L’exception culturelle ? Une hérésie économique et sociale !

La culture, une exception française. En affirmant cela, on ne nous dit pas tout. En France, la culture serait une affaire passant par le politique. Lequel se doit d’y déverser l’argent du contribuable, incapable d’apprécier ce qu’est la vraie culture. Et rien n’est jamais trop beau pour ce qui se voit. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que cette dépense est un profond gaspillage inefficace.

Le magazine du conseil général de Haute-Garonne (numéro 124) nous annonce ainsi le dernier gouffre en date : l’ouverture de la médiathèque du CG31 à Labège. Présentée comme un « trésor culturel pour nos bibliothèques » et une « inépuisable source de rêve et de connaissance », elle est dotée de plus de 600 000 documents, mais n’est pas accessible au public, puisque censée fournir en contenu les 152 bibliothèques du département, ainsi que cinq bibliobus itinérants.

Rappelons-nous qu’il y a quelques années, c’est Toulouse qui avait inauguré l’immense Médiathèque enjambant désormais la place Marengo, dans le dos de Riquet. Depuis, d’autres ont fleuri aussi à Empalot, à Labège-Village, à Tournefeuille… Bref, les médiathèques sont à la mode.

Sous prétexte d’accès à la culture pour tous, cette énorme vague de pseudo « investissements » illustre en fait le scandale des gaspillages de notre système « public » faussement généreux.

Arrêtons-nous sur l’objet principal d’une médiathèque : la lecture. Une étude récente établit que le titre le plus souvent sorti des bibliothèques est le Journal de Mickey ! Belle preuve d’efficacité de ces institutions à transmettre la culture française aux nouvelles générations, non ? Plus sérieusement, alors que l’Education nationale n’a jamais été autant dans l’échec pour apprendre la lecture à nos enfants, peut-on nous faire croire que les médiathèques vont leur faire aimer Molière et Voltaire ?

A l’heure d’Internet, ces moyens sont complètement dépassés. Les jeunes de tous profils, défavorisés ou pas, ont tous ou presque un accès illimité à la culture à tout instant, sans avoir à se déplacer, via ordinateurs ou téléphones portables. S’ils veulent lire Hugo, Rabelais, mais aussi Poe ou Nietzsche, ils n’ont aucun problème à trouver les grands textes de ces auteurs sur le Net, sans se transformer en rats de bibliothèque. Alors, à qui servent ces médiathèques ?

De plus, le pouvoir schizophrène crée l’Hadopi pour limiter le piratage, mais ne craint pas de donner accès à des milliers de CD ou DVD qui sont tous allègrement copiés. L’incohérence des politiques n’a hélas pas de limites. Sans oublier que ces « dinosaures culturels » occupent des fonctionnaires territoriaux, dont – selon le magazine – pas moins de 250 ont été formés l’année passée, rien que sur le département. Pour quels résultats ?

Sans même aller contester comment les nombreux titres ont pu être choisis, on comprend bien que l’objectif de donner accès à la culture pour quelques minorités que ce soit ne saurait être à la hauteur des montants prétendument « investis » et de leur coût de fonctionnement.

Il y a quelques années, quand tous ces chantiers furent décidés, la grande angoisse des élus avait pour nom la « fracture numérique ». On craignait que les « minorités défavorisées » ne puissent profiter des mêmes accès à Internet que les nantis. Et d’enfanter ce réseau de médiathèques inutiles et déjà mort-nées. Une fois de plus, l’interventionnisme politique, ici par l’exception culturelle, se révèle un fiasco. Entre-temps, le laisser-faire capitaliste, lui, a répondu au besoin : sans bruit, il a rendu la culture accessible partout et pour tous, pour presque rien, sans gaspillage ni tyrannie.

 

Patrick Aubin



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