Avons-nous trahi nos Pères ?

André Gallego
André Gallego

C’est ce que me remet en réflexion l’actualité de ces derniers jours avec un gamin, né sur le territoire français mais qui ne se reconnaît pas des nôtres. Avec tout ce que cela sous-entend d’incompétence, de faiblesse, de la part des pouvoirs publics. Comme d’incapacité à appréhender et surtout reconnaître que, faute de remède radical, le pire est à venir.

Une société dont je suis et assume ma part de responsabilité. Car nous avons failli à tous les niveaux, pour n’avoir pas su poser les vrais problèmes et faire respecter les règles de démocratie qui sont les nôtres. Nous n’avons pas su opposer à toutes ces dérives communautaires la Laïcité. Cette conception supérieure d’un vivre ensemble dont la garantie devrait en permanence nous être apportée par l’Etat avec la liberté de conscience et du droit d’exprimer ses convictions. Sauf qu’elle ne sort d’aucun catéchisme, ne contient aucun secret si ce n’est celui de permettre à l’Homme de s’épanouir, de rester libre et debout. Oui, la Laïcité est vivante, mais elle n’est pas au-dessus de l’Homme. Elle se discute, se remet en cause et pourquoi pas se corrige. Mais attention : ne jamais oublier qu’elle est la référence majeure de notre République et de toutes ses institutions. Ce n’est pas un hasard si elle est inscrite dans l’article 2 de notre Constitution, pour nous rappeler en permanence que : «La France est une république indivisible, laïque et démocratique. Qu’elle assure l’égalité, devant la loi, de tous les citoyens sans discrimination d’origine, de race ou de religion». Oui, elle respecte toutes les croyances.
Un héritage qui nous vient de luttes humanistes qui sont l’aboutissement d’une réflexion de plusieurs siècles et qui s’appuient sur deux textes majeurs : la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat du 9 décembre 1905.
Oui, elle se nourrit de notions telles que la liberté, l’égalité, la solidarité envers l’Autre pour constituer les vraies bases d’un vivre ensemble harmonieux. La laïcité n’est rien d’autre que l’affirmation de l’humanité de l’Homme, de sa capacité à choisir : la compréhension plutôt que la soumission à un dogme, la critique plutôt que la simple obéissance, le doute plutôt que la certitude… Penser par ses propres forces, sans soumission à quelques gourous ou dogmes que ce soit.
Certes, cela demande bien des efforts. L’exercice n’est pas simple et le résultat le plus souvent lent et ingrat. Mais quand bien même, la difficulté du chemin à parcourir, pour aller les uns vers les autres, nous rappelle que la paix entre les Hommes est à ce prix. Ne l’oublions pas…
Mais elle fait aussi que même si un terroriste français de confession musulmane abat des militaires français, majoritairement eux aussi de confession musulmane, puis va tuer à bout portant, dans une école juive des enfants et un père de famille, nous proposons pour toute réponse des familles dignes qui n’appellent même pas à la haine de l’autre. Pas de voitures brûlées pas de magasins pillés, pas d’affrontement face à la police. Probablement un problème de civilisation.

Pieds-Noirs sortie du bateau

Mais pour le «Pied-Noir» que je suis…

Devant ce drame qui a touché des Hommes de toutes confessions, martyrisé trois petits anges qui s’éveillaient à la vie et à Dieu… le Père, le Grand-Père et le croyant que je suis, après avoir séché ses larmes et contenu sa haine, ne peut rester muet. Il se demande quelle est la bête immonde qui habitait le gamin qui portait l’arme, habite ceux qui l’ont armé, que l’on se doit de châtier coûte que coûte et même de poursuivre jusqu’en enfer.
Car je ne peux croire, comme le discours officiel, à droite et à gauche, voudrait nous le faire croire, qu’ils ne sont, sur le territoire français, qu’une poignée d’hommes et de femmes à vouloir la fin de l’Occident pour nous imposer leur diktat. Mais plutôt des milliers, à vivre sur notre territoire et pour qui, l’humanisme que je prône et défends, ne serait que discours de pacotille à offrir à des illuminés qui ont l’audace de croire en 2012 qu’ils sont capables de changer le genre humain. Oui, on se doit de donner des réponses adaptées à la situation. D’être assurés que des pays étrangers, avec leurs pétrodollars, ne font pas de l’entrisme pour être demain ni plus ni moins que le cheval de Troie qui déstabilisera notre république pour nous imposer leurs règles et valeurs humaines.
A entendre le père du présumé coupable qui depuis son Algérie natale menace notre pays, je ne peux oublier que ce drame coïncide, mais il n’y a pas de coïncidence, avec l’anniversaire des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie. Souvenons-nous le 19 mars 1962, était décidé le cessez-le-feu unilatéral qui allait amener aussi l’exode «Pieds-Noirs» et des Harkis pour la France. D’un côté, chassés du pays qui les a vus naître et grandir et de l’autre, leur pays où l’accueil était plus que mitigé pour ne pas dire récalcitrant. Et pourtant des deux côtés des rives de la Méditerranée, leur légitimité était grande de justifier leur droit du sol. Toujours gagné à la sueur de leur front, le sang et les larmes, qu’on ne l’oublie jamais.

Cette France «d’Origine Plurielle»

Car c’est une réalité, oui, nous sommes tous, à un titre ou un autre, de cette composante, de cette France «d’Origine Plurielle», qui ne dit pas son nom, qui ne crie pas ses maux… Oui, une France aussi «Génération Plurielle» qui a du mal à se faire reconnaître, à se souvenir et surtout à transmettre le flambeau de la vérité, de la place à tenir au même titre que d’autres. Avec cette problématique, toujours plus criarde de la transmission de la mémoire des «déclarés étrangers» aux jeunes générations, nées ici et bien françaises.
Avec le décès de Lazare Ponticelli, le dernier Poilu français, voilà 4 ans, quasi jour pour jour, s’achèverait pour certains spécialistes l’Histoire des combattants de la Grande Guerre. Sauf que le bonhomme était un symbole pour toutes les générations d’immigrés. Un témoignage de cette France d’origine plurielle car il était aussi un immigré italien, venu en France rejoindre sa maman à l’âge de 9 ans et naturalisé en 1939 à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Des hommes qui ont tout sacrifié pour défendre la Nation française, le drapeau tricolore et qui allaient au front en chantant la Marseillaise. Ceci, alors qu’ils n’étaient pas des citoyens français d’origine mais des immigrés de gré, et bien souvent de force. Le plus souvent des sujets de l’empire colonial voire même des étrangers mobilisés, pour la circonstance, par les Alliés. Longtemps oubliée, cette vérité de notre Histoire occultera la nature de ces diasporas qui ont participé de fait aux conflits militaires, aux actions de Résistance, à reconstruire la France. Ils étaient Arméniens, Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais… d’Afrique du nord, d’Afrique noire, d’Asie… Juifs, Chrétiens, Musulmans, mais tous avec le même défi aux tripes : comment préserver et faire vivre cette mémoire quand ceux qui l’ont bâtie ne sont plus parmi nous ?
Qui parlera de mon grand-père qui a quitté son Algérie natale pour aller se battre à Verdun et obtenir ses «papiers» français, comme il disait alors ? Qui parlera de mes oncles qui ont fait le débarquement de Provence, la campagne d’Italie, participé à libérer l’Alsace et la Lorraine ? Oui, ces troupes d’Afrique qui ont permis au Général de Gaulle d’être invité à la table des négociations ? Qui se souviendra de mes autres oncles, notamment le chef du maquis de Caen… Mais aussi de celui qui à vingt ans, a quitté Casablanca, sa ville natale, pour aller défendre son pays la France et se battre dans un sous-marin, contre les Japonais ? Oui, quand je ne serai plus là, qui pour témoigner… ?

Pieds Noirs_sortie d'avion

 

«Nos ancêtres ne sont pas les Gaulois»

Mais alors pour nos enfants, nos petits-enfants, comment réfléchir, élaborer ensemble une philosophie de comportements comme d’actions pour devenir les acteurs de la construction d’une société dont l’objet, la motivation, l’essence même, seraient de regrouper en son sein et sur tout le territoire Français, voire même au-delà, un ensemble de personnes, de toutes conditions, de toutes origines et de toutes confessions ; sans limite de nombre. Pour créer le socle d’une société dont le cœur de nos réflexions aurait pour seule préoccupation le devenir de l’Homme, son mieux-vivre dans une société où les notions de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, seraient enfin la priorité et quelques soient ses origines ethniques, culturelles ou cultuelles. On le sait, la nature a horreur du vide et surtout elle permet à des oiseaux de mauvais augure de surfer sur la vague de l’intégrisme qui amène les horreurs que nous venons de vivre. Il est temps de réagir.
Mais il est aussi le temps de prendre conscience de ce que nous devons tous à ce pays, à cette France qui nous a accueillis, bercés, éduqués, formés, protégés. Une France qui nous a permis de nous épanouir malgré tout en toute équité.
Alors, et si notre devoir était simplement, en hommage à nos anciens, à ceux de notre sang, de notre origine de reprendre le flambeau de cette France Génération Plurielle, de cette France coûte que coûte d’origine plurielle ?
Une France d’Origine plurielle qui n’oublierait certes pas d’où elle vient, mais ferait justement honneur à cette différence pour se montrer tout simplement plus exemplaire. Le référent majoritaire qui fera tomber toutes les frontières, permettra de relever les plus beaux défis et nous encouragera à vivre en fraternité libre et debout. Celui aussi qui sera capable de répondre coup pour coup et avec la plus grande fermeté à ceux qui dans nos frontières comme à l’extérieur voudraient dicter leurs lois, leurs modes de vie, leurs pratiques. Celui qui respecterait la foi de chacun, mais ne cesserait de rappeler que c’est la Laïcité qui est la base de nos fondements, la base de notre vivre avec l’Autre et non l’inverse.
Sinon j’aurai l’impression d’avoir trahi mon Père et mon Grand Père…

André-Gérôme Gallego
Directeur de l’information
andreg@aol.com

«Appel à témoin : où est passé Stéphane Hessel ? Habituellement si prompte à s’indigner pour tout et sur rien, surtout s’il faut participer à montrer du doigt Israël. En effet, le bonhomme est aujourd’hui d’un silence inquiétant pour ses fans. Bizarre que l’actualité ne l’ait pas interpellé. Mais peut-être est-il en train de nous concocter un livre de «quatre sous», dont lui seul aura compris la nécessité sonnante et trébuchante comme d’ailleurs son éditeur. Pour le reste, notamment pour ce qui est des ambitions de changer le monde, c’est un peu court. Mais on peut en discuter si le bonhomme le souhaite» AG


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