La question de la participation des citoyens à la sécurité publique

 

C’était le sujet de mon mémoire, dans le cadre de mon Master II « Politique et sécurité. » C’est un sujet passionnant, qui est un objet d’étude encore trop peu investi par les chercheurs. Suite à l’article sur le blog d’un camarade (ici : http://www.letang-moderne.com/article-peur-sur-libourne-les-milices-se-cachent-derriere-les-buissons-119145953.html), je voulais tout de même dire quelques mots sur les enjeux politiques en présence.

 

 

Le sentiment d’insécurité : un phénomène à ne pas balayer d’un revers de main gauche

 

Il est rare d’entendre des éléments intéressants et intelligents de doctrine sur les questions de sécurité et de tranquillité, à gauche. Une certaine gauche a repris le vocabulaire et la grille d’analyse de nos adversaires, et une autre attrape des boutons quand elle voit un uniforme.

 

Les questions de sécurité sont sérieuses, et le sentiment d’insécurité doit être pris comme un problème politique, au même titre que toutes les autres peurs sociales (de perdre son emploi, de la pollution, de l’avenir de ses enfants…)

 

Ne le balayons donc pas d’un revers de main, et affrontons la réalité avec notre grille de lecture, avec sérieux et gravité : la crise exacerbe les peurs et inquiétudes, dont celle d’être victime de la délinquance.

 

Cette peur d’être victime de délinquance provoque alors des comportements chez les citoyens, qu’il faut également étudier avec intérêt. C’est le cas des velléités de certains de monter des dispositifs de « vigilance » et de « surveillance » par les habitants d’un quartier (voir l’article dans Sud-Ouest, duquel part l’article susnommé de mon camarade : http://www.sudouest.fr/2013/07/18/les-rondes-de-nuit-des-habitants-du-verdet-1117881-2966.php )

 

 

Les « voisins vigilants »

 

Ce dispositif a été encouragé par la droite, à travers notamment une circulaire ministérielle à destination des préfets (la télécharger ici : http://i.ville.gouv.fr/index.php/download_file/4202/6984/circulaire-du-ministere-de-l-interieur-de-l-outre-mer-des-collectivites-territoriales-et-de-l-immigration-du-22-juin-2011-relative-au-dispositif )

 

Dans un secteur limité, ce dispositif consiste à la mise en place de mécanismes d’alerte, d’identification de « citoyens référents » et de sensibilisation des habitants au repérage de comportements suspects, afin de « faire échec » à des actes de délinquance, en l’espèce essentiellement aux cambriolages.

 

Concernant les effets positifs de ces dispositifs : aucune étude scientifique n’a montré de lien de causalité certain entre la mise en place d’un tel dispositif et une éventuelle diminution de la délinquance sur le secteur concerné. Seules des constats empiriques existent, qui peuvent montrer parfois, en effet, des effets positifs (en termes de dissuasion supposée ou d’interpellation après bon fonctionnement de la « chaîne d’alerte. »)

 

Concernant les effets négatifs : l’on peut observer la mise en place de patrouilles de citoyens sur la voie publique, bien qu’elles ne soient jamais (pour l’instant) mises en place avec l’appui et sous l’impulsion des pouvoirs publics.

 

Mais il faut surtout prendre ce phénomène comme révélateur de deux problèmes graves : le délitement du lien social et l’abandon forcé de cette mission par les services publics.

 

 

La République et les services publics de la sécurité et de la tranquillité

 

Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen :

 

« […] Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

 

Article 12 - La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. […] »

 

Voilà deux articles qui fondent notre exigence républicaine d’un monopole des missions de sécurité publique par une force publique !

 

Mais sous la droite, qui fait de la sécurité un biais d’accès à l’électorat d’extrême droite, près de 12000 postes de policiers et de gendarmes ont été supprimés !

 

François Hollande, lui, avait annoncé la création de 5000 postes (1000 pa     r an sur cinq ans.) Il valide donc la stratégie à moyen terme de réduction des effectifs des forces de l’ordre. Cela sera certainement moins, puisque Manuel Valls a annoncé la création de 500 postes par an, soit deux fois moins que prévu.

 

Entre 2002 et 2017, notre pays aura donc supprimé environ 10.000 postes de policiers et gendarmes !

 

La mission de police, comme toutes les missions de service public, ne peut souffrir de restrictions budgétaires, imposées par la finance. Il faut recruter des policiers et des gendarmes, les remettre au contact de notre population, ancrés dans nos territoires, nos quartiers, notre tissu social. Il faut davantage de police de proximité sur la voie publique, davantage de police judiciaire pour démanteler les réseaux !

 

 

La reconstruction artificielle de la bienveillance et des solidarités vicinales

 

Enfin, outre la question de la baisse des effectifs de police et de gendarmerie, ces dispositifs de « voisins vigilants » sont également le symptôme d’un autre phénomène, de plus grande ampleur et aux origines plus lointaines et profondes : le délitement du lien social, du contrôle social informel, des solidarités locales.

 

Ces dispositifs essayent de reconstruire artificiellement et dangereusement (car centrés uniquement sur la prévention de la criminalité) ce qui devrait être « normal » au sein d’un quartier, d’un immeuble, d’un village : faire attention à l’autre, faire attention à l’environnement, à l’espace urbain.

 

La division extrême du travail, l’explosion du chômage et la fragilisation des classes populaires sont des explications (avec l’appauvrissement volontaire de l’Etat et des services publics) à ce délitement du lien social et des solidarités de classe et de voisinage.

 

Et ce délitement entraîne des comportements asociaux, qui divisent ceux qui souffrent des maux actuels.
Pendant ce temps là, très peu de « vigilance » et de « surveillance » à Bruxelles, dans les sièges sociaux des grands groupes, dans les paradis fiscaux, dans les places boursières ou aux dîners entre oligarques.

 

Nous sommes bien peu à surveiller et dénoncer les voyous et autres « salopards » qui volent et pillent l’économie productive, les services publics et l’écosystème humain !

 

 

Secrétaire départemental du Parti de gauche, délégué aux relations unitaires et aux luttes sociales



UN COMMENTAIRE SUR La question de la participation des citoyens à la sécurité publique

  1. Patrick AUBIN dit :

    Dommage d’écrire deux articles des droits de l’homme et du citoyen concernant la sécurité et d’en arriver à une réflexion du “y’a ka, faut qu’on”… Et ne pas avoir une réflexion plus poussée pour arriver au galimatias traditionnel de l’extrême gauche…

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