Et si nous n’étions que des nains…

Oui, si nous étions, comme l’aurait déjà écrit au XIIème siècle, Bernard de Chartres : «…semblables à des nains assis sur des épaules de géants». Le philosophe qui ajoute : «Nous voyons davantage de choses que les anciens, et de plus lointaines, mais ce n’est point grâce à l’acuité de notre vue ou à la hauteur de notre taille. C’est parce qu’ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque.»
Un constat nouveau ou une réalité qui de siècle en siècle, nous collerait à la peau, de génération en génération ne se démentirait jamais. Interpellerait et offrirait un instant de lucidité à celui qui se pose question sur son rôle dans cette société, de sa responsabilité même dans son devenir, mais après… Illusion de son mieux vivre apparent apportée par des conforts supposés de technologies supérieures mais, à y regarder d’un peu plus près, tellement contraignants. Eloignant toujours plus de nos valeurs comme de nos principes voire même de nos préceptes de vie : la relation humaine, l’échange et surtout le respect de l’Autre.
Autrefois, les Toulousains étaient moins nombreux. Mais ils étaient fiers de l’être et gardaient dans le souvenir de leur glorieux passé de Capitale Languedocienne, le culte de l’urbanité. Oui, le culte de l’urbanité, qui était le point commun avec l’ambiance des villes italiennes ou espagnoles. Le plaisir de sortir, d’arpenter les boulevards “paséo”, de s’installer aux nombreuses terrasses de cafés, d’aller fréquemment au cinéma ou même à l’Opéra, s’arrêter devant les Américains pour profiter du spectacle… Un programme qui était tout fait et laissait le loisir de prendre le temps de se retrouver chez son boulanger, son boucher, son charcutier ; chaque fin de semaine au marché à la volaille et aux légumes, au bistrot du coin pour refaire le monde, d’aller prier à l’église chaque dimanche matin, la pétanque l’après-midi… Ce mode de vie conduisait à une grande mixité sociale, encourageait à cette particularité traditionnelle de notre ville où la liberté d’agir, l’ouverture d’esprit restaient les maîtres mots de la tolérance de l’autre pour entrevoir le partage. La moindre fête chez l’un était partagée par tous…
Certes, on ne peut agir de la même manière quand la population est de 140.000 habitants comme en 1914, et aujourd’hui en 2009 où Toulouse et son agglomération atteignent près d’un million d’habitants. Mais quand même…

 

La francophonie pour lien supérieur ?

Juste après l’arrivée des Espagnols et des Italiens, depuis les années 50, il faut lui en savoir gré, au fil du temps, notre ville absorbait comme une éponge et non sans mal toutes les vagues d’immigration, au point de relever sur le seul quartier de la Reynerie plus de 38 nationalités d’origine. Mais, que l’on ne s’y méprenne pas, ces nouveaux arrivants représentaient tous, à un degré ou un autre, de véritables atouts de développement. Une plus-value humaine, de force d’entreprendre en bien des domaines, mais que nous avons été incapables d’apprécier, de valoriser comme la logique l’aurait voulue. Dépassés, nos décideurs d’alors manquèrent de ce supplément d’âme, de la vision, de l’autorité et surtout de la lucidité que leur rôle aurait dû leur reconnaître, leur imposer tant les défis qui se présentaient à eux étaient décisifs pour garantir notre mieux vivre d’aujourd’hui.
Des défis qui 50 ans plus tard restent à relever sinon gare aux dégâts, d’autant que la génération qui est née sur notre sol, à l’inverse de ses parents, ne s’embarrasse pas de réserves et de respect vis-à-vis de l’Etat supérieur. Elle veut tout et tout de suite.  
Ses parents, étaient issus de la francophonie, ce lien invisible qui nous tient tous et devrait nous sublimer. Ses enfants, ne sont-ils bons que pour défendre nos couleurs sur les stades du monde entier ? Qu’on le veuille ou non, à terme cette génération plurielle nous engagera tous. Et si nous n’avons pas les bonnes réponses à lui donner, de gré ou de force, elle ira les chercher.
S’il est de la responsabilité d’une ville ou d’un pays de concevoir le mieux vivre quotidien de ses habitants, aujourd’hui, on peut avoir légitimement des regrets. La qualité de vie est la résultante d’une prise de conscience, d’une prise en compte permanente, de l’espace dans le temps, de son mode d’utilisation comme du nombre des usagers qui le font vivre… Force est de constater qu’à Toulouse, au fil des années, elle s’est peu à peu dégradée. Voire devenue un véritable handicap à qui veut y vivre, y entreprendre…
Il y a quelques années, la Mairie de Paris vantait sa ville aux 100 villages pour souligner la diversité, la convivialité de la capitale, d’Auteuil à Ménilmontant en passant par la Butte aux Cailles, disait la publicité. Le slogan aurait valu pour Toulouse, avec ses innombrables quartiers et faubourgs qu’il faut apprivoiser pour bien connaître leurs singularités : Saint-Cyprien, Bonnefoy, les Carmes, Arnaud Bernard, les Minimes, Bellefontaine, le Mirail, Saint-Michel, Lardenne, La patte d’Oie, les Izards, Bagatelle, la Reynerie, les Arènes, Purpan, Roguet. Mais où sont les opportunités de se connaître, d’échanger, d’apprendre le vivre ensemble ? Aujourd’hui tout le monde vit reclus dans sa rue, dans son appartement, ne prendra pas le risque de sortir de son territoire, même en plein jour.  
Mais n’oublions pas dans notre vision de mieux vivre la périphérie de Toulouse. Le fameux Grand Toulouse, avec ses villages Gascons ou Languedociens, qui attirent pour leur aspect riant, chaleureux où, bon gré mal gré, petits commerces oblige, la convivialité semble encore de mise ; mais pour combien de temps ? Car l’on se doit de reconnaître que le stress du quotidien, l’insécurité économique, l’urbanisation à outrance et sans discernement, le manque de transports en commun, semblent aussi condamner à terme ces petits havres de paix, à devenir des villes-dortoirs sans âmes.
Aujourd’hui est-il trop tard pour faire en sorte de se doter d’outils et de moyens susceptibles de sensibiliser, responsabiliser, d’inciter le plus grand nombre, parmi nous, à participer au mieux vivre partagé ? Pour convaincre les Toulousains, toutes générations, toutes origines confondues qu’ils ont matière et intérêt à devenir acteurs dans leur ville, pour ancrer définitivement l’harmonie du vivre ensemble, le respect, la sécurité et la liberté d’action ? Aujourd’hui à Toulouse comme dans tout le territoire régional tous les pouvoirs de décision comme stratégiques sont entre les mains de la Gauche ; lourde responsabilité.
Hier, sans affirmer ses prétentions, une France génération plurielle prenait ses marques et ses points d’appuis. Alors gare si l’on n’a pas retenu les leçons du passé, les leçons de nos anciens. Si trop sûrs de nous, l’on oublie vite et l’on snobe ce qu’ils nous ont appris.
Aujourd’hui des petits malins commencent à profiter de ce chaos qui ne dit pas ses maux. Les pouvoirs publics font mine de ne rien voir, demain il sera trop tard, d’autant si comme toujours la religion venait à y ajouter, ses paraboles et ses excès.

André G. Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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