oser enfin se poser la question de savoir si nous vivons une crise de l’Homme, de l’Entreprise ou de la Société ? Probablement des trois avec ce manque de volonté chronique, de courage, d’engagement supérieur de tout faire, par ceux qui en ont le pouvoir et les moyens, de remettre l’Homme au cœur de nos préoccupations. Ajoutée à cela une perte définitive de confiance envers nos politiques, comme envers les dirigeants syndicaux qui une fois aux affaires sont plus tentés de gérer leurs fonds de commerce, d’en assurer la pérennité que de prendre le risque de mécontenter quiconque.
France Télécom aura-t-il été le révélateur qui va tout changer ? Probablement que non d’autant si, prime à l’actualité oblige, après le corbeau définitivement stoppé, l’affaire Clearstream fera les gros titres de nos tabloïds et l’opinion publique malléable à souhait passera à autre chose. Par contre, l’honnêteté voudrait que stigmatiser France Télécom, plus qu’une autre entreprise c’est se voiler la face. Ne pas regarder le fond du problème, c’est ne pas accepter que nous avons tous notre part de responsabilité dans ces suicides, dans cette société qui va dans le mur.
Car France Télécom n’est malheureusement pas la seule entreprise concernée. De grandes sociétés comme Renault, EDF, HSBC, La Poste, BNP Paribas et même Airbus ont dû affronter la question du suicide d’un ou plusieurs de leurs employés. Sait-on que la Police Nationale déplore elle-même une cinquantaine de suicides parmi ses fonctionnaires ? Bien sûr, les conditions de travail peuvent avoir une part prépondérante pour inciter au passage à l’acte. Mais bien pauvre qui n’a comme raison de vivre que le travail. Pour les spécialistes, la détermination finale prendrait sa source auprès de plusieurs facteurs où vont se mêler, relations humaines, conditions de vie en dehors et au travail, organisation du travail etc. Autant de conditions susceptibles, comme l’écrivait Freud, de signer «la défaite de la pulsion qui oblige tout vivant à tenir bon à la vie».
Mais le suicide en entreprise c’est aussi et ne l’oublions surtout pas une mise en accusation directe de l’Etat et du pouvoir de ses représentants. Capables en toutes circonstances de faire la pluie et le beau temps voire même d’éliminer au profit d’autres…   

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.