Avoir ou ne pas avoir les boules (de Noël)

Comme tous les ans désormais, c’est de tradition pour Noël, Toulouse se décore. Tout comme Paris et presque toutes les villes de France. Chaque année repousse les précédentes dans la débauche de lumières, arbres enguirlandés et autres suspentes dont les multiples couleurs transforment la ville en une cité digne des Mille et Une Nuits.
Il n’est pas question ici de discuter de l’esthétique de toutes ces lumières indéniablement de plus en plus enjoliveuses au fil des ans. Mais dans une rubrique économique, alors que la crise bat son plein, comment éviter la question du bien fondé de dépenses qui s’inscrivent en comptabilité publique ? Dans une France première destination touristique mondiale, certains ne manqueront pas de m’opposer que les villes de France doivent s’embellir à l’approche des fêtes de fin d’année, car cela contribuerait à maintenir notre rang et celui des affaires. D’autres avanceront simplement que ces décorations sont positives pour la gaieté collective et sont donc une bonne chose. Mais ce n’est pas le sujet.
Bien des pseudo-économistes considèrent qu’il existerait des « biens publics » qui, comme les décorations de fin d’année, ne pourraient exister que grâce à la commande publique, au nom d’un pseudo-intérêt général. Hélas, rien n’est plus faux, cela pour des raisons à la fois économiques et morales. Car ces décorations coûtent des sommes rondelettes au contribuable à travers les impôts locaux. La question est simple : si ces décorations n’étaient pas financées par la municipalité, pourrait-on voir ces dépenses prises en charge par le privé ? Ainsi Toulouse pourrait-elle être décorée et embellie – avec modération – sans l’arbitraire du public ? Et est-il d’ailleurs socialement une bonne chose que Toulouse soit décorée ?
La caractéristique de ce genre de question, c’est que personne, pas un seul individu, ne peut répondre rationnellement. Personne ne peut prétendre détenir LA vérité, que ce soit en faveur ou contre les décorations. Dire qu’elles constituent un bien public, c’est déjà poser a priori une utilité collective et supposer que cette utilité est supérieure au prix supporté par les contribuables. Or qui peut bien mesurer une telle utilité ? Personne. Quant au politicien, doit-il son élection à ses compétences en décoration ?
Pourtant l’homme au cours des âges a su mettre en place, sans même en avoir conscience, un mécanisme universel redoutablement efficace pour résoudre de tels problèmes : le laisser-faire. Décorer Toulouse serait un moyen d’attirer le chaland dans les rues à Noël ? Parfait. Dans ce cas, pourquoi ne pas laisser les commerçants du centre-ville se cotiser et financer ces décorations qui leur apportent des clients ? Vous aimez profiter des décorations ? Parfait. Je suggère alors de créer l’association « Lumières Tolosanes » pour récolter vos dons et directement les financer. Là encore, laissons libres ceux qui y voient un intérêt, forcément particulier, et ne prenons pas de force par l’impôt dans la poche des autres, que ces autres puissent ou non avoir les capacités de payer.
Et si personne ne finance ? Eh bien c’est que l’intérêt des illuminations n’est pas aussi net que cela. Et dans ce cas, on aura évité des dépenses superflues et réduit les impôts. Contrairement à l’approche « bien public », le laisser-faire a donc deux avantages sociaux majeurs : il ne vole pas les citoyens à « l’insu de leur plein gré » et il assure que les dépenses ne sont engagées que par ceux qui y voient un intérêt… et dans la limite du budget dont ils disposent.

 

Patrick Aubin



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