Jérôme Jalabert

A l’affiche du « Médecin malgré lui », des « Fourberies de Scapin », du « malade imaginaire » et de « L’avare », Jérôme Jalabert et sa compagnie L’Esquisse jouent Molière à Altigone, jusqu’à fin janvier. Le comédien et metteur en scène toulousain enchaîne deux représentations par jour, mais n’oublie jamais de prendre du recul. Historien de formation, l’homme aime à poser un œil critique sur l’actualité, notamment celle de Toulouse.

 

Le tramway

« Je suis né, j’ai vécu et, en tant que comédien, je me produis sur Toulouse. J’ai donc souvent l’opportunité de circuler en ville et je dois avouer que le trafic y est plutôt dense. Tout ce qui limite la présence des voitures dans le centre, retient donc toute mon attention, et le tram en fait partie. On revient finalement au mode de transport plébiscité il y a un siècle. Cela me rappelle le bannissement des pavés en mai 1968, pour ne pas qu’ils puissent être jetés par les manifestants, pour les reposer 45 ans plus tard. Quelle ironie ! En tous les cas, je suis favorable à la fermeture du centre-ville aux voitures au profit des transports en commun, mais il faudrait penser à agrandir et multiplier les parkings-relais en bout de ligne (tram ou métro). Ma préférence va cependant au tram car je préfère voyager au-dessus du sol. De plus, il est agréable, n’étant pas conducteur, de prendre le temps d’observer ce qui se passe par la fenêtre. Seul inconvénient, je plains les riverains qui ont dû supporter deux ans et demi de travaux. »

 

Les embouteillages

« Je ne pense pas qu’il y ait plus de bouchons à Toulouse qu’ailleurs. Je peux vous affirmer que les embouteillages parisiens sont autrement plus importants. J’ai joué quatre mois dans la Capitale et j’ai compris pourquoi les Parisiens sont réputés pour leur grise mine. Être bloqué deux heures le matin puis deux heures le soir dans sa voiture, uniquement pour se rendre ou rentrer de son lieu de travail a de quoi stresser et rendre aigri. Quand j’y pense, imaginez le temps perdu dans les bouchons quand on ne dispose que d’une vie ! Tout cela pour un Smic, pendant 40 ans, pour au final en tirer une petite retraite… Mais où est le sens de la vie ? Peut-être que le développement de l’offre ferroviaire serait une solution. Ceux arrivant de la banlieue toulousaine n’auraient plus à prendre leur voiture. Mais dans l’état actuel des choses, ce n’est pas possible ! »

 

La scène culturelle toulousaine

« Il me semble que la ville propose beaucoup de choses en matière de culture, ce qui n’est pas le cas partout. Malheureusement, ce n’est pas la quantité qui incite les gens à se rendre sur un lieu culturel. Concernant le théâtre plus particulièrement, la situation est assez difficile dans la ville rose car presque tous les établissements sont publics à l’exception de quelques-uns comme la Comédie de Toulouse montée par les Chevaliers du Fiel. Ainsi, ils sont tous gérés par la mairie qui souhaite avant tout faire du chiffre et n’ouvrent donc pas leurs portes aux petites compagnies. Egalement, ceux gérés par des directeurs s’avèrent hermétiques, privilégiant leurs connaissances. Reste les « théâtres de poche » qui eux, sont presque trop nombreux, ce qui devient anti-productif. Bref, il est difficile de s’imposer à Toulouse, mais je confesse que je n’ai pas d’autre solution ! »

 

La venue de François Hollande à Toulouse

« Y avait-il un bon resto dans le coin ? (Rires) Sérieusement, je ne comprends pas pourquoi il est venu nous voir. Pour moi, il s’agit tout simplement d’un coup de communication. Tout cela me conforte dans mon idée : j’ai de plus en plus de mal avec les politiques, ils sortent tous du même sérail, évoluent au gré des lobbies et ne prennent pas la mesure des besoins des citoyens. Tout cela n’est finalement que du théâtre et non la représentation de la réalité. De plus, le chef de l’Etat a pour mission de représenter la France à l’international, laissant le national à son gouvernement. Ce n’était donc pas à F. Hollande de se rendre à Toulouse mais plutôt à Jean-Marc Ayrault ou à un autre membre du gouvernement. Peut-être cela servira-t-il à Pierre Cohen qui a sûrement pris cette visite comme un soutien… Encore faut-il que les deux hommes s’apprécient… »

 

Séverine Sarrat



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