AZF, où est la vraie vérité ?

Depuis quelques heures le rideau a été abaissé sur le procès AZF et il faut bien le reconnaître, pas plus qu’hier, la responsabilité comme la démonstration de ce qui s’est vraiment passé ce jour-là, ne semble  n’avoir avancé. Pourtant 7 500 pièces cotées, 50 000 pages d’une enquête aux multiples intérêts et cette montagne d’informations n’auraient accouché que d’une souris ?

La thèse d’un complot d’Etat pour imposer le silence est probablement ridicule, même si l’on sait aujourd’hui que certains policiers ont été empêchés de suivre la piste terroriste.
Sauf que l’explosion de l’Usine AZF a provoqué directement la mort de 31 personnes, en blessant au minimum 3 000 autres. Première anomalie avec des blessés dont personne n’a comptabilisé le nombre de décès dans l’année voire les 3 années qui suivaient la catastrophe…
Accident ou Attentat ? Pour eux, il faudra bien un jour nous dire ce qui s’est passé ce 21 septembre 2001. Ils méritent la vérité.
En fait, durant ces 4 mois de procès qu’avons-nous vraiment appris ? Pas grand-chose, aucune certitude, que des batailles d’experts, pas plus convaincants d’un côté comme de l’autre. La cause de l’attentat aurait bien intéressé les extrémistes de tous bords. Quant à l’accident il n’est pas plus plausible… Mais quand même bizarre que l’accident intervienne 10 jours après les attentats de New York, à la même heure à la minute près…
Comme toujours une interrogation parmi tant d’autres, alors jouons l’avocat du diable ?

Pouvait-on éviter la catastrophe ?

N’a-t-on pas échappé au pire ce fameux 11 septembre entre 10h17mn et 10h18mn à l’usine AZote Fertilisants ? Une explosion qui a provoqué une secousse équivalente à un séisme de 3,4 degrés sur l’échelle de Richter ? Quels éléments ont décidé du scénario, ou scenarii, final ? Au cœur de l’entreprise comme dans son environnement proche, ne pouvait-on vraiment rien prévoir ?  Pourtant, déjà en janvier 1987 le mensuel que choisir n°224 nous alertait dans les termes suivants : “Toulouse : jours tranquilles au bord d’une poudrière… Des industries à hauts risques et des patrons qui traînent les pieds…“ Comme le précisait l’article «quatre points noirs sur la carte du risque relevés sur le plan Orsec-Tox, et justement là où l’on ne l’attendait pas, tout près de Toulouse la Rose, patrie de Concorde et d’Airbus». L’on était, peu de temps après la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986 et de bonnes âmes toulousaines tentaient, en vain, de nous sensibiliser aux dangers suscités, dans un périmètre de 2 ou 3 km, par la présence d’entreprises sensibles comme SNPE, AZF, STPE ou Tolochimie.

 

Total, coupable ou pas ?

Tout d’abord pourquoi faire un procès à Total, puisque d’entrée de jeu le groupe pétrolier reconnaît sa responsabilité et dédommagera tous ceux qui prétendront en avoir été victimes. Même les opportunistes du moment feront la queue à la mairie pour réclamer leur dû. En période de crise, on aurait pu économiser le denier public et éviter de dépenser près de quatre millions d’euros en frais de justice. On aurait pu créer un comité d’experts qui aurait passé sa vie à chercher causes et raisons au phénomène AZF. Cela existe ailleurs, alors pourquoi pas dans ce cas précis ? Pour rendre encore plus crédible la chose, on aurait pu créer une commission d’enquête dirigée par des journalistes d’investigations. Ceux justement qui ont fait un travail extraordinaire et dont les “travaux” n’ont jamais été pris en défaut par les experts judiciaires qui planchaient depuis les premières heures et avaient accès à tout, même aux indiscrétions. Plus de 2 milliards d’indemnisations ont été versées par le groupe Total : 16 000 dossiers ont été constitués pour des dommages corporels, et 71 000 pour des dégâts matériels. Au total, 99 % des dossiers ont été réglés à l’amiable, et moins de 0,3 % ont fait l’objet d’une solution judiciaire

 

Le nitrate d’ammonium peut-il exploser ?

Le nitrate d’ammonium est un engrais abondamment utilisé. Ses propriétés explosives comme sa dé- composition thermique et ses propriétés oxydantes sont connues depuis plus d’un siècle. On a ainsi démontré que le nitrate d’ammonium est très peu sensible aux sollicitations tant mécaniques, qu’explosives et n’a jamais explosé spontanément. En fait une lapalissade, c’est bien un explosif sûr mais qui n’explose que très difficilement et seulement dans deux cas possibles. Tout d’abord s’il est amorcé par un explosif puissant et en quantité suffisante. Deuxièmement s’il est pris dans un incendie. Alors il se décompose et si accidentellement il entre en contact avec des matières combustibles liquides, la détonation n’intervient qu’après un temps assez long, une à dix heures bien souvent plus, presque jamais moins. Durant ce temps, on assiste alors à l’émission abondante de vapeurs rousses qui, auraient couronné le hangar de stockage, et donc n’auraient pas pu passer inaperçues des employés comme des habitants du voisinage. Puisqu’il est de notoriété publique qu’un incendie n’a pas précédé l’explosion de Toulouse, force est de retenir la première explication pour la catastrophe. Ce qui revient à dire que l’explosion toulousaine a très peu de chance voire aucune d’être la cause d’un accident. Je me souviens qu’à l’époque des faits, l’un des experts retenus avançait que : «l’origine de la catastrophe, ne pourra être trouvée qu’à l’issue d’une difficile enquête impliquant une investigation scientifique légale détaillée». Ajoutant même : «il faut espérer qu’aucun préjugé infondé n’aura empêché la collecte des indices physiques nécessaires à une enquête approfondie». Commentaire des plus pertinents, car en fait le nœud de la question à laquelle en fait on n’a pas répondu, serait justement de savoir si l’on a vraiment tout fait pour connaître la vérité ? Seuls ceux qui ont été chargés de chercher les causes ou ont eu accès au dossier peuvent, en leur âme et conscience, répondre.

 

Le phénomène électrique ?

Une première explosion, un arc électrique et, une poignée de secondes plus tard, le grand “bang” à l’usine AZF, celui qui ravagera notre ville. Sauf que là aussi des témoins, sont formels : ils ont bien assisté peu avant l’explosion à des phénomènes électriques bizarres aussi étonnants qu’inexpliqués, sur le site, mais pas seulement. Certains conducteurs ont même parlé d’un arc lumineux qui a traversé la route d’Espagne. Sauf que là aussi le communiqué officiel publié par le Réseau de transport d’électricité (RTE) de Toulouse, indique que rien d’anormal n’a été relevé sur le secteur de l’usine AZF peu avant l’explosion. On aurait d’ailleurs pu y associer l’idée séduisante, comme l’a suggéré l’un de nos lecteurs, d’un “tsunami” de monopôles magnétiques. Thèse développée par des physiciens de l’Institut Louis de Broglie et de l’institut Semenov de Moscou, mais lors du procès, il n’en a même pas été question.

 

La sécurité dans l’Usine de Grande Paroisse ?

Là reste l’une des vraies interrogations. L’usine de Grande Paroisse a-t-elle subi une politique de laisser-aller sécuritaire, imposée par la société mère pour faire réaliser encore plus de bénéfices ? C’est en tout cas ce que beaucoup de témoins reprochent à Serge Biechlin, son  directeur. Où sont les rapports de l’inspection du Travail et s’ils existent vraiment, pourquoi n’ont-ils pas été appliqués ? Bizarre ce laxisme… Quels sont les arguments vrais qui peuvent être opposés à des employés qui s’insurgent contre la définition même «d’usine poubelle» et qui trouvent, les ex-salariés en tête, que Total est un bouc émissaire trop parfait. Quid de l’entreprise intérimaire qui semblait avoir dans l’usine AZF, le monopole de la sous-traitance des basses besognes ? Comment son personnel était-il recruté, quelle était sa formation ? Etait-il facile pour un étranger de pénétrer ou de sortir du site ?

Le site voisin de la SNPE était en état d’alerte
 
Il semblerait qu’une menace “terroriste” pesait bien sur la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) voisine d’AZF. Et l’entreprise était, depuis plusieurs jours en alerte maximale. Autre étrangeté avec le mystérieux hélicoptère qui survolait la zone proche du site dévasté, quinze secondes seulement après l’explosion de Toulouse. Certains témoins signaleront l’avoir vu plusieurs minutes avant l’heure fatidique, comme le filmera une télé nationale. Alors, à qui appartenait cet hélicoptère ? Que faisait-il dans ce secteur situé au beau milieu du couloir aérien de l’aéroport de Blagnac ? Ceci alors même que la tour de contrôle dit n’avoir pas détecté la présence d’un appareil sur ses écrans, à ce moment précis ? Volait-il à basse altitude, soit au-dessous des 150 mètres requis pour être détecté ? Que motivait cette précaution ? Pourquoi le pilote ne s’est-il, officiellement, jamais manifesté auprès des responsables de l’enquête judiciaire ?

 

 
L’homme aux 6 slips ?

Franchement en 2001, nous faire croire qu’un homme porte 6 slips pour se rendre plus enveloppé ? Surprenant, mais de là à nous faire penser au rituel macabre proposé par des fous de Dieu, c’est un peu gros. Là aussi, pour le profane que je suis, la manière dont on aborde l’enquête sur ce personnage est surprenante. Comment expliquer que l’on attende plus de 5 jours pour aller visiter le domicile du premier suspect ? Alors que l’on n’attendrait pas une heure pour aller visiter le domicile d’un gamin qui aurait chipé une pomme sur un étalage… A moins que ce fameux personnage n’ait été qu’un leurre pour appâter des journalistes un peu trop curieux alors que c’est justement leur travail de l’être. Car voici que l’on découvre qu’il aura fallu attendre 3 ans pour que soit versé au dossier d’instruction le fait que 24h avant le drame un correspondant anonyme aurait averti la police de la présence dans la Ville rose d’un Algérien «issu des milieux islamistes, spécialiste en explosifs». Il serait arrivé en France pour «tâter le terrain», selon les termes mêmes du fameux procès-verbal.
 
A qui profiterait le crime ?
 
Et si l’explosion avait détruit tous les indices ? Et si le mieux que l’on pouvait atteindre, comme le soulignait une personne proche du dossier aurait été : «un consensus sur la cause la plus probable, avec la certitude que toutes les parties concernées avaient accepté de la rechercher ensemble et sans aucune arrière pensée». Sauf que dans ce type de procès, trop souvent à charge, c’était tout simplement impossible. Surmédiatisé de surcroît, il ne pouvait en résulter qu’une volonté de voir chacun livrer, à tort ou raison, sa version, partisane. Sous couvert d’exploiter toutes les pistes ce sont ainsi des dizaines de thèses qui ont été avancées par des personnages bien souvent braqués sur leurs positions quand ça n’était pas sur leur portefeuille. Ce qui fera dire à un expert : «C’est bien joué, puisque tout le monde a pu s’exprimer, l’on ne pourra pas dire qu’il y a eu entrave à la vérité. En fin de procès, quelque soit la réponse que le Président sortira de son chapeau, cela sentira le souffre, à défaut de chlore et de nitrate». Dommage, les victimes méritaient mieux.

La raison d’Etat

Comment ne pas parler de la “maladresse diplomatique” de Jacques Chirac et de Lionel Jospin, qui, comme le Procureur de la république de l’époque et dès le 21 septembre 2001, ont cru pouvoir privilégier la thèse accidentelle. Même si l’on sait tous que la raison d’Etat a des raisons que la raison ignore, sauf qu’encore une fois ce type de précaution produit son effet inverse et incite obligatoirement à la méfiance devant des conclusions hâtives. Aurait-on voulu discréditer justement la thèse officielle que l’on ne s’y serait pas pris plus mal. D’autant que pour les initiés l’avenir de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE), reconnue Sevezo 2, ne saurait être remis en question. Il en va de la dissuasion nucléaire de la France, car ici à Toulouse, se fabrique non seulement des carburants pour Ariane, mais aussi pour nos missiles stratégiques et tactiques. Et en matière d’intégrité du territoire, c’est justement la politique d’union nationale qui prévaut. Sans oublier que c’est ici que vient de s’installer aussi l’usine pilote du futur MEPI, avec son armada de chercheurs et d’essais annoncés dans les innovantes technologies des nanoparticules, nanomatériaux et autres nano. Pour autant de domaines, comme le relèvent les spécialistes, dont on ignore totalement l’innocuité, la dangerosité, la toxicité et autres impacts environnementaux voire même leur explosivité…  

Alors affaire AZF, c’est dit, le pire est passé, nous pouvons dormir en paix ! Oui, ce Procès est enfin derrière nous ! Ouf, aurait-on évité le pire : la vérité ?  Pas si sûr, affaire toujours à suivre…

André Gérôme-Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com




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