Gérard Garrigues, « on vit avec le cœur »

Gérard Garrigues est à la tête de deux tables toulousaines reconnues, l’Hémicycle et Le Moaï. Passionné de châtaigne, féru de truffes et de bons produits du terroir, celui qui se qualifie de « presque Aveyronnais » fait partie du cercle prestigieux des huit Ambassadeurs Qualivores de Midi-Pyrénées. Dans ce cadre, il propose à l’Hémicycle, un menu composé exclusivement de produits de Midi-Pyrénées et assurera une démonstration au SISQA (Salon de la Qualité Alimentaire) le 12 décembre à 16h30 pour concocter une tourtière de foie gras, topinambours et truffes. Un rédac’ chef sans langue de bois qui place l’humain au cœur de tout.

L’écotaxe

Même si je ne fais pas de politique, je trouve tout à fait normal qu’il y ait une écotaxe à partir du moment où l’on est dans une situation écologique qui a ses exigences. Mais est-ce vraiment la bonne façon de s’y prendre en faisant payer encore les camionneurs ? Il est normal que les entreprises défendent leur bifteck et aient des revendications, elles ont déjà tellement de charges. Il y a peut-être des solutions au niveau européen, une harmonisation à trouver pour les routiers afin qu’ils n’aient pas la sensation d’être les dindons de la farce. On va prendre les sous dans la poche de ceux qui polluent, mais ceux qui polluent, transportent, alors on arrête de transporter de la marchandise ! Quand on demande plus à des gens, il faut qu’ils sachent pourquoi et s’il n’y avait pas d’autres solutions. La colère ne vient pas toute seule. Si demain on nous impose les mêmes choses en tant que particulier, on ne va pas être content. Donc on peut comprendre les camionneurs, c’est leur gagne-pain, celui de toute une filière.

 

La catastrophe aux Philippines

On peut difficilement se rendre compte du malheur de ces gens parce qu’on est loin, mais je compatis. Cette catastrophe m’a beaucoup ému. Un peu à l’image de ce que pourrait dire quelqu’un comme Matthieu Ricard, le malheur on l’a cherché, on aurait pu le prévoir. On savait qu’on allait avoir des soucis de climat, et au bout du compte c’est malheureusement toujours les mêmes qui prennent. On voit ces gens qui ont tout perdu et qui savent que demain ils pourront encore tout perdre, garder le sourire. Ils nous donnent une leçon de vie. Je suis là, je travaille, je ne peux pas prendre mes cliques et mes claques et partir les aider. Mais si je ne travaillais pas, je prendrais le premier avion. Il me semble que ce serait une leçon de vie, une bonne façon de comprendre ces gens-là, d’être proche d’eux car on vit avec le cœur. C’est la magnitude de notre volonté qui fait notre courage. Et le peu que l’on peut faire, sert toujours.

Le projet de réaménagement du centre-ville de Toulouse

On change Toulouse, c’est bien, mais ce n’est pas Toulouse le problème. Lorsque l’on a pensé « Toulouse centre-ville », on a encore une fois pensé petit. Je le redis, je ne fais pas de politique, mais on n’a pas pensé à la périphérie, à l’accès à la ville. Tous les matins, les gens qui habitent loin parce qu’ils ne peuvent pas se payer un appart en ville, doivent partir à 6h du matin pour venir travailler. On peut toujours se moquer de Paris, mais on a fait la même chose ! Nous avons quelques trains, mais tout le monde ne peut pas aller en prendre un. Et à 8h du matin, il n’y a plus une place pour se garer aux parkings du métro. C’est très bien de changer Toulouse qui en avait besoin. Toulouse doit être une ville moderne mais si l’on veut l’être, il faut commencer par moderniser la façon dont on va y arriver. Je suis sûr que tout sera très joli, magnifique mais peut-être aurait-on pu décaler le projet de quatre-cinq ans et attendre que tout soit prêt aux abords de la ville. Les villes modernes sont celles qui ont eu le culot de créer des tunnels, des ponts, des architectures d’abord pour la logistique et qui ont ensuite amélioré leur cadre de vie. Je crois que nous n’avons pas pris les choses dans le bon sens.

Les illuminations de Noël

Il y a des décorations, des illuminations, c’est bien, on respecte la tradition, on utilise des leds… Mais je pense qu’on a perdu l’originalité de faire avec peu de moyens. Quand j’étais gosse, nous faisions avec rien. On avait un arbre de Noël, on bricolait de petites choses pour le décorer. L’importance de Noël, c’est de partager et d’être ensemble. D’ailleurs, on pourrait demander aux Toulousains de réaliser leurs propres décors de la ville. Ça pourrait être super sympa plutôt que d’attendre et de râler. De cette manière, les gens comprendraient aussi les difficultés de faire ces décorations de Noël ! Autrefois, chacun apportait sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui, on soigne beaucoup les apparences mais on ne fait plus attention au bonheur que cela procure. Noël, c’est une quête du bonheur. Quand enfant on y participait, cela nous procurait plein d’émotions. Aujourd’hui ce n’est plus ça. Les gens, on les éclaire ! Dans certains villages, les gens s’impliquent et décorent leurs maisons, les enfants sont contents. Ce sont ces instants de bonheur dont on se prive, de l’émotion. Si chacun décorait son appartement et faisait sortir la lumière de chez lui, cela pourrait être très agréable.

Propos recueillis par MA Espa



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