Nanotechnologies ; Entre espoir et crainte

La Ville rose, Grenoble et Paris, constituent le triangle français de la recherche sur les nanoparticules. Invité du Cercle PRG de Toulouse et de son président Alexandre Marciel, Alain Costes, chargé du plan recherche local sur ces nouvelles technologies répondait aux interrogations d’un public averti lors d’une conférence qui s’est tenue à Toulouse le jeudi 9 avril dernier. Source de développement économique, espoir pour la médecine, mais aussi risque sanitaire potentiel, tel est tout l’enjeu d’un débat qui n’en est qu’à son balbutiement et qui à n’en point douter, fera couler beaucoup d’encre et déchaînera beaucoup de passions dans les années à venir.

 
Les Nanoparticules sont partout

L’air que nous respirons contient des quantités très importantes de particules ultrafines naturelles : plus de 10 000 particules supérieures à 10 nm dans 1 cm3 d’air, avec de fortes variations selon la saison ou le degré de pollution industrielle. Si depuis quelques mois, l’accent est mis sur le rejet de CO² par les véhicules automobiles, les nanoparticules (hautement cancérigènes) émises par les moteurs diésels sont passées sous silence… Dans le monde du travail cette exposition est aussi très ancienne : condensation de fumées émises par des fours métallurgiques, fumées de soudage, fabrication et utilisation de noirs de carbone, de silices amorphes, etc. La nature sans que nous le sachions, nous a habitués à fréquenter les nanoparticules. Ainsi la toile d’araignée, est constituée de fils dont la résistance comparée à l’acier, est plus de 100 fois importante car entourée de nanotubes hyper résistants. La feuille de Nénuphar, banale plante aquatique, n’est jamais mouillée en surface car revêtue d’une nanopellicule dont St Gobain s’est inspiré pour produire des vitres ou des pare-brises autonettoyants… Cependant, l’industrialisation des nanotechnologies change la donne puisqu’une très grande quantité de nanofibres et de nanoparticules aux propriétés physico-chimiques très diverses, voire nouvelles, vont être produites. Les risques sanitaires qui découlent de cette nouvelle ère concernent aussi bien les travailleurs du secteur, qui peuvent être exposés de manière chronique à des quantités importantes de nanoparticules, que la population en général, dont l’exposition est plus indirecte.

Formidable espoir mais…

Selon les responsables scientifiques toulousains, les nanotechnologies pourraient améliorer le traitement de certains cancers, rejoignant ainsi les enjeux du Cancéropôle. L’intérêt des nanoparticules est qu’elles peuvent atteindre rapidement les organes et même le cœur des cellules. Le principe vu de façon simpliste, peut se résumer en disant que ces infiniment petits sont comme des wagons pouvant transporter des principes actifs vers des cibles particulières et les libérer en une sorte de frappe médicale ultra précise. Mais, ces “wagons” eux, restent dans l’organisme et rien ne dit qu’ils puissent être évacués par le corps avec à la clef des risques forts de toxicité… Leur structure et leur taille nanométrique permettent de franchir les barrières physiologiques et même le cerveau pour certaines. Benoît Hervé-Bazin (Institut National de Recherche et de Sécurité) a indiqué que le premier risque aujourd’hui est lié à la pénétration par voie pulmonaire, par inhalation. Des études ont ainsi déjà révélé que les nanoparticules se déposent dans l’organisme de façon plus importante que ne le font les particules de taille micrométrique et que l’effort physique augmente ce phénomène. En conséquence, ce sont les professionnels qui sont les plus concernés. Des chercheurs mexicains ont aussi montré une distribution des nanoparticules dans tout l’organisme par voie lymphatique et, de façon plus inattendue, par voie nerveuse. D’autres particules nanométriques comme des fullerènes et des particules issues de la pollution diesel ont été retrouvées dans le cerveau. Si certains scientifiques osent un rapprochement de ce phénomène avec la maladie d’Alzheimer, tout cela bien évidemment, n’a pas encore de fondement avéré.  

Vision du Professeur A. Costes

D’abord, la position de la France sur le sujet : avec 6 % des publications mondiales, elle est plutôt bien placée, mais avec seulement 1,8 % des brevets déposés, notre pays est à la traîne. Situation totalement opposée pour les pays d’Asie qui ont peu de recherche mais qui arrivent à grappiller beaucoup de brevets. Si cette situation perdure, dans 20 ans ce sera une vraie catastrophe économique pour notre pays. C’est pourquoi l’Etat a décidé de mettre de gros moyens (1,1 milliards d’euros pour la globalité des 3 sites) sur la recherche avec pour Toulouse la nanoélectronique de puissance et les nanomatériaux de structure. Si l’intérêt de cette recherche et des nanoparticules ne fait aucun doute pour le Professeur Alain Costes, il convient d’assurer le lien entre recherche et applicatif. Cette mission sera dévolue à la zone de Montaudran et à sa plateforme technologique. L’un des soucis du scientifique réside dans l’acceptabilité de ces nouvelles technologies par la société. 10 % du financement sera consacré à informer le grand public. Pour A. Costes : «il s’agit d’une grande chance pour Toulouse» notamment au travers de la synergie avec le Cancéropôle et Aérospace Campus.

Avis d’écologiste

Si dame nature regorge de nanoparticules, il faut reconnaître que sa gestion des “toiles d’araignée et des nénuphars” n’a jamais causé de souci à l’espèce humaine, mais dès que l’homme s’en mêle, alors tout change. Certes, les scientifiques se veulent rassurants mais les dernières fois que nous leur avons abandonné le droit de décider pour nous, nous avons eu l’amiante, le sang contaminé et les OGM avec des milliers de morts à la clef. Alors, la question qui se pose est de savoir quel sera le statut juridique, quels seront les recours face à des dérapages technologiques liés à ces infiniment petits. Ces nouveaux produits rentreront-ils dans les études du projet européen REACH destiné à mesurer la toxicité des produits ? On nous promet de la transparence, du débat, mais s’il s’agit de reproduire, l’Omerta sur les OGM dont les rapports scientifiques, malgré les injonctions de la justice, sont restés secrets, alors craignons le pire. Citoyens, consommateurs, exigeons de l’information, des débats contradictoires. Il en va peut-être de notre survie…



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