Education Nationale ; La bouteille à la mer ?

Une bouteille à la mer, on le sait, c’est le moyen de communication offert au plus optimiste parmi nous, et qui consisterait à inscrire un message sur un morceau de papier, à l’insérer dans une bouteille en verre et à lâcher l’ensemble dans une mer ou un océan. Démarche que l’on croyait réservée, voilà quelques décennies quand les systèmes de communication n’étaient pas les nôtres, à des marins en danger…
Avec, on le devine le peu de chance de réussite au final.
Et pourtant, un principe, une manière récurrente, dont certains font acte, pour s’interroger chaque année et sans aucun espoir de faire bouger les choses sur : l’efficacité de notre système scolaire. Malgré, diront certains, l’importance des effectifs qui lui sont dédiés, soit 1,2 million de salariés dont 900.000 enseignants. Plus, si on y ajoute la masse des crédits qui lui sont consacrés chaque année, à travers l’Etat, les Collectivités locales, les entreprises, les ménages soit près de 10.000 euros par élève. Pour des résultats que bon nombre de soi-disant spécialistes jugent des plus médiocres. Pour nous convaincre du bien-fondé de leurs analyses, ils nous culpabilisent en nous rappelant que 100.000 enfants sortent de l’école sans diplôme, ce qui les exclut quasiment de l’emploi et de la vie sociale. Qu’il est dramatique de constater que 50 % des élèves qui entrent en 6ème ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul !

Qui parmi nous pour s’occuper d’une classe un jour ?

Mais rien pour supprimer ou maintenir et surtout alléger la carte scolaire qui de fait ne changera pas grand chose au problème posé de la qualité de l’enseignement et des résultats qui en dépendent. Ceci dit en passant, une carte scolaire que bon nombre de nantis contournent sans état d’âme et qui est, rappelons-le, en pleine contravention avec les directives europé-ennes de libre circulation des personnes. Rappelons que la carte scolaire vous oblige à placer vos enfants dans l’établissement de votre quartier. C’est amusant, les mêmes qui s’opposent à un débat sur la carte scolaire, qui conduirait les parents à choisir librement l’établissement de leurs enfants, n’imaginent pas un instant une “carte économique” qui les obligerait à travailler dans l’entreprise la plus proche. La liberté qu’ils s’adjugent, comme adultes, ils la refusent aux enfants.
Alors que tous savent que la solution serait de rechercher l’excellence dans tous les établissements scolaires à condition bien sûr de leur en donner les moyens financiers et humains.
Franchement, qui aurait le cran et la patience nécessaires d’affronter chaque matin une classe de 30 élèves, alors que la veille on a été incapable de garder ses nerfs en faisant réviser la géographie de l’un de ses propres enfants ?
Tous ces budgets que l’on économise, dit-on, dès le primaire, en ne considérant pas que passés 20 élèves, une classe n’est plus gérable ? Ne les retrouverons-nous pas plus tard lorsque ces gamins justement en échecs scolaires partiront à la dérive ? Autre proposition : pourquoi ne pas généraliser les devoirs sur le site scolaire, avec un encadrement adapté de surveillance ? Et non pas à la maison, où dans la plupart des cas, on le sait, les bonnes conditions sont généralement peu requises ? Et pourquoi ne pas laisser, à chaque établissement, une autonomie réelle. Laisser ces Femmes et ses Hommes au fait des réalités terrain, agir en conséquence et en responsabilité face aux problématiques spécifiques qui leur sont proposés, notamment en fonction des populations concernées. D’autant que nos dirigeants politiques, de tout bord, n’ignorent pas la principale injustice : Celle qui réside d’abord dans la distribution sociale des lieux de résidence. Une étiquette que chaque gamin portera comme un signe distinctif durant une bonne partie de son cursus scolaire. Avec les conséquences positives ou négatives que l’on imagine : «Dis-moi d’où tu viens…»

 


Un corps enseignant qui doit se remettre en cause ?

Ce qui n’exclut pas de voir une corporation entière, celle du corps enseignant, en permanence montrée du doigt, probablement victime aussi de son propre protectionnisme. Trop recroquevillée qu’elle est aussi sur des principes, parfois même trop politisée. Des méthodes qui mériteraient d’être un tantinet dépoussiérées, dans l’intérêt de tous.
Pour ma part, même si je suis conscient que la mission de l’Ecole se doit d’être revue et corrigée, d’être plus en harmonie avec les réels besoins de la société qui s’annonce, je crois surtout que c’est le rôle des enseignants qui se doit d’être remis en valeur. Les enseignants doivent être reconnus et même rémunérés à la hauteur de leur mission. Car ils sont à la fois les acteurs, les témoins, les garants de savoirs et de valeurs à transmettre à nos enfants. Ils ont mon admiration, car ce qui m’interpelle toujours plus, au risque de me répéter, c’est de savoir comment font ces femmes et ces hommes pour avoir la patience d’éduquer parfois jusqu’à 30 enfants ou plus, et de les amener malgré tout et tous, aux résultats qui sont les leurs aujourd’hui.
Le rôle d’un maire, d’une mairie, d’un Département comme d’une Région est aussi de participer au débat, d’apporter des réponses comme des solutions pour que le meilleur soit garanti. Il est anormal que là comme ailleurs dégradations comme vétusté soient le lot de bon nombre de ces lieux d’éducation et de formation.
Alors arrêtons de disserter, agissons !

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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