Et les shaddocks pompaient…

Une histoire vraie : tout se passe en France, vous pouvez vérifier…
En 1999, la Cour des comptes l’avait déjà remarqué, la Fonction publique pouvait, dans bien des domaines, être une énigme. Ainsi, la belle entité énonçait que les documents budgétaires et comptables que cette dernière fournissait «… ne permettaient pas de définir d’une manière précise les effectifs employés dans les services de l’Etat, ni même du montant et de la structure des rémunérations qui leurs étaient allouées». En fait les magistrats de la prestigieuse Cour, malgré de nombreux contrôles et après avoir compté et recompté estimaient que le nombre de fonctionnaires d’Etat recensés à l’époque était fiable à… 300.000 près ! Ajoutant avec malice, certitude et preuves à l’appui, qu’ils étaient toujours plus nombreux, mais surtout qu’ils dépensaient toujours plus d’argent, et omettant avec diplomatie de trop insister sur le phénomène, maintes fois soulevé et jamais corrigé ; si ce n’est à rappeler aux contribuables français que leur destin d’éternels shaddocks, n’était pas prêt de disparaître.  
Pour comprendre les raisons d’une telle dérive, il suffit de regarder une courbe, celle relevée depuis la fameuse loi de décentralisation de 1982. Signée par Gaston Defferre, elle nous promettait d’établir un rapport nouveau entre l’Etat et les Français. Sauf que depuis, le nombre de fonctionnaires publics territoriaux est passé d’un million à plus de 2 millions aujourd’hui. Le tout accompagné de son cortège de dépenses pharaoniques dont la masse salariale qui, si en 1998 représentait déjà la bagatelle de 23 milliards d’euros, aujourd’hui, soit 10 ans plus tard, dépasse allègrement les 45 milliards d’euros. Sans que les Français n’aient gagné un “iota” de mieux vivre ; au contraire pour la bonne majorité, leur pouvoir d’achat a perdu plus de 30 % en moins de 10 ans…   
Légèretés

Plus, ces Etats dans l’Etat, ont créé de fait de vraies baronnies. Plus incontrôlables les unes que les autres et avec un esprit de dominance bien particulier. Il suffit pour s’en convaincre de lire les propos du président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, Georges Frêche. En effet en 2005, dans un souci permanent de provocation, le patron de la plus forte représentation socialiste, devant la commission d’enquête parlementaire qui s’inquiétait de l’évolution de la fiscalité dans sa région, comme la surprenante hausse des dépenses de personnel (+55 %) se justifiait ainsi : «Nous aurons haussé les impôts une fois en six ans, et alors, ensuite ce sera fini. Rassurez-vous les gens auront oublié et je serai réélu. Ne vous figurez pas que le débat électoral va porter sur ces questions. N’est-ce pas le b.a.-ba de la politique ? Si j’ai été élu six fois maire de Montpellier, c’est parce qu’au lendemain de chaque élection j’entre en campagne pour la suivante. Deux ans d’impopularité, deux ans de calme, deux ans favorables avec des fleurs et des petits oiseaux, et vous êtes réélu : tout cela est d’une facilité déconcertante. Je vous le conseille !»
Ajoutant, toujours provocateur : «Ce n’est pas avec des discussions sur le budget et la TIPP que vous influencez l’électeur, qui n’y comprend rien et qui s’en moque comme de l’an 40 !» A la lecture de ces propos, certains parleront de volonté de provocation face à ses pairs, pas dupes du “manège électoral”, sauf que le Français lambda qui se permettrait de telles légèretés serait vite sanctionné…  
Plus grave encore, l’augmentation des effectifs territoriaux et à titre d’exemple, le Conseil Général de la Haute-Garonne, où l’on estime à 17 000 le nombre d’employés. Plus qu’à Bruxelles… Certes des emplois en partie justifiés par l’importance des transferts de compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales, mais pas seulement. D’autant que l’on oublie de nous dire que dans le même temps les fonctionnaires d’Etat augmentait aussi. Ainsi, en 2005, on comptait 2.300.000 fonctionnaires contre 2.200.000 en 1994. Cherchez l’erreur… Et pendant ce temps, les Français continuent à pomper, pomper dans leurs forces et leurs économies pour faire face à un quotidien qui s’obscurcit de jour en jour…

 

Un beau mille-feuille

En fait, au lieu d’entraîner une simplification, la décentralisation s’est surtout accompagnée par plus de doublons, plus d’opacité et plus de dépenses en tous genres. Entre nous, qui aujourd’hui sait vraiment faire la différence entre ce qui relève des compétences de sa mairie, de la communauté des communes ou intercommunalité, de son département ou de sa région ?
En 1762, trente ans ou presque avant la création des départements, Jean-Jacques Rousseau avait déjà écrit le premier rapport de la commission d’experts chargée de réduire la dette de l’Etat. Dans le livre II du “Contrat social”, au chapitre IX, il écrivait : «Premièrement, l’administration devient plus pénible dans les grandes distances, comme un poids devient plus lourd au bout d’un grand levier. Elle devient aussi plus onéreuse à mesure que les degrés se multiplient ; car chaque ville a d’abord la sienne que le peuple paie, chaque district la sienne encore payée par le peuple, ensuite chaque province, puis les grands gouvernements, les satrapies, les vice-royautés qu’il faut toujours payer plus cher à mesure qu’on monte, et toujours aux dépens du malheureux peuple ; enfin vient l’administration suprême qui écrase tout. Tant de surcharges épuisent continuellement les sujets ; loin d’être mieux gouvernés par ces différents ordres, ils le sont moins bien que s’il n’y en avait qu’un seul au-dessus d’eux.»
Régions, départements, villes, un beau mille-feuille, dont il faudra bien un jour nous expliquer la raison d’être, les raisons et causes de trains de vie indécents dans une telle conjoncture… Nous dire la vérité…   
Même si on sait, depuis au moins Montesquieu, que «c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites».    

André-Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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