Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens (10/12)…

Ma lectrice poursuit : « Même le monde des clubs de football professionnels, pourtant peu regardant sur les combines financières, a tiqué sur les pratiques fiscales de la Principauté. Je vois pourtant une solution : dédoubler le championnat de France. D’un côté le PSG et Monaco, de l’autre, tous les autres clubs entre eux. Et pourquoi ne pas organiser une Coupe du Monde des paradis fiscaux, avec les meilleurs joueurs ? »

Madame, lorsqu‘on est victime d’une injustice, mais qu’on ne peut rien faire contre, on ne souhaite souvent qu’une chose : que son voisin en soit victime à son tour. L’égalité dans l’injustice est le fruit de l’abus de droit. C’est ce qui se passe chez les clubs professionnels de football, victimes de l’injustice fiscale. Monaco leur sert de révélateur, ils réalisent que le système social les pille. Mais au lieu de contester l’impôt et dénoncer le puits sans fond, la facilité a été de trouver un bouc émissaire pour être politiquement correct. Les clubs préfèrent faire l’autruche et montrer du doigt le club monégasque.

Les clubs français osent-ils imaginer que notre pays puisse pour leurs beaux yeux annexer la Principauté et y imposer une fiscalité liberticide pour la rayer de la carte ? La Principauté est un Etat souverain que les instances du football doivent respecter. L’idée même de voir modifier un contrat entre Etats au prétexte du point de fiscalité sportive en dit long sur la corruption du système. Cet écart fiscal ne fait qu’empirer suite à une fiscalité française sombrant dans un scénario collectiviste morbide. Ce n’est pas à Monaco de modifier ses lois pour le bon plaisir de présidents de football. C’est à eux d’oser exprimer leur désaccord envers le système fiscal français ou/et d’aller investir ailleurs.

De plus, Madame, pourquoi ironiser sur les moyens – forcément sales ? – que les paradis fiscaux seuls pourraient offrir au sport ? Et moquer les joueurs de même au passage ? Cette ironie me semble révéler une frustration. Celle de ne pas vivre dans un pays qui justement permettrait aux meilleurs de s’exprimer sans le poids d’un fardeau fiscal écrasant. Alors vous transposez, vous vous moquez de ce que les plus agiles sont capables d’accomplir par regret de ce qu’ici il nous est impossible. Vous avez raison de vous moquer, Madame, mais il est dommage que vous vous trompiez de cible.

Vous parlez de combines financières. Certes, les clubs de football ont réduit leurs charges et impôts en utilisant les ficelles autorisées par la loi. Mais quel est le rapport avec le libéralisme ? Ce sont bien les gouvernements qui font les lois et nous infligent impôts, taxes et cotisations sociales. Rien de libéral là-dedans. Les combines sont la manifestation de la bureaucratie. Que les clubs se limitent au foot et réclament la vraie justice : que l’Etat français respecte le droit de chaque citoyen d’être libre de choisir son système social.

Grâce à la loi européenne en toute logique de l’égalité des droits, il est enfin possible pour tout salarié français de ne plus être assujetti à la sécurité sociale en prenant une assurance privée. C’est un vrai parcours du combattant, mais c’est possible. Et ce n’est parce que c’est privé, que les services seront pires. Ne doutons pas un seul instant que lorsque le mécanisme sera compris, les clubs et les footballeurs profiteront de l’option. Il est une fois de plus incroyable que la leçon de liberté nous soit donnée par ceux dont notre inculture moderne veut nous porter à nous moquer.

Patrick Aubin



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.