Délit moche hein !

Dailymotion : beaucoup d’internautes connaissent ce site de partage de vidéos. Contrairement à ce que son nom laisse imaginer, ce site est français. Et une nouvelle fois, le ministre improductif du redressement s’est distingué en coupant cette pépite de son futur, laissant une image très stalinienne de la France par le blocage de la vente de cette entreprise à la société américaine Yahoo!.

En fait, cette intervention montre et démontre l’incapacité des politiciens à comprendre le fonctionnement de l’économie. Encore moins celle de l’internet, qui n’est pas sur la même échelle de temps de réaction. Cette vision franco-française se voulant très holiste de préservation des emplois donne du grain à moudre au populisme de bas étage mais sacrifie comme toujours le long terme. Nous assistons à la lente agonie du modèle étatiste avec la croyance que l’homme politique peut déterminer le développement. Depuis 40 ans et plus, on voit pourtant ce qu’il advient des différents secteurs de l’industrie lourde, là où l’homme politique a détourné des milliards. Les entreprises en bonne santé ont été dépouillées et n’ont pas pu redevenir ou rester compétitives sur leur secteur.

Dailymotion fait partie des 50 sites les plus populaires au monde. Mais a-t-il les moyens de tenir la dragée haute à YouTube ? France Télécom-Orange, malgré les promesses, n’a jamais vraiment su la dynamiser car ce n’est pas son métier. La proposition de Yahoo! doublait la valorisation de cette société et permettait d’entrevoir des perspectives de développement car adossée à un grand de l’internet, spécialiste du contenu. L’Etat, actionnaire de France Télécom, propriétaire actuel de cette société, est certes en droit de s’opposer à la vente. Mais ce refus prive Dailymotion de l’oxygène nécessaire et la condamne à terme. Car Dailymotion va devoir subir un nouveau concurrent au lieu de jouer enfin le challenger. A moins qu’Orange ne s’imagine comparable à Yahoo! et Google.

Le jour où cela arrivera, on aura oublié cet épisode. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est qu’un ministre se vante de préserver 150 emplois qui existaient sans lui. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est qu’Orange voulait se séparer de cette activité non stratégique en engrangeant au passage une belle plus-value et mettre cet argent dans ses activités stratégiques. Ce qu’on ne voit pas, c’est qu’Orange n’a aucun intérêt à développer Dailymotion. Ce qu’on ne verra pas, ce sont les emplois qui auraient pu être développés, y compris chez FT-Orange, car Yahoo! avait un véritable intérêt stratégique à acquérir Dailymotion. Ce qu’on ne verra pas, c’est que Dailymotion va galérer pour tenter de maintenir son activité. Et tout cela parce qu’un politique, en mal d’existence dans un naufrage sans précédent, s‘est imaginé en sauveur d’un bateau dont ses congénères avaient déjà percé la coque de partout.

Si les galériens avaient des boulets aux pieds à une certaine époque, c’était pour éviter leur évasion. De même, notre système d’Etat se fait esclavagiste avec les entreprises : au lieu de leur donner envie de continuer à se développer, la France leur met les boulets de la fiscalité et de l’arbitraire. Le pouvoir préfère les voir mourir plutôt que de les laisser partir pour vivre. Tout est bon pour les enchaîner encore un peu plus. Mais le politique n’est jamais que dans l’instant, dans le spectacle et dans l’illusion. Il veut pour exister marquer la société de sa patte quoi qu’il advienne.

Accepter l’idée que les politiciens ignares des lois de l’économie se permettent d’intervenir dans les décisions stratégiques des entreprises est probablement la dernière étape de l’installation du communisme en France par des gens qui s’en défendent, en plus. L’entrepreneur doit voir loin, il prend le risque de se tromper et il assume. Le politicien, celui qui professe sa vérité en ayant fait de la politique son métier, est son exact inverse, le fléau absolu, le malheur des peuples.

 

Patrick Aubin



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