Au croisement des Cultures

Que serions-nous sans notre Culture ? Que serions-nous sans cet héritage à défendre ? Qui serions-nous si nous n’avions pas pour ambition de la transmettre à notre Descendance ?
On le sait, l’Homme occupe une place particulière dans la Nature qui en principe n’est pas la même que celle qui est dévolue à l’animal. Alors, comme nous le rappellerait Aristote, dans une représentation finaliste de la Nature il n’y a pas de coupure brutale tracée entre l’Homme et justement la Nature. Car c’est un fait, la finalité qui régit globalement la Nature s’applique aussi à l’humain.
Ainsi, s’il y a une nature définie avec des éléments tels que la Terre, le Feu ou l’Eau, une nature de l’animal, il y a aussi une nature propre à l’Homme qui serait, normalement, caractérisée par la raison. Même si l’actualité nous démontre chaque jour un peu plus que justement l’Homme est dans sa violence plus proche de l’animalité.
Pourtant, comme toute nature, la nature de l’Homme doit connaître un développement qui lui est propre. Passant d’un état potentiel, que l’on pourrait définir comme la puissance, à un état qui s’inscrit dans le temps et que les spécialistes définissent comme l’accomplissement de l’être… Si dans la Nature, pour l’animal il y a le règne sans partage du mécanisme, pour l’Homme se développera, on l’espère, le royaume de la pensée. Mais quelle pensée ?

La Nature d’un côté, la Culture de l’autre ?

Du coup, l’idée qu’il puisse y avoir une “nature humaine”, comme il y a une “nature de la plante” ou une “nature de l’animal” pourrait faire problème. Comme nous l’explique Jean-Paul Sartre «l’Homme n’est pas comme un objet utilitaire ou une moisissure. Seule sa pensée prescrit ce qu’il peut être». Car justement, l’Homme n’est pas “naturel”, il doit travailler sur lui, comprendre une bonne fois pour toutes que le plus court chemin pour aller justement à lui, c’est le regard de l’autre.
L’Homme a en charge, à travers sa propre culture, de former une Humanité que la nature ne peut pas engager pour lui. D’où l’importance du rôle primordial qui est donné à l’éducation, à la transmission du savoir comme des valeurs de respect, de partage avec l’autre. Et toujours cette question quasi existentielle de savoir en quel sens ou moment, on pourrait dire, que l’être humain est un être de culture ? C’est malheureusement et trop souvent à désespérer tant les dérives sont nombreuses. Tant les dictateurs de tous poils font et refont l’histoire à leurs convenances pour simplement dominer l’Homme.

 

Vous avez dit Culture…

La Culture, selon l’ethnologie, est l’ensemble des productions signifiantes d’une société humaine organisée, ce qui implique le langage, les mœurs, les traditions, la politesse, la manière de vivre et de se comporter, la relation avec l’autre, telle qu’elle existe dans une société donnée, le respect du choix cultuel aussi. Nous vivons dans notre culture, nous y sommes habitués, comme le poisson dans l’eau et il nous paraît de ce fait tout à fait normal qu’elle soit naturelle pour l’autre. Notre conditionnement social nous porte même à penser que tout ce qui est normal, selon notre culture, est aussi naturel, donc universel et inscrit justement dans la nature. Sauf que l’autre existe aussi. Que comme nous et au même titre que nous, quelles que soient ses croyances, ses modes de vies, ses us et coutumes, il est inscrit sur cette chaîne d’union qui nous constitue, qu’on l’accepte ou pas. Car notre destin est indissociable de celui des autres.

L’Education, la prise de conscience de l’autre…

Ainsi, il est reconnu et apparaît comme fondamental que les éléments de l’éducation doivent être acquis très tôt, dès le plus jeune âge. Surtout si l’on sait, qu’il est même très difficile d’apprendre plus tard la relation avec l’autre. Car les caractéristiques de l’humain ne sont pas innées comme les instincts sont innés chez l’animal. La Nature c’est le pouvoir du corps tels que ceux qui permettent de bouger les mains, de se tenir quasi debout, de marcher, de courir. De ressentir des besoins fondamentaux comme la faim, la soif, le sommeil et même la sexualité, tout ce qui est finalement lié à l’évolution biologique… La Culture c’est l’esprit, ce qui est acquis, par la transmission ; c’est la recherche de l’autre pour atteindre l’équilibre.
Partant de cette dualité, nous sommes amenés à penser que la culture fait tout, que la culture invente l’Homme. Car l’Homme est une sorte de pâte d’argile que la société pétrit pour la rendre conforme à sa norme, le modèle de l’humain. Ce qu’elle pose voire impose comme étant l’individu normal.
En apprenant le langage, l’enfant va développer son aptitude à penser et il pensera dans les termes en usage dans la société dans laquelle il a été élevé. Il apprendra des us, des coutumes, des traditions, le cérémonial de la vie, des règles de politesse. Les usages qui prévalent dans les mœurs, les normes esthétiques en vigueur dans le monde dans lequel il vit. L’instruction, qu’elle soit passive, imitative, ou active et créative, jouera un rôle primordial. Car elle donnera à l’enfant les éléments qui font de lui un membre à part entière de la société. Une bonne instruction dit-on, c’est l’assurance d’obtenir au bout du compte un individu bien adapté socialement, un citoyen modèle, respectueux des lois, de sa culture, de ses traditions, de l’autre. Mais quelles traditions ? Celles du pays qui vient de l’accueillir ou celles de son hérédité ?

 

Nous ne sommes naturellement pas égaux…

Mais que devient alors toute la diversité de fait de l’humain dans une culture donnée ? Pourquoi les Hommes sont-ils si différents les uns des autres ? Il est exact que dans une démocratie, notre aspiration est de faire en sorte que les individus puissent être égaux en droit et qu’ils puissent recevoir la même éducation. Cependant, la diversité reste un fait. Même en recevant une éducation identique, nous restons très différents, les uns des autres, et surtout pas égaux. Heureusement, nous ne naissons pas avec les mêmes aptitudes, les mêmes talents, déjà différents les uns des autres. Comme le dit le philosophe François Jacob, croire que tout est «affaire de culture, de société, d’apprentissage, de conditionnement, de renforcement et de mode de production, c’est ignorer toute diversité, toute différence d’ordre héréditaire dans les aptitudes et les talents des individus». Oui, il est louable de poser l’égalité en droit des hommes devant l’éducation, mais il existe une diversité de fait. Chacun porte en lui le bagage de son hérédité. Il est même simpliste de croire que tout est affaire d’éducation. L’apprentissage ne part pas de rien, mais s’adresse à un individu qui est aussi lesté d’une hérédité et d’une histoire.  
Contrairement à l’animal qui, dès la naissance, possède tout un bagage d’instincts qui commandent ses actes : fuir devant un bruit, chercher la nourriture etc. L’Homme, lui, dispose de moins de ressources instinctuelles, mais il a un immense avantage : il peut apprendre toujours plus, il peut apprendre sans limite. Et tout ce qu’il apprend le forme et le fait devenir ce qu’il est. L’enfant n’est pas à la naissance une sorte de bande magnétique vide sur laquelle il suffirait d’enregistrer un conditionnement. Il porte en lui une configuration individuelle, à la fois psychique et biologique. L’expérience qu’il acquiert vient se conjuguer avec son passé héréditaire et ainsi former sa culture.

Pas de hiérarchie à opérer entre les cultures

Dans le monde cosmopolite dans lequel nous vivons, nous avons à apprendre la tolérance à l’égard des autres cultures. Mais aussi et surtout à apprendre, à relativiser nos jugements et nos barrières culturelles. Il nous faut accepter la diversité de l’Homme. Aucune culture ne peut se dire supérieure à une autre. Il n’y a pas de hiérarchie à opérer entre les cultures. C’est comme dans un bouquet de fleurs, chaque fleur rehausse la beauté de l’ensemble, beauté qui est faite de diversité. L’homme éduqué est plus que l’homme seulement instruit, au sens de celui qui a enregistré dans sa mémoire un savoir. C’est un homme qui a porté la nature humaine à sa perfection en lui-même. Kant relevait déjà que «c’est dans le problème de l’éducation que gît le secret de la perfection de la nature humaine». Et là, se posera, tôt ou tard, le dilemme de notre société incapable de garantir aux générations à venir une éducation capable de les élever à la responsabilité et à la dignité de l’humain. Une faiblesse fondamentale qu’il faudra savoir résoudre au plus vite si l’on ne veut pas que ce 21ème siècle devienne celui de la haine raciale et du mépris de l’autre. Le danger est réel, il suffit de vouloir s’informer et de regarder la vérité en face…

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com




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