En 2009, être Prof ?

Faut-il avoir toute sa tête, comme dirait ma grand-mère, pour oser s’engager dans un véritable sacerdoce : celui d’être prof en 2009. Certains parleront à leur encontre de privilèges ; oui, mais justement de quels privilèges parlent-ils ?
Celui par exemple de devoir se substituer aux parents et de devenir de plus en plus souvent et à tour de rôle : assistante sociale, éducateur spécialisé voire gestionnaire comptable ? Ou encore celui d’être condamnable au pénal pour défaut de surveillance des élèves dans la cour d’une école ? Celui de retrouver sa voiture les pneus crevés ou le pare-brise en miette, pour avoir, en plein cours, contrarié, par des remarques pourtant mesurées, l’un de ces chers chérubins ? Celui de devoir en plus de l’éducation des élèves, en plus de ce bel et noble engagement, assurer celle des parents d’élèves ? Celui de devoir faire les frais de projets de gestion de l’éducation nationale identiques à ceux d’une entreprise privée : merci la LOLF, le G8 et l’OCDE… Avec des indicateurs de bilan à 3 ans, non pas de bénéfice éducatif, mais de rentabilité financière ? Comme si la rentabilité d’un élève pouvait se mesurer à 3 ans…
Oui mais pour la durée des vacances !

Ah oui, j’oubliais les vacances… Là, appliquons-nous à comparer ce qui est comparable. Certainement pas un travail à la chaîne, quoique, et “maîtriser” 6 heures par jour une moyenne de 25 élèves ou petits garnements et même grands garnements… C’est plus délicat… Quant aux privilèges, il est tellement de bon ton aujourd’hui de culpabiliser les “autres”, au nom de la différence de salaire, de niveau d’étude, de couleur, de religion, de pays d’origine… Qu’il est de plus en plus difficile de penser que c’est justement vers le haut qu’il faut tirer le niveau de vie de chacun et non pas rétablir une norme limite basse…
Et pour faire le lien avec la théorie du complot, je me demande vraiment si nos gouvernements font vraiment des efforts pour contrecarrer la conjoncture et éradiquer le chômage par exemple. C’est tellement pratique : quelques millions de chômeurs en plus pour diviser, pour mieux régner… et stigmatiser des privilèges qui n’en sont pas. Toute ressemblance… Blablabla…
Bien entendu, je n’oublie pas qu’une partie significative du “corps enseignant” prête, consciemment ou non, le flanc à l’entreprise de démolition dont il est victime. Je ne suis pas dupe, cette institution a fini par tomber malade de complaisances infantiles d’une partie de ses membres. Faiblesse qui se traduit souvent par une démission de son objectif républicain, qui est de distribuer également partout une instruction de qualité et de former à l’esprit critique. Il faut aussi, pour être honnête, préciser que la hiérarchie y aura puissamment contribué par ses méthodes, notamment de recrutement et de formation. Sans même parler de noyautage… Sauf qu’un certain nombre d’enseignants est conscient de ces problèmes, et les déplore sans plus y pouvoir grand-chose, il faut le leur reconnaître. Du reste, le mal est plus fortement ancré encore dans l’ensemble de la société elle-même, ce qui ne facilite pas l’émergence de solutions… Alors aujourd’hui, force est de constater que l’ensemble des mécanismes du pacte social paraît atteint et même, pourquoi ne pas le dire, corrompu intentionnellement, par les mêmes factions plus ou moins occultes qui spéculent sur toutes les guerres perdues, et les détresses des populations.
Un constat, qui se renforce d’autant plus chez les profs que les inspecteurs et recteurs d’académie n’agissent plus en responsables de l’Education Nationale, mais en simples chefs du personnel, se souciant bien peu de la qualité ou de l’efficacité de l’enseignement dispensé, et encore moins du fonctionnement de l’institution du moment qu’elle est “dégraissée”.
Oui en 2009, comme hier il vaut mieux se diriger vers les métiers, au hasard de la Banque, plutôt que vers ceux de l’Education nationale… Des métiers pourtant si protégés, dira mon voisin.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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