Démocratie, argent et politique

Francis Manaud

La France de 1789 a montré au monde entier que seul le peuple avait désormais le pouvoir de se diriger lui-même par l’intermédiaire de ses représentants. Au fil des années les choses se sont affinées pour arriver aujourd’hui à une démocratie apaisée qui a la prétention d’être bien représentée par des hommes et des femmes converties à la chose publique. Peut-on dire pour autant que les mécanismes qui mènent au pouvoir nos élus soient exempts de tout reproche ? Il faut bien convenir qu’il existe entre démocratie et politique un obstacle incontournable et que pourtant les responsables successifs ont essayé de domestiquer : l’argent. Pour nous Français l’exemple le plus frappant est sans nul doute possible celui des Etats-Unis. On y voit s’affronter pour arriver au pouvoir les puissances de l’argent dans toute leur splendeur. Lors des conventions, les candidats se battent à coups de millions de dollars, tant il faut bien dire que les élections deviennent un business très lucratifs pour les médias mais aussi pour tous les produits dérivés qui ont en charge la promotion de tel ou tel candidat. Il faut avoir en mémoire les élections successives des Bush père et fils, magnats du pétrole, et la façon avec laquelle ils ont gouverné leur pays pour comprendre que le choix pouvait donner lieu aux plus expresses réserves. Nous avons quant à nous privilégié le financement des partis politiques proportionnellement aux résultats obtenus lors des confrontations électorales.

 

Une système dangereux

 

Cela interdit en principe tout financement occulte bien que quelques affaires judiciaires en instance risquent bien de démontrer le contraire, car comme il se doit, la fraude est toujours possible. La limitation des sommes versées par un seul donateur doit éviter en principe une trop grande dépendance d’un homme politique avec telle ou telle entreprise ou individu bien que ce dernier puisse intervenir par l’addition des dons de ses proches. Mais de toutes les façons, la vie politique demeure étroitement dépendante de la finance, elle écarte donc de facto toute tentative individuelle qui voudrait s’affranchir d’une quelconque tutelle d’un parti politique voire des médias au sens le plus large du terme. Car c’est bien là que le bât blesse. Point de financement et point de médias prêts à accepter de promouvoir tel ou tel candidat porteur d’un projet politique cohérent mais qui n’aurait pas eu au préalable l’indispensable soutien d’une finance qui en retour demande que lui soit fait allégeance. Les campagnes médiatiques, les sondages divers et variés sans oublier les conseillers en communication de tous poils sont autant d’intermédiaires sans lesquels il est difficile voire impossible à un candidat de se faire connaître donc élire. Dans ces conditions on comprend aisément pourquoi la politique tourne toujours autour des mêmes, apparatchiks des grands partis, rompus aux mécanismes du pouvoir à un point tel qu’ils l’ont complètement accaparé pour ne pas dire sclérosé. Il faudra bien que vienne le temps où le sursaut populaire mettra un terme à un système éculé et pour tout dire dangereux.

 

Francis Manaud



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