Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens (8/12)…

Ma lectrice poursuit : « Je suis très déçue. Je me faisais une autre idée du libéralisme : un monde d’entrepreneurs dynamiques et innovants, pratiquant entre eux la fameuse « concurrence libre et non faussée », selon des règles simplifiées et sous la surveillance des nations peu interventionnistes… ».

Là, les bras m’en tombent. Jusqu’à « règles », l’idée est bien exprimée, bravo, mais cela finit mal : Madame, que signifie pour vous « sous la surveillance des nations peu interventionnistes » ?

La France actuelle serait pour vous une « nation peu interventionniste » où la liberté d’entreprendre serait respectée ? Ouvrez donc les yeux, Madame ! Avec 57% du PIB plombé par le secteur public et une chute au milieu du classement mondial de la liberté économique, le pays nage dans l’interventionnisme le plus entier : plus que la totalité de la valeur ajoutée des entrepreneurs est engloutie à financer l‘Etat. Les gouvernements empruntent pour combler un déficit qu’ils entretiennent par une gestion désastreuse. On est très loin de votre « autre idée » du libéralisme !

Et qu’entendez-vous par « règles simplifiées » ? Le droit est le droit, il n’y a ni à le simplifier, ni à le compliquer. De nos jours, un chef d’entreprise investit plus de temps à étudier l’archaïque code du travail et le fatras fiscal changeant chaque année, voire chaque mois, qu’à se consacrer à l’objet même de son activité. La bureaucratie déborde d’imagination et le législateur de dynamisme pour poser chaque jour d’autres entraves aux entreprises. Comment gagner un 100m aux Jeux Olympiques avec des boulets aux chevilles ? En entraînement, soit, mais en compétition dans le stade olympique mondial, on reste bloqué au stade des qualifications.

Le monde des entrepreneurs n’est pas fait pour satisfaire toute cette couche de vautours qui attendent de se gorger des fruits de leur travail. Si l’entrepreneur crée de la richesse, on l’oublie trop, c’est d’abord et avant tout pour que vous et moi en disposions par l’échange. Parmi les bénéficiaires, il y a ceux qui participent à la création des produits et services de l’entreprise, salariés et partenaires. Mais sans client, pas de richesses pour eux. Quant à ceux qui ne veulent pas participer à cette création de richesses, c’est leur droit, mais ils doivent l’assumer. La justice sociale ne réside pas dans un pouvoir qui dérobe les entrepreneurs au bénéfice de sangsues arbitraires. La solidarité forcée ne se substitue pas à la charité privée. La première est une agression, la dernière une bonté.

Pourquoi donc vouloir une « surveillance » ? En quoi votre libéralisme serait-il malsain alors que la concurrence y est « libre et non faussée » ? Par contre, comment garantir que la nation soit « peu interventionniste », sinon justement en limitant le pouvoir politique ? La surveillance est inutile dès lors qu’il y a garantie du droit, chacun est ainsi libre de produire et d’échanger sans se faire agresser ni piller – à commencer par l’Etat. L’Etat doit donc n’être ni agresseur ni prédateur, mais juste.

Tous les politiciens se trompent à nous promettre une solution universelle. L’intervention régalienne sert la liberté quand la propriété du faible est menacée par le fort. Vous étiez tout près, Madame. Vous n’avez juste pas su voir que le problème est en fait dans la solution que vous apportez. Le renard est depuis longtemps dans le poulailler, mais rusé il se masque. Cherchez bien, c’est celui qui taxe les œufs par la ponte législative et fiscale.

 

Patrick Aubin



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