Pesticides et cancers

A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, le 4 février 2010, la Ligue contre le cancer a annoncé la découverte de l’existence d’un lien de causalité avéré entre l’exposition aux pesticides et l’origine de certains cancers chez les agriculteurs (communiqué de presse publié le 3 février 2010). En 2008, le réalisateur J. Paul Jaud avait dénoncé au travers du film «Nos enfants nous accuseront» la tragédie environnementale que constitue l’empoisonnement de nos campagnes par la chimie agricole et les dégâts occasionnés en terme de santé publique et notamment sur les enfants.

 
Etat des lieux

Chaque année en France, on constate une augmentation de 1,1 % des cancers chez les enfants. Dans notre pays l’incidence du cancer a augmenté de 93 % en 25 ans chez l’homme. Aujourd’hui, les scientifiques sont formels : 70 % des cancers sont liés à l’environnement dont 30 % à la pollution et 40 % à l’alimentation. La France est le premier utilisateur de pesticides (herbicides, insecticides et fongicides) en Europe et le troisième dans le classement mondial. Le cancer, première cause de mortalité dans le monde pourrait provoquer la mort de 84 millions de personnes entre 2005 et 2015 selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En France, 1 200 000 personnes vivent aujourd’hui avec un cancer, ou après un cancer. La probabilité de contracter un cancer est de 50 % chez l’homme et de 30 % chez la femme. L’incidence du cancer a plus que doublé entre 1980 et 2010, mais le risque de mortalité a diminué de 25 %. En France, une personne sur deux survit 5 ans après le diagnostic de sa maladie. C’est un des meilleurs résultats européens.

Certitude scientifique

Jusqu’à présent, aucun scientifique n’avait attesté d’un lien de cause à effet entre exposition des pesticides et santé des agriculteurs. L’étude du Centre d’immunologie de Marseille Luminy (CIML) vient lever tous les doutes. L’étude (Agrican) biomoléculaire, élaborée en association avec les épidémiologistes du Centre François Baclesse, a été réalisée ces cinq dernières années sur 144 agriculteurs exposés aux pesticides. L’exposition aux pesticides en milieu agricole est considérée depuis longtemps comme un facteur de risque accru de lymphomes, maladie en augmentation de 3 à 4 % par an depuis une trentaine d’années. Ce type de cancer du sang incurable représente la cinquième cause de mortalité par cancer au niveau national. Si les agriculteurs développent globalement moins de cancers que les autres professionnels, ils sont plus souvent victimes de cancers des cellules du sang, notamment les paysans âgés de 50 à 67 ans. «Nous avons mis en évidence des biomarqueurs qui témoignent d’un lien moléculaire entre l’exposition des agriculteurs aux pesticides, l’anomalie génétique et la prolifération de ces cellules, qui sont des précurseurs de cancers. Cet effet est fonction de la dose et du temps d’exposition», a attesté Bertrand Nadel, l’un des chercheurs du CMIL, lors d’un colloque organisé à Marseille par la Ligue contre le cancer.

Agriculture Intégrée

La question qui se pose est de savoir si une évolution vers une agriculture plus vertueuse en terme d’environnement est possible et viable. Entre le BIO et l’agriculture actuelle il semble qu’un mode de production dite raisonnée ou intégrée puisse exister. Définition : Un système intégré correspond à une approche globale de l’utilisation du sol pour la production agricole, qui cherche à réduire l’utilisation d’intrants extérieurs à l’exploitation (énergie, produits chimiques), en valorisant au mieux les ressources naturelles et en mettant à profit des processus naturels de régulation. D’après un rapport présenté par l’INRA (Étude Ecophyto R&D), la réduction de l’ordre de 30 % du recours aux pesticides semble possible, sans bouleversement majeur des systèmes de production agricole. Mais l’objectif de 50 % souhaité par le gouvernement après le “Grenelle de l’environnement” impliquerait des changements profonds et des baisses de production de 12 à 25 % selon les cultures. Ce sont 3 000 fermes références, qui vont servir d’expérimentation et de démonstration, pour permettre d’assurer la collecte et la diffusion de données sur les systèmes agricoles à bas intrants, décidée dans le cadre du Plan Ecophyto 2018.

Agriculture BIO la solution ?

La généralisation de l’agriculture biologique, c’est-à-dire la suppression de l’utilisation de produits de synthèse (pour les pesticides et les engrais) se traduirait par des pertes de production importantes, sans doute sous-estimées en grandes cultures (-35 %). Celles-ci concordent avec les résultats des groupes “Productions” qui estiment à 25 % la baisse de rendement pour les vignes et à 50 % pour les fruits. Cela pour le moment est impossible pour couvrir les besoins des populations et nourrir la planète. Il faudra donc passer par une phase transitoire.

 

Agriculture BIO en Europe

La superficie consacrée à l’agriculture biologique dans l’Union Européenne (UE27) a augmenté de 30 % entre 2005 et 2010. Elle est aujourd’hui d’environ 10 millions d’hectares. Mais cela ne représente encore qu’à peine 5 % de l’ensemble des superficies agricoles cultivées… Au cours de la période les hausses les plus élevées de superficies agricoles BIO ont été enregistrées en Pologne (+94 %), en Lituanie (+89 %), en Espagne (+63 %) et en Belgique (+57 %). Mais des baisses ont été constatées en Italie (-6 %) et en Hongrie      (-5 %). En 2008, les cinq États de l’UE27 ayant les plus grandes superficies consacrées à l’agriculture biologique étaient l’Espagne (1,3 million d’hectares), l’Italie (1,0 million d’ha), l’Allemagne (0,9 million d’ha), le Royaume-Uni (0,7 million d’ha) et la France avec seulement 0,6 million d’ha. Les trois utilisations principales des terres biologiques dans l’UE27 ont été les pâturages et les prairies (44 % des superficies converties en totalité à l’agriculture biologique) suivis des cultures arables (37 %) et des cultures permanentes (10 %). Les 9 % restants correspondent aux jachères et aux sols non exploités.

La Drôme, 1er département BIO de France

Il s’agit du premier département BIO français en nombre de producteurs et de surfaces certifiées. En effet, avec 615 exploitations BIO qui occupent 24 078 hectares, la Drôme est aujourd’hui le seul département métropolitain dont les surfaces cultivées en BIO représentent près de 11 % des surfaces agricoles utilisées du département (46 % de la surface agricole utile BIO de la région Rhône-Alpes). La Drôme est aussi une référence dans la mise en œuvre du BIO en restauration collective. Agriculture, agroalimentaire, entretien, cosmétiques et bien-être… le BIO touche de multiples secteurs dopant l’activité économique de toute la Région… Leader mondial pour la production et la transformation de Plantes à Parfums Aromatiques et Médicinales (PPAM), ce département se distingue par la présence sur son territoire d’entreprises bio-cosmétiques. Saviez-vous d’ailleurs que l’association Cosmébio, qui décerne l’agrément BIO pour les produits cosmétiques, est implantée dans la Drôme ?

Le BIO et l’Afrique

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a instauré un nouveau programme pour que près de 5 000 paysans d’Afrique de l’Ouest tirent profit de la popularité croissante des aliments biologiques dans les pays industrialisés. Ce projet doit aider ces agriculteurs à répondre à la certification nécessaire de leurs produits et aux autres exigences en matière d’exportation. Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Sénégal, Sierra Leone, mais aussi Tunisie, Maroc ont lancé de véritables politiques de soutien à la production de produits biologiques en lien avec le commerce équitable profitant d’un taux de croissance estimé de 10 % par an sur les cinq prochaines années.

Avis d’écologiste

Cela fait des années que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur les liens entre cancers et environnement avec notamment l’omniprésence de la chimie dans notre quotidien. Phtalates dans les biberons, COV (Composés Organo Chlorés) dans nos maisons, pesticides dans nos assiettes etc… sont autant de dangers potentiels pour notre santé. L’explosion des cancers avec une dérive vers les jeunes devrait inciter les pouvoirs publics à plus de fermeté sur le sujet. Entre business et santé publique il est temps de choisir. Et si on passait du traitement des effets à l’éradication des cau-ses, tout le monde y gagnerait et la sécurité sociale en particulier. Si comme moi, vous pensez que rien ne viendra du sommet de l’Etat ou en tout cas qu’il faut aller vite, alors passez du consommateur ou “consoacteur” en prenant soin de choisir ce que vous mettez dans le caddie et en exigeant transparence et information dans les produits qui vous sont proposés…



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