Les taxis nous taxent

Il y avait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un bon blocage franchouillard de la circulation. L’arrivée d’un nouveau gouvernement est un événement que les centrales syndicales se doivent de ne pas manquer, selon la loi du plus grand pouvoir de nuisance. Notre « démocrassie » est ainsi faite : c’est à celui qui profitera le plus de l’autre. Tant pis pour la morale. C’est cette solidarité française où il s’agit d’avoir plus de privilèges et non plus de justice. Eh oui, sinon cela servirait à quoi que des corporations disposent d’« acquis sociaux » ?

Ainsi le droit de nuisance, pardon, de grève, serait sacré. Sous ce prétexte, faire avancer ses « revendications » suffit à justifier de bafouer la liberté des autres. A tour de rôle, chaque profession du secteur des transports accepte ainsi de subir une gêne ponctuelle dans la mesure où à son tour, une autre prendra part au jeu du « ki-bloque-ki ». Et ainsi depuis des années, nous avons droit plus ou moins régulièrement à une semaine de blocage du métro, une journée escargot par les tracteurs, une démonstration de coordination des camionneurs, ou comme en ce début d’année, une prise d’otages organisée par les taxis. Et pour entretenir leur pouvoir de nuisance, l’Etat, pardon, tout gouvernement, cède. Et il n’y a aucune raison pour que cela cesse. Est-ce vraiment le fonctionnement d’une société dite évoluée ?

Dans le cas présent, ces chers taxis prétendent contester l’évolution des règles de la Sécurité Sociale qui rendent possible le remboursement d’un trajet en taxi par assimilation à un service d’ambulance. Sans cette possibilité, une part substantielle de leur activité, disent-ils, leur serait supprimée. Et alors ? Rappelons cette vérité économique élémentaire : si une profession n’arrive pas ou plus à vivre parce qu’elle ne correspond pas ou plus au besoin des consommateurs, il est dans l’ordre des choses qu’elle disparaisse sans bruit et laisse la place à d’autres métiers ou d’autres technologies.

Il faut se rappeler que les taxis constituent une des professions les plus réglementées et les plus anti-concurrentielles de notre espace économique. L’obligation d’acheter une « plaque » fort cher pour avoir le droit de prendre des passagers leur assure un numerus clausus et un niveau de prix libre de toute concurrence. Sur Paris, les moto-taxis tentent depuis quelques années de proposer leurs services au niveau des aérogares d’Orly et Roissy. Mais les textes – et la profession à quatre roues – ne leur permettent pas de faire publicité de leur activité. Ils doivent se cacher des chauffeurs de taxis au risque d’une dénonciation de leur activité à la police, voire d’être passé à tabac.

A Toulouse, les taxis ont réussi à empêcher que la ligne du tram, construite à grands frais entre les Arènes et Aeroconstellation, qui passe à deux pas de l’aérogare, fasse escale à celui-ci, sous prétexte là encore qu’une part importante de leurs passagers leur aurait été confisquée au profit du nouveau transport pourtant en commun. C’est dire la confiance qu’ils ont dans leur propre service. Les taxis, par leur manifestation immorale car elle attente à la liberté de circuler, sont une parfaite illustration des blocages socio-économiques de la société française.

L’inculture économique organisée depuis plus d’un siècle a inculqué aux « élites » cette croyance protectionniste voulant que la concurrence (ou libre-échange) soit mauvaise pour un nombre invraisemblable de professions. Et on trouve normal que chacun y aille de son blocus bien à lui quant au contraire c’est la libéralisation du marché qui profiterait au plus grand nombre et aux professionnels eux-mêmes qui verraient les meilleurs se maintenir. Pauvre France…

 

Patrick Aubin



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