Ce que je suis…

Sur la trace de mes parents, parce qu’il est écrit qu’ils m’ont tout donné. Plus que d’autres, ils ont su ce que c’était que d’offrir son sang pour défendre la mère patrie, comme ils disaient. Mais aussi, parce que très vite ils ont su que… «La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacreront jamais», comme l’a écrit Paul Valéry.

Face à toute cette actualité, toujours plus cruelle, on n’aura qu’une seule excuse pour ne pas s’effondrer : celle que l’on se doit de continuer à avancer ; à croire coûte que coûte que demain sera un meilleur jour… Car notre quotidien, ici ou ailleurs et à l’inverse d’hier, ne nous permet plus l’espoir de pouvoir simplement rêver que l’on peut agir pour changer le monde.

 

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Un soir, voilà quelques années, près de vingt ans, à Casablanca où je marchais sur les pas de ce qui avait été la vie de mes parents, le berceau de mes origines, le blues du soir me gagnait… Trop loin de chez moi, trop loin de mes enfants, de ma fille qui fêtait ses 10 ans. Alors, mes idées s’égaraient vers ce temps jadis où tout semblait plus authentique, plus beau, unique et rare. Comme un temps béni qui n’aurait jamais dû s’arrêter et qui pourtant un jour chavira corps et âmes, laissant une traînée de plaies béantes, à jamais enracinées au plus profond de nous. Pour qui, pour quoi ? Qu’avaient mérité ces humbles, ces modestes qui ne pensaient pourtant qu’à travailler, bâtir, rire et chanter ? Quelle raison supérieure pour être traités de la sorte, marqués de l’indifférence, du mépris et oubliés du repenti ?

Et pourtant, si tous conservaient leur nostalgie du temps passé, pas un pour se plaindre, ayant toujours l’âme pour aller de l’avant, relever le défi, parce que l’on se doit de continuer, d’avancer, disaient-ils «Quand on est un Homme»…

Ici, à Casa et ailleurs, ils avaient tout construit, tout bâti de leurs mains. Du jour au lendemain, ils ont tout perdu et sans jamais spolier quiconque. Humanistes au plus profond d’eux, ils avaient comme moi aujourd’hui tout à apprendre de l’Autre, mais pas la moindre leçon à recevoir de quiconque, de quelque côté de la Méditerranée que l’on se pose. Qu’on se le dise…

 

La vie continue…

 

Ce soir-là une princesse berbère de 9 ans, Maria*, me confia un papier écrit le matin même à l’école. Celle-là même qui m’avait vu débuter, quelques décennies plus tôt, au quartier du Mâarif… «Pour Toi Tonton» me dit-elle… : «Mohammad (que la Paix et la Bénédiction soient avec lui), messager de Dieu, représente le dernier maillon de la chaîne des prophètes envoyés sur Terre et à différentes époques, depuis le début de la vie humaine sur cette planète. Il a choisi une vie austère, même après avoir acquis pouvoir et autorité. Car disait-il, « Nous, qui formons la communauté des prophètes, n’avons pas d’héritiers. Ce que nous laissons, c’est pour la charité ». Malgré une rivalité entre Juifs et Chrétiens, il a fait de la croyance en Jésus-Christ et en Moïse, ainsi qu’en d’autres prophètes de Dieu (que la Paix et la Bénédiction soient avec eux), une condition essentielle sans laquelle il n’est guère possible d’être Musulman».

Des mots forts et pleins de vérité qui défient la raison de ceux qui voudraient en faire la cause de différends… Plus, sait-on qu’à Médine, la ville où est enterré le Prophète, se trouve une tombe ouverte, celle qui, selon la tradition, accueillera le moment venu le Christ ? Celui annoncé par Mohammad comme «le dernier Prophète qui reviendra sur Terre pour combattre l’antéchrist avec le soutien de tous les Musulmans»…

Alors aujourd’hui, qui pour dire et crier les prétextes d’ignorance, le ridicule de la situation, cause de drames nouveaux qui embrasent en permanence, comme une mauvaise habitude, le Moyen-Orient. Mais aussi l’Afrique du Nord, l’Afrique quasi dans son ensemble, avec des femmes et des enfants pour qui, dans une grande indifférence et pas si loin de chez nous, on prépare le pire destin. Encore une fois, des populations entières déplacées, sacrifiées à la vindicte calculatrice de minorités qui quelque soit le camp, n’ont qu’un seul objectif, qu’une seule raison de vivre : la suprématie locale.

Des barbares, pour qui la vie coûte moins que le caillou qui leur a servi, voilà peu, de piédestal.

Au nom de qui, au nom de quoi et surtout pour qui ? Pas pour des raisons de croyances supérieures, car nulle part, dans aucune des religions, il n’est prôné la haine de l’Autre, mais seulement l’amour et le pardon.

Oui, encore une fois des «Miséreux» qui des deux côtés vont laisser leur vie, pour que les grands puissent assouvir leur haine d’un passé inculte, où la leçon d’hier n’a porté qu’encore plus loin et encore plus haut les fruits de la haine…

Avec des questions sans réponse : Qui manipule qui ? Qui finance qui ?

Finalement l’inverse de ce que l’on se devrait d’attendre de nos dirigeants pour que demain, ce ne soient plus nos supposées différences qui arbitrent nos lendemains mais plutôt nous fassent réfléchir sur ce que nous avons de plus important à défendre, notre rôle dans la société, dans le quotidien de la Vie. Notre devoir, notre responsabilité envers le devenir des Autres. Notre rôle, à quelques degrés que nous soyons, qui est d’améliorer simplement l’humanité.

 

Idéal de vie, but ou chemin à suivre ? Je ne sais…

 

Pour ma part, un ensemble de choses fait que j’essaie de ne pas marcher la tête basse, mais plutôt relevée pour regarder ce qui se passe autour de moi. Car au plus profond de mon être, comme mes parents me l’ont appris, je sais que l’on n’est rien sans le regard des Autres, l’on n’est rien sans les Autres, sans l’Autre…

Et si nos différences se doivent d’être cultivées et enrichies car elles sont notre force, notre identité même, en aucun cas elles ne peuvent être le socle de nos divisions. Le débat, le match finis, l’on se doit de partager les agapes, la troisième mi-temps, car les vraies valeurs humaines sont là. A trop vouloir camper sur nos vérités, à trop vouloir défendre coûte que coûte nos fonds de commerce, on en finit par ne plus voir l’essentiel. Et à bâtir un monde de plus en plus difficile pour les plus faibles, mais aussi, que l’on ne s’y trompe pas, de plus en plus vide de sens pour les nantis.

A n’être intéressé que par la critique, à trop vouloir marquer la faiblesse de l’Autre, on participe à créer un monde animal. Et dès lors il ne faut plus s’étonner que la barbarie soit là, sous nos fenêtres, comme on l’a vu récemment à Toulouse…

Il est encore temps de ne plus rien concéder de son noyau essentiel de convictions, de valeurs humanistes qui nous caractérisent. Car il faut ne plus en douter, les civilisations, comme le poisson,  pourrissent par la tête et c’est notre tête qu’il faut craindre… Alors, à ceux qui nous proposent le conflit de civilisations, il ne faut plus rien céder, rester constants et fermes sur les idées et croyances qui ont fait de nous ce que nous sommes. Encore plus qu’hier, aujourd’hui, il faut redouter la manie de nos repentances, les arguties de nos bras croisés, la dévaluation du courage et du travail. Car toutes ces dérobades qui nous font espérer éviter la fumée, vont nous faire tomber dans le feu.

Quant aux chantres de la finance islamique qui se parent de nos valeurs de laïcité pour trouver le chemin, la «Voie de Troie», afin de nous imposer, ici dans nos murs, sous nos fenêtres, leurs prérogatives de puissance, mais surtout tentent de brimer nos valeurs dans leurs pensées d’us et coutumes, de nous faire démissionner de nos visions humanistes, soi-disant pour eux «de laisser faire», sous prétexte qu’elles prônent la liberté de croire, de penser et d’affirmer sa croyance dans l’espace public… Attention danger !

Et bien sûr que nous, médias, nous, journalistes, avons un rôle de sentinelle important à jouer : celui de la vérité, de l’équité, de la justice, celui de l’utilité publique, de ne pas oublier nous aussi d’apporter notre humble pierre pour essayer de consolider l’édifice d’un humanisme rayonnant et solidaire. Le chemin choisi est le plus difficile, mais qu’importe puisqu’il y a la foi…

Encore faut-il que ceux qui ont le pouvoir de changer les choses, tant sur le plan national que local, appliquent ce qu’ils prétendent défendre dans leurs discours, l’égalité de traitement, la justice tout court.

Et comme dirait un grand homme : «Il n’y a qu’une nécessité, la vérité. C’est pourquoi il n’y a qu’une force, le droit» Victor Hugo…

 

André-Gérôme Gallego

Direction ligne éditoriale

Président France Génération Plurielle

* Une petite pensée pour cette princesse berbère qui, je l’espère vit la «vie heureuse» qui lui était destinée.

 

 



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