Partageons nos potagers !

Les jardins potagers ramènent leur fraise 

 

Pas un radis en poche, mais une envie de radis roses. La solution ? Créer son potager pour déguster ses propres légumes. Depuis mai dernier, les Jardins du Museum à Borderouge offrent aux mains vertes amatrices ou expérimentées la possibilité de participer à des ateliers de jardinage pédagogiques et ludiques. Des activités révélatrices de l’engouement des Toulousains pour la culture potagère et le partage des récoltes. A la mode de chez nous.

A côté des tomates qui rougissent à la lumière du soleil, quelques plantes s’épanouissent pour le plus grand bonheur des insectes. Dans ce potager fraîchement planté, la vie bat son plein. Et pour cause, c’est le thème abordé par les ateliers des Jardins du Museum. Depuis début mai et jusqu’en décembre, les médiateurs de ces potagers en devenir prodiguent des conseils avisés aux jardiniers intéressés. Plusieurs périodes ont été segmentées pendant ces huit mois de culture, pour permettre une application adéquate des techniques et leçons exposées par les éducateurs du site. Pendant mai et juin, les activités pédagogiques étaient principalement axées sur l’installation du potager : découvrir les mises en terre, apprendre à planter… Depuis début juillet et jusqu’en août, une deuxième phase consiste à mettre en pratique ces conseils, pour favoriser la vie dans le potager.

Des conseils ludiques

L’idée est de s’approprier la nature, grâce à des méthodes instructives, facilement réalisables chez soi. L’un des cours proposés cet été a trait par exemple à la fabrication des abris à auxiliaires, ces insectes complémentaires au développement des végétaux cultivés. «Grâce à ces apprentissages ludiques, les participants repartent avec de l’inspiration pour leur propre jardin potager», se félicite Patrice Lucchetta, médiateur scientifique, en charge des ateliers. «Ici, tout le monde met la main à la patte, et personne ne rentre sans les mains terreuses !»

Trois activités de ce type sont proposées tous les deux mois aux Jardins du Museum. Chaque atelier dure 1h30 et, d’après Patrice, «les participants sont souvent frustrés d’arrêter de jardiner lorsque se termine l’exercice». Les apprentis jardiniers peuvent néanmoins revenir, à leur guise, pour découvrir les évolutions du potager auquel ils ont apporté leur touche verte. «Nous avons mis en place ces dispositifs ponctuels à la demande du public», commente Patrice Luchetta. «Il y a aujourd’hui une vraie sollicitation dans la pratique du jardin potager. Les gens veulent revenir au travail de la terre».

Des jardins partagés

L’engouement pour le jardin potager connaît un succès tel que certains n’hésitent pas à s’investir en communauté dans cette activité collégiale. Car pour jardiner, il faut déjà avoir un jardin. Or, à Toulouse, tout le monde n’a pas cette chance. C’est pourquoi des associations de jardiniers en herbe ont créé, en partenariat avec la mairie, des «jardins partagés» en plein cœur de la Ville rose.

«Pousse Cailloux» est l’une d’entre elles. Née en 2007 de la volonté de voisins à la main verte, elle a réussi à développer, dans le quartier Saint-Cyprien, un petit havre de tranquillité où cohabitent légumes juteux et amoureux de la nature. Les objectifs de l’association : introduire du vert dans la ville, créer du lien entre les générations et promouvoir une culture biologique de proximité. «On avait envie de voir la nature reprendre sa place», raconte Laurence Delort, l’une des initiatrices du projet. «On a donc cherché un terrain, suffisamment grand pour pouvoir cultiver tous ensemble, et la mairie nous a aidés à financer les aménagements de jardinage».

«Le jardin, c’est un repère»

Au départ, ils étaient six. Aujourd’hui, ils sont plus de 100 adhérents, sympathisants ou jardiniers, à partager le potager. La plupart vient accompagnée, en famille ou entre amis. Tous s’accordent sur la convivialité du lieu. «Il n’y a rien de mieux que de se réunir pour manger ensemble les fruits et légumes de notre jardin !» s’enthousiasme Laurence.

Comme elle, Elena, jardinière de l’association, aime venir planter et discuter avec les autres adhérents. Résidant dans un appartement, elle ne pouvait pas installer son potager chez elle. Grâce au jardin partagé, elle a réussi à mettre en pratique sa passion du jardinage et l’a même transmise à ses enfants, qui participent maintenant activement à l’amélioration de cette parcelle verte. «Ce qui me plaît dans ce concept, c’est que je peux créer quelque chose, le mettre en forme», explique-t-elle. «Dans ce jardin potager, il y a un aspect contemplatif que je trouve très intéressant. Ce jardin, c’est un repère pour moi». Ce soir-là, quelques adhérents se retrouvent dans une ambiance conviviale, autour de la grande table en bois qui borde le potager. Quelques-uns partagent les carottes du jardin, tout juste ramassées par l’une des mains vertes de l’association.

Echange de bons procédés

Un partage de récolte qui se fait parfois en comité plus réduit. Voire entre particuliers. Un jardinier, orphelin de terrain pour aménager son propre potager, rencontre un propriétaire, qui a tout pour le satisfaire. Un principe simple mais novateur développé par le site Savez-vous planter chez nous ? (plantercheznous.com) Créé en août 2011, sur une idée originale de Chantal Perdigau, jeune ingénieur diplômée et habitante de Balma, le site met en ligne les annonces des jardiniers et propriétaires à la recherche de leur moitié et facilite l’échange entre les deux personnes concernées, grâce à un système d’e-mails gratuits.

Aujourd’hui, près de 750 annonces sont accessibles en ligne. Un succès fulgurant dont la fondatrice se réjouit. «Au départ, les utilisateurs étaient essentiellement des locaux», explique-t-elle. «Puis, le site s’est élargi de départements en départements, et propose maintenant des annonces dans tout le pays. Nous pensons même ouvrir prochainement nos offres à la Belgique, la Suisse et le Luxembourg».

Rapidité des échanges

Au-delà de l’aspect économique, manifestement attractif, l’un des avantages majeurs du site réside dans son efficacité. Betty, jardinière passionnée, cherchait désespérément un coin de verdure pour cultiver ses légumes bio. Coincée dans un appartement à Balma, elle postulait depuis 18 mois dans le jardin communal de sa ville, lorsqu’elle a découvert le site. Une découverte qui a répondu à toutes ses attentes. En trois jours, cette passionnée a trouvé un jardin à quelques kilomètres de chez elle, chez Bernadette, une autre internaute du site.

«J’étais l’une des premières à m’inscrire sur le site dès sa création», raconte Bernadette. «J’avais acheté ma maison depuis peu et je cherchais à aménager un jardin potager dans mon terrain». Mais l’amoureuse de la nature n’est pas, à l’instar de Betty, une spécialiste du jardin potager : «J’avais essayé de planter des tomates, mais je m’y étais mal prise», confesse-t-elle. La rencontre entre les deux femmes a donc bouleversé leur quotidien alimentaire. Depuis qu’elles ont commencé leur cohabitation potagère, elles partagent ensemble leur récolte et se félicitent de la réussite de leur petite parcelle de légumes où haricots verts, salades et herbes aromatiques se développent. Leur prochaine dégustation : de belles tomates bien mûres. Pas de doute, ces femmes-là ont la main verte. Un comble dans la Ville rose.

Ariane Riou



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.