Aimé Césaire; l’Appel Universel…

Oui, au-delà de son combat, au fil des mots et des lignes de ses poèmes, au-delà même de ses origines revendiquées, le chantre de la négritude incarnait, un Appel. Un «Appel Universel» à la reconnaissance, enfin, de la dignité humaine. «Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serais un homme-juif, un homme-cafre, un homme-hindou-de-Calcutta, un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas.
L’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture on pouvait à n’importe quel moment le saisir, le rouer de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir de compte à rendre à personne, sans avoir d’excuses à présenter à personne, un homme-juif, un homme-pogrom, un chiot un mendigot»*
Oui, à travers son engagement sans limite, sans concession pour le respect de l’Autre, Aimé Césaire appelait à l’éveil de ses Frères humains où qu’ils soient et quels qu’ils soient. Un Appel, que l’on ne s’y méprenne pas, pour encourager à ce que chacun fasse l’effort de retrouver son identité propre, mais aussi et surtout un appel à la responsabilité de chacun, Blanc comme Noir.
C’est ce message, ce langage responsable et sans fioriture qui a fait d’abord sa force. Même si dans le même temps, en pleine lucidité, il reconnaissait lui-même : «J’accepte mes origines, mais que vais-je en faire?»
Dans son parcours politique et au-delà de toute considération partisane, il allait démontrer que ce qu’il avait découvert et vécu, lui servirait aussi à en appeler à ceux qui veulent changer le monde. Jamais il ne s’est laissé abuser, par les prétendus sympathisants, les prétendus marchands de rêves. Mais, il aura su prendre à bras-le-corps les problèmes issus du colonialisme et les régler au jour le jour, sans relâche. Poète, député, maire et surtout visionnaire, Aimé Césaire fut l’homme de la culture en action. Il dira, au coeur de son discours sur le colonialisme en 1950, cette prophétie : «Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.»
Lui, le héraut de la «négritude»,lui l’Antillais réunissant dans son identité déchirée toutes les influences de l’Afrique comme de la métropole, releva la fierté de l’Homme noir, courbé par l’esclavage. Mais il le rappela aussi et sans relâche à ses devoirs «où que tu sois tu te dois d’être le premier».

La génération plurielle, son credo…

Chaque jour il enrichit, son œuvre «pamphlétaire» éclairée, incisive, et sans concession. Il rappelle, cette Europe indéfendable à sa propre prétention de civilisation, à ses actes manqués. Démontrant, justement, qu’il y a loin de la colonisation à la civilisation. Un monde infini, un antagonisme, infranchissable et surtout que faire l’un, c’était aussi et surtout refuser l’autre !
On l’aura oublié, ou feint de l’avoir oublié, mais à travers son identité revendiquée de Nègre, Antillais, Créole, Aimé Césaire appelait surtout à l’ouverture, à la reconnaissance de la diversité des peuples, de leurs identités comme de leurs influences les uns sur les autres. Le métissage en somme, car il se voulait de cette «génération plurielle» qui se doit de tisser le lien, entre les Hommes.
Alors aujourd’hui, depuis le paradis des Nègres, il doit bien rire, car à peine mort, le voici embaumé, et même promis au Panthéon !
La dépouille était encore chaude que s’est déchaînée la curée : Hollande et Ségolène l’annexent à gauche, les communistes oublient ses injures contre le stalinien Thorez, et même Hortefeux, toute pudeur oubliée, l’enrôle dans son combat pour l’identité nationale… «Ah, le beau sanglot de l’homme blanc sur le poète noir», aurait-il, le sourire malicieux aux lèvres, probablement écrit…
Le grand remords de l’Occident perché, disait-il, sur «le plus haut tas de cadavres de l’humanité». Pourtant, il avait prévenu, le Nègre : “Accommodez-vous de moi. Je ne m’accommode pas de vous !”
Aimé Césaire, en combattant pour la dignité de l’Homme, nous invitait finalement à prendre conscience de l’Autre. Un message d’humanité qui mériterait, c’est vrai, le Panthéon…
Sauf que si la proposition est belle, l’intéressé n’en demandait pas tant. Probablement même qu’aux grandes orgues de Paris, il aura préféré, sans doute, la simplicité de son île natale et la proximité des siens.
Ainsi, loin d’être enfermé à jamais dans le mausolée des grands Hommes de la patrie, son esprit «malin» ne sera prisonnier d’aucun temple, fût-il républicain. Car il doit vivre, encore et encore et surtout ne pas disparaître sous des gerbes de fleurs, pour pouvoir «encore et encore» nous rappeler, qui nous sommes. D’où nous venons et où nous allons… Que le chemin reste encore long avant que l’humanité ne retrouve le sens de la raison, du respect de l’Autre quel qu’il soit.

André Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com

*Extrait du «Cahier d’un Retour au pays natal» (Présence Africaine éditeur)



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.