Bac… Bonne Action Civique ?

A en croire bon nombre d’acteurs du milieu de l’enseignement, le beau diplôme ne serait, depuis belle lurette, qu’une formalité pour désengorger les lycées et valoriser la qualité de notre enseignement… Au point même que le nombre surévalué des reçus, plus de 80 %, ne serait que la conséquence d’une analyse stricto sensu, des plus matérielles, comme le rappelait, chez notre confrère de Var Matin le recteur de l’Académie de Corse, Michel Barat : «Le risque, c’est certes une baisse significative du nombre de reçus, en fonction d’une note brute qui n’aura pas été harmonisée en fonction du livret scolaire. Peut-être 20 %, peut-être plus ? Mais dans ce cas, comment pourra-t-on gérer la prochaine rentrée scolaire ? Des difficultés pratiques se poseront. Où va-t-on inscrire tous les recalés ?»
Ce qui est une manière à peine voilée d’admettre que, dans un enseignement de masse, qui voit le système fonctionner comme une immense gare de triage, le but n’est pas tant de vérifier si les savoirs sont transmis, mais plus prosaïquement de gérer des effectifs.
Et de là à penser que les résultats nationaux sont biaisés, puisque tout est mis en oeuvre sur le terrain pour inciter les correcteurs à surévaluer le travail des candidats, il n’y a qu’un pas que beaucoup de personnages autorisés n’hésitent plus à passer. Brisant d’un coup l’omerta qui pèse depuis toujours sur la qualité de notre enseignement général. Même s’il faut savoir le reconnaître, les diplômes français sont parmi les plus prisés au monde.
Oui, force est de constater, qu’après avoir passé plus de quinze années sur les bancs de l’enseignement public, la majorité de nos enfants, ne maîtrise pas plus de trois cents cinquante mots de vocabulaire. Plus, la plupart, en âge de voter, ignore tout des mots “démocratie”, “laïcité”. Un comble ! A se demander si finalement, les notes distribuées lors des matinées de juin ne serviraient pas qu’à maintenir les illusions chères à une société qui préférerait définitivement la fiction à la réalité.

 

Une forme de clientélisme ?

D’autant que si l’actualité du moment concerne la découverte de la tentative d’achat de diplômes par quelques étudiants étrangers issus de la diaspora chinoise, rien en revanche sur deux affaires de fraudes qui secouent l’académie de Corse. Si elles concernent en premier lieu le concours de recrutement des professeurs des écoles en 2007, les résultats du Bac 2008 sont aussi pointés du doigt. Avec des affaires qui tentent à démontrer que les notes auraient été remontées sur commande, afin de privilégier certaines familles, des clans… Satisfaire une forme de clientélisme qui révèle, aujourd’hui que les langues se délient, que la pratique ne serait pas une exception insulaire mais une banale procédure d’harmonisation des notes, valable sur tout l’hexagone.  
Finalement révéler, ce que l’on sait depuis toujours, la raison d’être du système, qui bien plus que par la qualité de l’instruction, n’est sensibilisé et concerné en permanence que par la gestion des effectifs. Incapable de reconnaître que bien souvent, il se contente de classer, d’étiqueter voire dans bien des cas de frôler la discrimination pour diriger d’autorité et sans discernement de valeur, chacun à une place quasi au petit bonheur la chance. Ainsi, mettre des vocations en suspension car le quota aura entraîné à réserver des places, des postes à plus de privilégiés, de pistonnés.
Mais alors où se trouvent les valeurs de la République ? La formation du citoyen ? Le socle commun des connaissances ? Le tout serait-il ramené à une simple préoccupation comptable, à une simple valeur de piston ?
L’Education Nationale ne serait alors qu’une belle machinerie administrative, une de plus ? Un machin qui ferait illusion en nous vendant régulièrement des exploits de performances ? Une belle supercherie qui oublierait l’essentiel de sa mission : éduquer ?
Au fait quand allons-nous parler sérieusement d’écoles, de programmes scolaires, de formations, de responsabilité devant l’échec ; parler enfin du devenir de nos enfants ?

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com



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