Euro 2016 ; L’illusion jusqu’où ?

Pour qu’il ne se révolte pas, en pleine décadence les dignitaires de l’empire romain, promettaient au petit peuple «panem et circenses»… du pain et des jeux, En serait-il de même aujourd’hui avec la désignation de la France pour organiser l’Euro 2016 de football ?
Proche ou pas du football et de ses pratiques, bon nombre sont les voix qui s’élèvent ici et là pour s’indigner de l’accueil d’un événementiel dont rien ne garantit le succès populaire et encore moins le succès économique. Sans oublier les risques de dérives et de confrontations de pseudos supporters en mal de sensations fortes, comme on l’aura vu à Toulouse et ailleurs en France lors de la qualification au Mondial 2010 de l’Algérie notamment, mais pas seulement hélas…
Mais surtout, conscients qu’ils pourraient mécontenter 45 % de leur électorat, nos politiques, à droite comme à gauche, semblent pour une fois tous d’accord… Pas de Martine Aubry pour critiquer le soutien inconditionnel du Président de la République Nicolas Sarkozy à défendre jusqu’au bout ce dossier. Personne pour nous dire que pour remporter le prétendu jackpot, la Turquie comme l’Italie ne promettaient pas plus de 700 Millions d’Euros d’investissements. Plus, qu’avant le choix final, l’Italie s’était retirée du dossier, le trouvant au-dessus de ses moyens… Mais surtout que pendant ce temps la France annonçait, quant à elle, être prête à dépasser le Milliard d’euros d’investissement pour faire la fête. Alors bien sûr, on nous dira que cette manne sportive va permettre de créer ici ou là des stades nouveaux voire en moderniser d’autres, sauf que cela servira à qui et à quoi ?… Notre quotidien fait de sacrifices en tous genres va-t-il être amélioré grâce à cet artifice de reconnaissance supérieure ?
Et puis, ce sont de véritables multinationales qui sont à la tête de ces clubs professionnels : pourquoi ne financent-elles pas l’édifice qui leur sert de lieu de travail comme le plus humble des chefs d’entreprise ?

 

Le Football passionne qui ?

Car comme toujours on oublie de nous dire, à droite comme à gauche, qu’à cette échéance, la France s’est engagée à disposer de 12 stades entièrement modernisés. Une facture totale qui pourrait, d’après des spécialistes moins euphoriques et plus lucides, avoisiner les 2 milliards d’euros. Soit une note de dépenses ou d’investissement pour les plus optimistes, qui ne serait prise en charge qu’à hauteur de 40 %, si l’on peut dire, par les pouvoirs publics. Du moins c’est annoncé comme tel. Car aujourd’hui personne ne peut garantir que l’on saura maximiser les investissements privés. Mais surtout personne pour nous dire que dans le cas contraire, c’est l’Etat qui devra faire face à l’engagement total. Souvenons-nous en 1998, sous l’euphorie de la victoire, on en oublia le coût final de l’opération pour les pouvoirs publics, c’est-à-dire pour nous les petits contribuables. Car, petit aparté bien français, les soi-disant revenus modestes ne paient pas d’impôts et les autres des catégories supérieures non plus. Car ces élites aux situations des plus avantageuses ont aussi les moyens de s’offrir les meilleurs conseillers pour éviter justement l’impôt sur le revenu. Nos fameux footballeurs quand ils résident en France, font partie de cette caste d’avertis… Quant aux autres, les expatriés, un tantinet mercenaires, ceux qui ne chantent jamais la Marseillaise, s’ils ont été formés en France, avec les deniers publics, ils ne reviennent en équipe de France que pour valoriser leur cote et leur compte en banque. Plus tard, comme d’autres, pour se faire soigner et qui sait un jour toucher une retraite “colossale” financée par les deniers publics, sans jamais avoir vraiment cotisé… 

 

La France rentrera-t-elle dans ses fonds ?

C’est ce que l’on souhaite… Sauf que sur les 2 milliards d’euros estimés, l’Etat et les collectivités locales ne se sont engagés qu’à honorer au maximum 800 millions d’euros dont 250 millions de l’Etat. Les 550 millions d’Euros restant étant répartis sur les fonds propres des collectivités locales. Des collectivités locales qui, comme la ville de Toulouse, se sont aussi engagées à financer les travaux d’infrastructures pour faciliter l’accès à ces lieux de pèlerinages footballistiques. Sauf qu’aujourd’hui personne ne sait où l’on trouvera le milliard d’euros nécessaire à compléter le budget. Auprès d’investisseurs privés annonce le gouvernement. En fait, un défi proposé aux Clubs eux-mêmes et qui fait déjà blêmir de peur, les plus courageux. Car tous n’ont pas les budgets de Marseille, Lyon, Bordeaux voire Lille.
Sans oublier que les dirigeants de la Fifa, qui ne sont pas des enfants de cœur, Michel Platini en tête, ont bien enregistré que la France leur a promis de doubler ses bénéfices. En fait la garantie de repartir avec un pactole de 250 millions d’euros. Les initiés diront que c’est ce qui a fait pencher la balance en faveur du ticket français.

 

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…  

Même les observateurs neutres ne se risquent pas à un optimisme béat, prétendant seulement «qu’à long terme les retombées seront positives». Comme de logique les spécialistes de l’hôtellerie avanceront sans risque qu’en période de crise, c’est bien la meilleure nouvelle qui pouvait leur arriver, avec la TVA à 5,5 %… La promesse d’au moins un million d’étrangers de plus que la moyenne annuelle ne peut qu’être que bien accueillie… Mais la surveillance de ce million de touristes bien particuliers coû- tera combien ? Et puis combien de vrais touristes ne viendront pas visiter notre pays justement pour ne pas croiser ces pseudos supporters ? Ailleurs dans le bâtiment, d’autres vont avancer les milliers d’emplois qui seront proposés à la construction comme à l’exploitation de ces stades… Et ils auront raison… Sauf que sur le long terme où sera la pérennité des emplois ? Mais aussi et à titre d’exemple quel est le vrai coût de l’entretien quotidien du Stadium de Toulouse, supporté par la collectivité ? Les 5 000 places supplémentaires à aménager pour prétendre accueillir l’Euro 2016, à quelques événementiels près, comment seront-elles rentabilisées ?
En fait le seul gagnant pourrait être, paraît-il, le Football français avec comme toujours, en pareille circonstance une hausse du nombre de licenciés et un accroissement, au moins ponctuel, du nombre de spectateurs et de téléspectateurs.
Cela fait cher le ticket gagnant, alors qu’ailleurs on aura toutes les peines du monde à trouver quelques milliers d’euros pour financer une crèche, une classe maternelle, un petit jardin pour nos seniors, etcetera. Dommage !

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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