OGM : Ils se croient tout permis !

Le mois de juillet est, dans notre histoire, un moment redoutable : augmentations en tous genres, lois parfois scélérates etc. L’année 2010 ne déroge pas aux habitudes, pendant que se négocie à huis clos, le projet de loi sur les retraites, que la violence des banlieues et les exactions des “gens du voyage” occupent le devant de la scène masquant les “affaires”, Bruxelles le 28 juillet, vient de délivrer une autorisation à l’importation de six nouvelles variétés de maïs OGM malgré l’absence d’accord des Etats membres. 

 
Encore et toujours Barroso

Sous l’égide du tout puissant président Barroso, la commission européenne, a autorisé le 28 juillet, dernier l’importation dans l’Union européenne, dans un but commercial, de six maïs génétiquement modifiés destinés à l’alimentation humaine et animale. Bruxelles a pris cette décision faute d’accord entre les États membres sur une position commune sur ce sujet sensible. Le processus décisionnel prévoit que la Commission fasse une proposition pour autoriser la commercialisation. Les États doivent ensuite se prononcer à la majorité qualifiée et s’ils ne parviennent pas à s’entendre pour ou contre, la Commission prend une décision généralement favorable. Les nouveaux OGM autorisés concernent trois maïs hybrides développés par le groupe américain Pioneer, deux maïs transgéniques de la firme Monsanto et d’un autre du groupe suisse Syngenta, numéro un mondial de l’agrochimie. Faute d’accord des Etats membres, la Commission a donc tranché mercredi en donnant son feu vert «pour sortir de l’impasse». Les autorisations sont valables dix ans.

Quel enjeu ?

Ces nouveaux maïs OGM qui sont destinés certes à l’alimentation animale mais aussi humaine ont obtenu un avis scientifique favorable. Selon les ultra-libéraux de l’EU, cette autorisation va surtout permettre d’éviter le blocage des cargaisons de maïs conventionnels destinées au marché européen en raison de la présence fortuite de traces d’OGM. Dans le passé, une telle situation avait provoqué un début de pénurie pour l’alimentation du bétail en Europe. La règle de la tolérance zéro prévoit en effet l’interdiction de débarquer dans l’UE toute marchandise dans laquelle de faibles taux d’OGM non autorisés sont détectés. En fait, Barroso a une fois de plus cédé aux sirènes made in USA et aux lobbies bruxellois…

Fin de la politique agricole commune

Les OGM, constituent un élément de discorde permanent entre les 27 Etats de l’EU. Pour se décharger du sujet, la Commission prépare un projet de texte permettant de renationaliser la décision de mise en culture et sur le marché des OGM/ PGM (Organisme et Plantes Génétiquement Modifiés) tout en maintenant un semblant de façade européenne au travers d’une forme d’approbation préalable. Ce projet d’amendement «autorise les États membres à restreindre ou interdire la mise en culture d’OGM sur tout ou partie de leur territoire pour des raisons autres que celles couvertes par le système européen d’autorisation (…)», précise le texte. De la prééminence des autorisations européennes, la compétence reviendrait à des États de facto libres d’agir à leur guise. Les cultures de plantes transgéniques sont en recul sur le Vieux Continent, victimes de la défiance du public et d’effets potentiellement néfastes sur l’environnement. Seuls 94.749 hectares étaient cultivés en 2009 (contre 106.737 ha en 2008) dans l’UE, contre plus de 130 millions dans le reste du monde. Le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire estime que : «Tout ce qui va dans le sens de la renationalisation sur les questions agricoles va dans le mauvais sens», relayé par J.L Borloo, ministre de l’écologie qui fait de l’accord de 2008 un préalable à tout changement de réglementation européenne. Cet accord pris à l’unanimité des ministres de l’environnement, en décembre 2008, prévoyait la réforme des évaluations environnementales de l’Autorité européenne de la sécurité des aliments (Efsa en anglais) que les Vingt-Sept veulent renforcer et systématiser. Autre exigence, l’organisation de confrontations scientifiques avec les experts des États membres en cas de désaccord.

 

Réactions politiques

Philippe Martin (PS), président du conseil général du Gers, département qui s’est caractérisé par sa lutte contre les OGM, vient d’appeler le gouvernement à refuser le “diktat” de la Commission européenne. La position espagnole paraît plus radicale. La ministre de l’Environnement et de l’Agriculture, Elena Espinosa a en effet déclaré : «Nous avons toujours défendu l’idée que le dossier des PGM doit relever d’un programme européen. L’agriculture est une politique commune et il n’y a aucune raison qu’une production particulière ne fasse pas partie de cette politique commune». La ministre a également déclaré accueillir «favorablement tout renforcement de la transparence et de l’expertise scientifique qui permettrait d’accélérer les processus d’adoption». Le gouvernement belge qui préside l’UE émet des doutes sur la faisabilité du projet notamment en regard des exigences de l’OMC. Enfin, la Grande-Bretagne, toujours très pro-américaine, a fait valoir son soutien à cette proposition, considérant que «les OGM ont un rôle significatif à jouer» et qu’il faut «laisser le choix au consommateur». L’Allemagne quant à elle, est plutôt prudente après que trois régions (Länders), La Bavière, le Bade-Wurtemberg et la Basse-Saxe ont semé sans le savoir du maïs contaminé par du maïs NK603, mis au point par Pionner et interdit dans l’EU… Enfin la Hongrie vient d’interdire la pomme de terre “amflora” sur son territoire… La France tient une position assez originale puisque MM Borloo et Le Maire, semblent faire de la résistance mais en catimini, le 20 juillet, ce dernier a inscrit au catalogue des plantes autorisées à la culture en France deux variétés de maïs OGM T25…

Avis d’écologiste

Vaste et perpétuel débat que celui des OGM/PGM. L’enjeu est de taille puisque les grands groupes semenciers ont déployé à Strasbourg et Bruxelles des centaines de collaborateurs et collaboratrices pour faire du lobbying auprès des parlementaires et membres des commissions se penchant sur le sujet. Ce qui est sûr c’est que les OGM enrichissent les grandes multinationales comme Monsanto ou Bayer ou Pionner. Elles nous présentent les OGM comme la solution à la faim dans le monde. Mais 99 % des céréales génétiquement modifiées non seulement n’ont pas un rendement supérieur aux céréales traditionnelles mais ne résistent pas mieux à la sécheresse qui est déjà un problème majeur européen avec en exemple la catastrophe annoncée en Russie. En outre, les OGM appauvrissent les petits paysans et ont ruiné les producteurs de cotons de l’Inde. En standardisant les pratiques agricoles, c’est la biodiversité qui est mise à mal. Ils vont à l’encontre d’une agriculture durable et arrivent dans nos assiettes sans que nous ayions pu donner notre avis. Au final, les OGM représentent un réel danger car assujettissant le pouvoir de nourrir la planète au diktat d’une infime minorité.




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