Dis-moi quel est ton patrimoine, et je te dirai…

L’actualité est faite d’une longue suite de « sujets du moment ». C’est une technique bien ancrée dans les mœurs qui permet de parler de choses sans grande importance alors que dans l’arrière- boutique, élus et bureaucrates se partagent tranquillement le butin de nos impôts et taxes. Mais pour une fois, voilà un sujet de fond qui fait la une : la politique est-elle morale et peut-elle être moralisée ? Avec ses corollaires : la Société peut-elle fonctionner économiquement sans les effets et les manifestations d’une vie politique au-dessus de tout soupçon ?

De nature, je ferais volontiers valser tous ces malandrins, car mon analyse est que le patrimoine des élus est la face visible d’un iceberg. De prime abord, exiger des élus qu’ils rendent public leur patrimoine peut sembler pour quiconque d’honnête et sensible à la protection de la propriété privée rien de moins qu’un viol. Alors que le voyeurisme s’empare de tous et que le bateau coule, cette précipitation à divulguer recèle en vérité une partie immergée bien plus pernicieuse pour tous.

Car les élus – tous les élus – ne sont pas des gens tout à fait comme les autres. Ils sont supposés être nos représentants pour garantir nos droits naturels et imprescriptibles. Ce sont eux qui doivent des comptes – et non les citoyens. Il fut un temps où être un élu était un honneur car le rôle supposait le bénévolat. Mais désormais, en ce pays socialiste, tout élu reçoit des revenus qui le fait vivre et qui proviennent directement de prélèvements obligatoires : les élus vivent sur la ponction publique. Rappelons que pour qui ose faire métier de la politique, tels le président de France et l’essentiel du parlement, tout ou presque de leur patrimoine (hors héritage) provient de la fiscalité. Ils nous doivent d’autant plus de comptes que leur richesse traduit la voracité de chacun d’eux envers nous.

Rien que ce conflit d’intérêt rend impossible la moralisation de la politique : avez-vous déjà vu un charognard abandonner sa proie tant qu’il y a de la chair ? Le politique pourrait se contenter de vivre sur notre dos sans rien dire, pénard, droit dans ses bottes. Mais ces gens-là sont en plus en mal d’existence, il leur faut compenser l’abus de pouvoir par l’illusion de l’utilité puisque leur travail n’en est pas un. De là viennent leurs continuelles immiscions dans la vie économique et privée. Ils n’ont de cesse de modifier les textes avec un unique objectif : spolier tant et plus le citoyen honnête. On commence alors à toucher la véritable immoralité de la vie politique. Ils viennent chercher leur impossible légitimité en se mêlant de sujets économiques auxquels ils ne comprennent rien et où leur ingérence conduit à une perte globale de productivité et finit par engendrer le chaos.

Et les affaires de montrer un autre aspect de cette tromperie collective : la corruption généralisée. Clarifions tout de suite ce propos. Il s’agit de cette corruption insidieuse issue du clientélisme et de l’électoralisme. L’homme politique promet la réalisation de projets avec l’argent des autres. De surenchère en surenchère, il transforme le système d’Etat en système mafieux pour voler les personnes honnêtes. A cette fin, l’élu biaise et abuse de son pouvoir pour offrir des privilèges, aidé par le bureaucrate, qui lui aussi trouve son intérêt dans cette spoliation légalisée. Se payant sur nos impôts, ils trouvent en plus le moyen de tricher et de manipuler les naïfs ! Affirmons haut et fort que la corruption n’est possible que parce que l’abus de pouvoir est possible. La moralité politique est inenvisageable tant que la corruption en promesses de distribution d’impôts sera possible.

Ainsi la question de la moralité a-t-elle des ramifications profondes dans la structure sociale actuelle. Or que voit-on dans le débat public en la matière ? Rien ou presque, les journalistes osent à peine soulever le voile de la « démocrassie ». Chut voyons, gardons le silence pour… les subventions !

 

Patrick Aubin



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