Nucléaire ; La chape de plomb !

32 ans après Three Mile Island aux USA, 25 ans après Tchernobyl et 2 mois seulement après Fukushima,  l’oubli médiatique et donc des consciences s’installe à nouveau comme si de rien n’était. Les lobbies mondiaux pro-nucléaires ont placé un “sarcophage” sur le sujet. Circulez, rien à voir, le sujet est tabou et fait partie du package de l’oligarchie capitaliste. Pas de référendum en Europe, au mieux on gèle les futurs projets et en France, on continue de plus belle vers une extension de la durée de vie de nos 58 réacteurs, et on matraque les activistes de Greenpeace venus bloquer le chantier de l’EPR à Flamanville. Quels enseignements tirer de Fukushima, et va-t-on le faire ?

 
Les risques naturels

Fukushima, c’est tout d’abord une fabuleuse démonstration de la puissance de la nature avec un séisme presque maximal sur l’échelle de Richter suivi d’une déferlante de plus de 10 m de haut. La centrale nipponne n’a pas résisté aux éléments. Cela peut-il arriver en France ? Pour notre “old lady” de Fessenheim, la référence se situe en l’an 1356, avec un tremblement de terre évalué à partir des écrits de l’époque aux alentours de 7,1 soit 10 fois plus important que les prévisions d’EDF (6,1). Au-delà des chiffres, la difficulté réside dans la mise en place des modèles de résistance qui dépendent de l’ampleur, de la durée et des répliques du séisme ainsi que des matériaux du sous-sol… Mais le risque majeur ne vient pas que des entrailles de la terre : les inondations sont le principal souci de l’hexagone. En 1999, le “mascaret” remontant l’estuaire de la Gironde avait noyé la centrale du Blayais, provoquant l’arrêt des pompes et donc du refroidissement. On est passé près de notre Fukushima. En novembre 2010, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) estimait que Tricastin sur le Rhône serait noyée en cas de rupture du barrage de Donzère-Mondragon, et à ce jour le risque est toujours là !

Refroidir, refroidir, refroidir…

C’est la base de toute centrale. Il faut refroidir en permanence le cœur des réacteurs, qu’ils soient arrêtés ou en activité. Si en phase nominale, quelques dizaines de m3 par heure suffisent, le manque d’eau provoque la fusion après quelques jours, le phénomène s’emballe jusqu’à l’explosion de l’hydrogène libéré et à partir de là, plus rien n’est maîtrisable et la radioactivité s’échappe… En théorie, deux lignes électriques, plus des groupes électrogènes ayant une autonomie d’une petite semaine, doivent prendre le relai en cas d’incidents sur les circuits principaux. Oui, mais en 2009 le canal d’arrivée d’eau de la centrale de Chooz dans les Ardennes a gelé, stoppant l’arrivée d’eau, provoquant des sueurs “froides” au niveau d’EDF. Toujours en 2009, l’un des réacteurs de la centrale de Cruas en Ardèche a brusquement arrêté d’être refroidi, la station de pompage étant obstruée par des végétaux. Il aura fallu 10 heures pour rétablir la situation.

Quand la catastrophe est là !

Comment garantir le confinement d’un réacteur quand le cœur est en fusion, comment empêcher l’hydrogène produit d’exploser ? Comment limiter les rejets afin de permettre l’évacuation des populations dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres ? Autant de questions qui sont sans réponses satisfaisantes dans le contexte actuel. Si les enceintes de confinement peuvent résister en théorie à une pression de 8 bars, à partir de 6, il faut lâcher des rejets hautement radioactifs dans l’atmosphère, sans aujourd’hui de possibilité de filtrage. Seul l’EPR en cours de construction profitera d’une double enceinte de 2,6 m d’épaisseur permettant de “gagner du temps”. L’une des problématiques mise à jour au Japon a consisté à être informé de la sortie du cœur, transformé en magma,  de son enceinte. Aucune de nos centrales n’est équipée des capteurs ad hoc. Selon les spécialistes, il faudrait sous le réacteur 20 m de béton alors qu’actuellement il n’y en a que 2… Pour Fessenheim, ASN estime que le délai avant que le magma ne s’infiltre dans le sol, les nappes phréatiques et les fleuves, ne serait que de 24 heures.

Ayez confiance…

Cela pourrait nous rappeler quelques passages du “Livre de la jungle”, mais nous sommes loin de la BD ou du cinéma. Le lobby du nucléaire se veut rassurant, le Président de la République réaffirme haut et fort que la filière est sûre et pérenne. Pour Tchernobyl, on se rassurait en disant que c’était la Russie, en pleine décomposition économique, qui maîtrisait mal la technologie, qui n’avait pas les moyens d’entretenir correctement ses centrales (ce qui n’est guère rassurant pour la dizaine de réacteurs de même type existant encore…). Mais là, s’agissant du Japon, l’une des premières puissances économiques, l’argument ne tient plus. Le risque technologique est bien là et la France y est confrontée comme les autres pays. Hors à ce jour, aucune remise en question de la filière n’est envisagée et ne sera envisagée par les autorités… alors que le voisin allemand se prépare à une alternative.

Déni de démocratie

Le nucléaire a toujours été un sujet tabou en France et il y a plusieurs années déjà (les plus fidèles lecteurs du Journal Toulousain s’en souviendront), nous dénoncions dans nos colonnes le côté opaque de cette industrie et la trop grande proximité entre les organes de contrôle (dont les membres étaient trop souvent issus de la COGEMA) et les milieux industriels. Ce qui est incroyable, c’est l’incapacité d’un système de se remettre en question, d’imaginer un autre monde, un autre modèle économique. En 2008, nous sommes passés à deux doigts de l’effondrement économique et trois ans après, rien n’a changé, les banques spéculent de plus belle, les traders touchent des sommes astronomiques et aucune régulation n’a été mise en place. Pour le nucléaire idem, on ne change pas une stratégie purement économique : AREVA, notre fer de lance dans le domaine, doit être privatisée courant mai alors que plus que jamais se pose dans le monde entier le problème du contrôle par les Etats d’une industrie à haut risque qui ne peut souffrir de voir sa sécurité compromise par les enjeux financiers et l’obligation de verser toujours plus de dividendes aux actionnaires.

Avis d’écologiste

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai l’impression de ne plus rien décider en ce qui concerne mon avenir et surtout celui de mes enfants. On nous force à travailler plus longtemps alors que nos jeunes sont dans la précarité la plus absolue, chômeurs jusqu’à 30 ans… mais c’est pour assurer notre avenir. Pour le nucléaire, comme le disait Margareth Thatcher : «There is no alternative». Tant pis si demain nous avons des millions de morts, de contaminés, de condamnés par des cancers et si des millions de km² de terres agricoles sont devenues incultivables, provoquant des famines mondiales, si les océans sont irradiés… Une poignée d’irresponsables est sûre que cela n’arrivera jamais. Seule certitude, si cela arrive et cela arrivera, ce ne sont pas les stocks-options qui les protègeront des radiations. Alors que faire ? Etablir des contre-pouvoirs pour remettre en question l’ordre établi face au rouleau compresseur politico médiatique. Citoyens, réveillez vos consciences, ne vous laissez pas lobotomiser par le zappage de l’information organisé par des médias sous contrôle ! Oubliez les Kadhafi, Ben Laden qui ne servent qu’à nous cacher les vrais problèmes de nos sociétés et soutenez la presse indépendante en achetant tous les jeudis le Journal Toulousain en vente dans tous les kiosques.



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