OGM : L’Europe se mobilise

Voilà douze ans que l’Europe résiste aux lobbies de l’agroalimentaire qui harcèlent les instances européennes pour obtenir des autorisations de mise sur le marché de nouvelles plantes OGM. Malgré l’opposition de plus de 85 % des européens, l’ultra libéral président de la Commission Manuel Barroso et le commissaire à la santé et à la consommation maltais John Dali ont cédé, aux centaines de “sirènes” dépêchées à Bruxelles et Strasbourg par la société BASF, en autorisant la culture de l’AMFLORA transgénique.

 
Amflora (EH92-527-1)

Sous ce nom un peu austère, se cache une pomme de terre modifiée par transgénèse afin de contenir un taux d’amidon, sous forme d’amylopectine, plus élevé. L’amylopectine intéresse l’industrie pour la fabrication de textiles, béton ou papier. Selon le dossier déposé par l’entreprise, l’industrie du papier serait la principale bénéficiaire de ce fameux amidon. Autre caractéristique, et non des moindres, la pomme de terre Amflora contient le gène NPTLL qui confère une résistance à la Kanamycine, antibiotique très précieux. C’est là que le bât blesse car les experts sont en conflit : ceux de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) considèrent que l’utilisation d’un gène de résistance à la Kanamycine n’est pas problématique alors que ceux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en revanche, considèrent qu’il s’agit d’un antibiotique trop important en médecine pour prendre le moindre risque de création de résistantes par la diffusion du gène NPTLL.

Une agence contestée

L’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA, EFSA en anglais) qui a autorisé la culture de la pomme de terre génétiquement modifiée, le mardi 2 mars, ne fait pas l’unanimité. Cette instance est composée d’une vingtaine de scientifiques, qui évaluent les demandes d’autorisation de mise sur le marché ou de mise en culture d’OGM, présentées par les industriels, et livrent leur avis à la Commission européenne. Depuis 2002, date de création de la structure, leurs méthodes de travail et leur indépendance sont contestées. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et chef de file d’Europe Ecologie aux régionales en Ile-de-France, dénonce des «perméabilités entre les membres de l’agence et les industriels des biotechnologies qui empêchent une expertise scientifique indépendante sur les OGM. Ils n’ont pas un avis objectif. Ils peuvent difficilement mener des expertises indépendantes sur la question des OGM car ils sont souvent réduits à analyser les études réalisées par les producteurs de semences eux-mêmes. Par exemple, Monsanto, la firme américaine qui détient 80 % des brevets OGM, interdit la vente de ses semences à des fins de recherche scientifique indépendante». Pour Corinne Lepage, présidente de CAP 21, «la décision du 2 mars, n’est pas surprenante mais elle est atterrante et impose une réforme en profondeur d’un organisme qui s’est constamment prononcé en faveur des OGM et ne veut pas se désavouer. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’était guère envisageable que l’EFSA ouvre un front dans une unanimité qui ne s’est jamais démentie en faveur des OGM, puisque sur 500 avis, tous ont été unanimes et positifs. Une telle unanimité, qui ne laisse même pas la place à des opinions dissidentes et donc à un fonctionnement scientifique normal, est pour le moins atterrante».  

Curieux dossier

C’est en 2003 que l’entreprise BASF dépose un dossier de demande d’autorisation pour la culture, la transformation industrielle de cette pomme de terre GM et l’alimentation animale. En 2005, seconde demande, toujours pour l’alimentation animale mais aussi humaine… Ce second dossier est atypique, la pomme de terre étant principalement destinée à la seule utilisation par l’industrie du papier. Rien à voir avec l’alimentation… Mais comme le souligne l’AESA dans son avis du 7 décembre 2005, «le pétitionnaire a conclu qu’il ne pouvait pas être exclu que cette pomme de terre transgénique et certains produits de transformation de l’amidon soient utilisés ou soient présents dans l’alimentation humaine». De fait, cela équivaut à  reconnaître que les filières de production et de transformation des Produits Génétiquement Modifiés ne sont pas étanches. La proposition d’autorisation formulée par la Commission européenne sur le dossier concernait donc également l’alimentation humaine mais, première dans l’histoire des autorisations, seulement en cas de présence fortuite ou techniquement inévitable avec, dans ce cas, un plafond maximum de présence autorisée à 0,9 % !

 


BASF met la pression

BASF, et ses partenaires suédois – Plant Science Sweden AB et Amylogene HB – ont alors décidé en 2008 de faire pression sur la Commission européenne, en déposant une plainte le 24 juillet 2008, devant le Tribunal de première instance de l’Union européenne pour obliger la Commission à autoriser la pomme de terre étant donné que la votation des Etats membres n’avaient pas obtenu la majorité qualifiée requise pour rejeter l’autorisation. Aucun jugement à ce jour. Par ailleurs, BASF a organisé, en avril 2008, en Allemagne, une grande campagne de publicité pour la pomme de terre Amflora. Enfin, de façon plus informelle, la société a menacé la Commission européenne et le gouvernement allemand de déménager ses activités de recherche si cet-te pomme de terre n’était pas autorisée avant la fin février 2010…

La résistance européenne s’organise

Si Greenpeace a lancé des actions dans plusieurs pays européens en Allemagne, Suède, France etc. ce sont les pays qui prennent le relais, puisque l’Autriche, la Hongrie, la Grèce et le Luxembourg ont interdit cette culture sur leur sol. Le ministre italien de l’Agriculture, Luca Zaïa, monte au créneau en signant un décret interdisant la culture d’un maïs génétiquement modifié sur le territoire italien, au nom du principe de précaution et en rappelant que 85 % des Italiens sont contre les OGM. Le parlement suisse a prolongé de 3 ans le moratoire sur les cultures et la commercialisation en plein champ d’OGM sur le territoire suisse. Ce moratoire avait été pour la première fois mis en place en 2005 pour permettre «l’acquisition de connaissances scientifiques encore manquantes». Pour appuyer la prolongation de ce moratoire, le conseil fédéral suisse a souligné «qu’il n’existe pas de besoin urgent en matière d’OGM dans le domaine alimentaire, ni pour l’agriculture, ni pour les consommateurs». La Suisse va donc rester totalement libre de toute culture OGM jusqu’au moins en 2013. La France a de son côté saisi le Haut Conseil des Biotechnologies afin de prendre une décision sur l’autorisation ou non de cette pomme de terre. En France comme en Italie se pose le problème de la coexistence impossible entre les cultures OGM et les cultures conventionnelles voire bio. Le gouvernement serait donc bien inspiré de suivre le chemin ouvert par les Italiens et les Suisses récemment, en décidant d’un moratoire sur toutes les cultures d’OGM tant que la commission européenne n’a pas revu – comme cela lui avait été demandé en décembre 2008 – ses protocoles d’évaluations, notamment en prenant en compte de façon systématique les impacts environnementaux des cultures OGM.

Le pavé dans la mare

Le géant des semences OGM Monsanto vient d’annoncer une nouvelle fracassante : les insectes contre lesquels était censé lutter son coton Bt, imposé aux agriculteurs de nombreux pays dont l’Inde, ont développé des résistances à l’insecticide secrété par cette plante génétiquement modifiée. De ce fait, les centaines de milliers de petits paysans forcés depuis plusieurs années d’adopter cette variété de coton sont désormais contraints d’utiliser une quantité grandissante de pesticide. Rassurez-vous, Monsanto a une solution ! Suite à cet aveu d’échec, ils sont allés jusqu’à conseiller aux agriculteurs concernés d’utiliser leur tout nouveau produit nommé Bollguard 2, qui permettrait de retarder l’apparition de la résistance des insectes. Bien sûr vous l’aurez compris, ce nouveau produit est très coûteux.

Avis d’écologiste

La prétendue “révolution verte” nous a conduits à un âge où l’utilisation massive d’engrais, de pesticides et de semences “modifiées” a détruit les sols, détourné les paysans de leur activité et concentré le pouvoir sur la production alimentaire d’une poignée de multinationales agrochimiques. Elle a réduit la diversité et augmenté notre vulnérabilité aux menaces telles que le changement climatique. Les OGM représentent pour 3 ou 4 grands groupes un potentiel de profits qui peuvent justifier toutes les dérives en terme d’éthique et de santé publique. Risquer de perdre un antibiotique précieux pour fabriquer de l’amidon est une hérésie innommable. Une fois encore la démonstration est faite que le politique est dépassé. Merci à tous ceux qui ont aidé la réélection de M. Barroso contre des plats de lentilles, ils portent la responsabilité de ces décisions. Alors citoyens, refusons par nos actions au quotidien le transgénique en exigeant la transparence et en sélectionnant nos achats… Même si ce n’est pas toujours facile !



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