Chypre : Le choc

Francis Manaud

Sans aucun doute, l’annonce selon laquelle les comptes bancaires chypriotes allaient être ponctionnés a fait l’effet d’une bombe dont la résonnance a été ressentie dans toute la zone Euro. Et si demain Chypre, c’était nous ? Rien de tel pour engendrer une inquiétude galopante et jeter un peu plus le doute sur un système bancaire déjà mis à mal par les dernières péripéties des années passées. On comprend aisément pourquoi les queues se sont étirées devant les distributeurs de billets tandis que prudemment les banques demeuraient closes. Ceci d’autant que sans discernement dans un premier temps tous les comptes étaient visés. On est en droit de se demander comment les responsables de la troïka euro groupe, Fmi et Banque Européenne ont pu imaginer un tel scénario pour contraindre Chypre à abonder au prêt qui doit leur être accordé pour éviter la faillite ? D’une seule et même voix, le parlement chypriote a heureusement refusé ce diktat qui montre s’il en était besoin que la soi-disant solidarité européenne est un leurre. Ceci est d’autant plus vrai que la faillite envisagée de Chypre est due en grande partie par l’abandon des créances qu’elle avait sur la Grèce dont on connaît les liens ancestraux qui la lient à ce pays. Il ne faut pas oublier non plus que l’adhésion de Chypre à l’Union Européenne se voulait être un symbole fort de la grande réconciliation des peuples Grecs et Turcs dont on sait l’impatience à adhérer à cette Union qui mettrait fin à plusieurs siècles de conflits et de massacres réciproques. Toujours la même vision d’une union qui mettrait un terme à tous les conflits de la vieille Europe.

 

Un voyage sans retour

 

Enfin il ne faut pas oublier le statut de paradis fiscal de l’île qui accueille sans trop y regarder les capitaux russes qui repartent aussitôt vers d’autres destinations plus à même de satisfaire leurs détenteurs. Tout cela l’Europe le sait mais n’en a cure quand elle s’apprête à lâcher un petit pays qu’elle a pourtant appelé en son sein. D’ailleurs il ne faut pas s’y méprendre : la précarité de la situation n’a pas ému les marchés qui ont continué leur lente progression comme si de rien n’était. On se demande même si la faillite ne serait pas un laboratoire destiné à voir ce qui se passe dans le cas où un pays de l’Euro groupe venait à effectuer une sortie non prévue dans les traités. Entrer dans l’Euro est devenu un voyage sans retour, une sorte de bracelet électronique éternel. Tout cela dans l’indifférence totale d’un peuple qui a fait confiance et qui fait la queue devant des banques pour récupérer son propre argent qu’on leur refuse. Alors on parle d’un plan B, de ne ponctionner que les fonds des non résidents tout en ayant la crainte d’un réveil de la Russie et d’un retrait de ses capitaux pour voguer vers d’autres cieux plus cléments. Il s’ensuivrait une baisse de l’Euro, ce qui serait beaucoup plus favorable à nos exportations. Mais là on oublie une chose : le souci de l’Allemagne qui veut maintenir un Euro fort comme autrefois le mark. Décidément on n’a pas fini de parler de Chypre et d’une union qui se fissure et s’effiloche de plus en plus.

 

Francis Manaud



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