Doit-on légaliser les drogues ?

Oui, doit-on «Légaliser la drogue pour mieux comprendre ses effets pervers, mieux contrôler son commerce», serait le thème de plus en plus défendu par des spécialistes du domaine, relayés par de nombreux leaders d’opinion des pays occidentaux. Ces hommes et ces femmes toutes origines confondues, expliquent que ce choix d’abandonner la guerre de la drogue serait à long terme le plus bénéfique. Ainsi, par une provocation volontaire, ils placent en tête de leurs arguments que si les gouvernants ferment les yeux sur les trafics, c’est tout simplement parce qu’ils sont à cours de solutions pour faire vivre les populations des quartiers dits les plus pauvres ? Conscients aussi que sans cette économie parallèle, les “banlieues” ne feraient pas que s’enflammer de temps en temps, mais nous proposeraient la révolution permanente… Les plus provocateurs allant même jusqu’à dire que quand un pays ne vous permet pas de vivre de son travail, il faut bien trouver un moyen pour manger et faire vivre sa famille.
Légalisation et regain de curiosité ?

Alors pourquoi ne pas décider tout simplement d’abandonner la guerre de la drogue pour mieux contrôler son commerce, pour mieux connaître et soigner les populations dépendantes ? Pourtant, chaque année, loin des discours rassurants de bon nombre de nos gouvernants, les rapports annuels des Nations Unies sont édifiants et dénoncent ce mal invisible qui ronge toujours plus la planète. Oui, leurs statistiques ne font apparaître aucune tendance à la baisse du trafic de stupéfiants, au contraire. Le cannabis, la cocaïne, l’héroïne n’ont jamais connu un tel succès. Plus, les pays industrialisés seraient devenus de grands producteurs de drogues de synthèse comme l’ecstasy ou les amphétamines que l’on trouverait partout avec beaucoup de facilités. Certes, comme le défendent certains biens pensants, comme tout commerce, le narcotrafic est lui aussi soumis aux lois du marché de l’offre et de la demande. Pour eux, il suffirait d’engager de plus grands moyens à la prévention pour contrer son développement. Sauf que là comme ailleurs, le goût de la transgression apporte sa plus value, sa valeur ajoutée qui démontre toujours plus que l’interdit constitue un puissant stimulant à la consommation.

 

Le seuil du non retour est-il atteint ?

Pourtant aujourd’hui le seuil de l’intolérable semble avoir été atteint et il n’est plus surprenant de voir de nombreuses personnalités, de toutes sensibilités, prôner que cesse enfin cette hypocrisie. Avec pour première volonté de sortir du piège dans lequel la prohibition a enfermée la communauté internationale ? Définir ainsi la portée réelle sur le dérèglement de l’économie mondiale qui est directement imputable à cette corruption sans frontière. Corruption qui repose aussi, et on ne le dit jamais, par l’injection d’argent d’origine illicite dans des paradis fiscaux où le mélange des genres est monnaie courante. Et puis, et surtout, quelles mesures adaptées doit-on prendre pour endiguer cette violence qui s’installe toujours plus sous nos fenêtres ?

 


 
La confrontation Nord Sud…

Après le 11 septembre 2001, les pays occidentaux en ratifiant des Conventions internationales et surtout en s’appliquant à les transposer dans leurs droits internes, se sont donnés bonne conscience. Mais dans la précipitation, sous le choc émotionnel, peut-être ont-ils aussi fait l’amalgame entre trafic de drogue, crime organisé et terrorisme ; ajoutant la confusion à un problème déjà des plus complexes. Même si officiellement ces engagements devaient plutôt encourager et faciliter la coopération internationale et même l’entraide judiciaire contre les narcotrafiquants. Sauf qu’aujourd’hui même si on arrive toujours à saisir quelques quantités de drogue, comme récemment à Paris… à mettre en prison du menu fretin, globalement ces “succès” sont insignifiants devant un phénomène qui sait jouer à merveille des possibilités offertes par la mondialisation. Et puis arrêtons de nous cacher devant l’évidence : dans de nombreux pays émergents, mais pas seulement, l’argent de la drogue est devenu la composante fondamentale du PIB (Produit intérieur brut).
Le cas de l’Afghanistan est révélateur de l’inefficacité de ces mesures. Ainsi, malgré la présence des forces de l’OTAN, ce pays vient de retrouver sa place de premier producteur mondial d’opium avec une production stabilisée à 7 000 tonnes par an. Comble de tout, dans les années 2 000 les talibans étaient parvenus, eux, à l’éradiquer… Ce qui tenterait à démontrer, que les intérêts sont multiples, pour ne pas dire plus…

 

Peut-on gagner cette bataille ?

Ceux qui sont opposés à sa légalisation avancent qu’elle pourrait au contraire provoquer, dans un premier temps, un regain de curiosité à l’égard de ce qui a été longtemps interdit. Ce à quoi il est facile de répondre que ce risque est connu et maîtrisable dans le temps, car à terme la consommation devrait ensuite chuter et se stabiliser. Bien sûr, il n’est pas question de sous-estimer la dangerosité de certaines substances. Sauf que sur le plan purement médical le seul moyen de les traiter préventivement comme d’en contrer les effets, est de connaître à temps les consommateurs, comme les populations à risques. Les toxicomanes, comme les alcooliques, sont des malades, pas des délinquants. On se doit de les aider dès aujourd’hui, demain il sera trop tard.

 

Que fait l’OMS ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aurait alors un rôle majeur à jouer pour conseiller les pays dans la manière d’aborder la prévention, comme pour fournir les outils capables dans un premier temps de la maîtriser voire dans le temps de l’éradiquer. Ainsi pour l’OMS il serait opportun d’élaborer de nouvelles politiques qui seraient financées par les économies réalisées justement sur les budgets des appareils répressifs. Sans oublier, compte tenu du poids de la narco-économie dans certaines régions du monde, qu’il sera nécessaire d’anticiper sur les risques “d’effondrement” probable, avec des mesures d’accompagnement qui devraient être étudiées pour atténuer les effets économiques et sociaux de la décision de légaliser la consommation de la drogue.
Et puis arrêtons de nous bercer d’illusions, des secteurs comme l’immobilier, le luxe, les spectacles, le tourisme, le football, certains médias dépendent pour beaucoup des flux d’argent blanchi. C’est une certitude, chaque pays devra mettre en place un régime adapté pour faire face à ses conséquences. Le premier pas sera le plus difficile. Mais une fois le tabou brisé, le bon sens l’emportera.
Aujourd’hui devant un bilan aussi négatif, avec des prévisions parmi les plus catastrophiques, la légalisation des drogues semble être la seule voie réaliste pour sauver ce monde de ses méfaits qui ne sont qu’au tout début de leur révélation.

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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