Enfin, les retraites !

Francis Manaud

C’est bien connu : les Français sont conservateurs et économes. Ils sont conservateurs jusqu’au moment où la pression étant trop forte, ils n’hésitent pas à renverser toutes les barrières et c’est la révolution. Economes parce qu’on ne sait jamais et que les guerres leur ont appris qu’il fallait faire des provisions aussi bien de vivres que d’argent. Tout cela conduit irrésistiblement à un immobilisme qu’heureusement la jeunesse a tendance à remettre en question. C’est dans la même veine que les acquis sociaux prospèrent grâce à un effet cliquet qui interdit toute remise en question et a fortiori tout retour en arrière. Rien n’y fait et pourtant ne pas reconnaître dans ce domaine les évolutions de la société, c’est nier tout simplement le principe de réalité et du simple bon sens. Au cours des dernières décennies pour avoir refusé de prendre la responsabilité de traiter une bonne fois pour toute la question des retraites, les pertes se sont accumulées à un point tel que rien ne peut plus excuser aujourd’hui leur remise en question. Et paradoxalement c’est un gouvernement de gauche qui va devoir s’y atteler alors que tous les obstacles mis en avant pour ne rien faire, ont été largement accumulés justement par cette même gauche. Depuis les grandes réformes du Front populaire, tout a changé. La démographie, la mortalité, l’éducation, le mode de vie, tout a si profondément changé que vouloir le nier et rester sur des acquis sociaux surannés nous conduirait inexorablement vers la faillite d’un système basé sur les principes fondamentaux évoqués plus haut.

 

Des choix primordiaux pour l’avenir

 

Alors la réforme qui doit être mise en œuvre sans retard devra permettre aux générations futures de profiter d’une retraite qui n’aura plus rien à voir avec celles des générations passées. Il n’est plus question de nos jours de commencer à travailler dès l’âge de quatorze ans mais plutôt et dans le meilleur des cas à vingt-quatre ou vingt-cinq ans et parfois bien plus tard après de longues études indispensables pour acquérir des connaissances de plus en plus pointues. La logique veut que les versements pour la retraite soient reculés d’autant et donc d’autant, le départ à la retraite. Ceci est d’autant plus facile que l’espérance de vie croît dans des proportions importantes et que donc vieillir dans de très bonnes conditions doit permettre un départ qui tendra de plus en plus vers les soixante-dix ans, ce qui bien entendu est très éloigné de ce que nous connaissons aujourd’hui. L’idéal serait de pouvoir bénéficier d’un repos d’au minimum vingt ans qui tiendrait compte à la fois de la prise d’un travail tardif, mais aussi des aléas de plus en plus fréquents de carrières entre coupées de quelques périodes de chômage. Vouloir comme maintenant tenir compte de tous les aléas et de toutes les contraintes individuelles paraît une gageure. Et le risque encouru à trop vouloir persister dans les formes actuelles sera de faire éclater le principe de la répartition ; chacun alors devenant le seul maître de son destin face à la retraite  Le beau principe de solidarité volera alors en éclat. Donc les moments à venir seront cruciaux et les choix retenus primordiaux pour l’avenir.

 

Francis Manaud



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