Médicaments génériques : la grande illusion ?

L’apparition des médicaments génériques dès les années 1990 est directement liée à l’expiration des brevets des principes actifs connus. Depuis ils déferlent dans les rayons de nos pharmacies. Parfois redoutés, souvent décriés, la polémique les accompagne régulièrement au comptoir. Pourtant la Sécurité sociale fonde en eux tous ses espoirs. Enquête.

Selon un sondage Ifop, 54% des Toulousains préfèrent le générique proposé par leur pharmacien au médicament original prescrit par leur médecin. Et ces résultats sont en accord avec la moyenne nationale. Pourtant il y a quelques mois les réticences face à ces produits «bon marché» avait largement fait baisser les ventes au profit des boîtes habituelles. Il faut dire que la Cnam n’y est pas allée de main morte pour redresser la barre, menaçant le portefeuille de ceux qui affichaient leur hésitation. Ces derniers se sont tout simplement vus sucrer le tiers payant. Exception faite aux ordonnances flanquées du graal «non substituable». Et le taux de substitution de remonter en flèche ! Il faut dire que l’enjeu est crucial pour la Cnam, car chaque point de substitution du générique au princeps (molécule originale protégée par le brevet) représente un gain d’une vingtaine de millions d’euros.

«Les génériques sont de pâles copies !»

Les pharmaciens sont unanimes, «mêmes composants, mêmes effets, le générique est identique au médicament de référence, mais sans marque et donc moins cher». Pourtant, un rapport publié par le professeur Menkès, membre de l’Académie nationale de médecine, il y a quelques mois a fait un tollé. Il s’explique : «Le générique n’est absolument pas une copie identique. Si le principe actif est le même, les excipients peuvent être différents» explique-t-il. En fait, lorsque les brevets tombent dans le domaine public ils dévoilent leurs ingrédients tout en conservant leurs secrets de fabrication. «Chacun choisit alors de rajouter excipients, colorants et enrobages selon ses contraintes industrielles et économiques». Une équation, plusieurs résultats. En outre, aujourd’hui la plupart des effets indésirables générés par la prise de médicaments génériques relèvent d’allergies ou d’intolérances à ces différents composants. «Parfois c’est plus grave, comme récemment aux Etats-Unis, avec un produit contre la dépression totalement inefficace et non-conforme au produit initial : ils se sont aperçus des années après la mise sur le marché du générique que le princeps avait une capsule qui produisait un effet retard», déclare le professeur Menkès.

20% de marge d’erreur

Bernard Ordono, médecin généraliste à Toulouse et président du syndicat MG en Haute-Garonne, raconte : «Comme tous les médecins généralistes, j’ai été démarché directement par les laboratoires lors du lancement des premiers génériques. Or plus de quinze ans après, j’appends que les scientifiques admettent une différence d’efficacité de 20% entre le princeps et le générique, alors que les patients prennent ces médicaments depuis des années !» D’après lui, il y a pourtant très peu de retours négatifs de la part des patients : «Concernant ma clientèle, seules quatre ou cinq personnes refusent les génériques». Il faut dire que la plupart du temps les symptômes ressentis par les patients sont assimilés au simple «effet placebo». «Changer de médicament alors qu’on est habitué à une boîte de telle couleur et à un cachet de telle forme peut créer une petite anxiété et quelques anomalies», indique le professeur Menkès. Nausées, maux de tête et autres fatigue ne doivent donc pas alerter «s’ils sont supportables et temporaires» termine-t-il. Josiane M., retraitée toulousaine prend un traitement pour sa tension depuis plusieurs années. Lorsqu’on lui change son médicament habituel pour le générique, elle n’a pourtant pas d’a priori : «Dès le soir, j’ai ressenti des fourmillements dans tout le corps et impossible de trouver le sommeil. Mon mari suit le même traitement. Il a eu les mêmes symptômes.» Après quelques jours, ils retournent voir leur généraliste qui maquille sa prescription d’un «Non substituable». A ce jour, plusieurs pathologies ne sont traitées qu’avec les médicaments de référence, notamment pour ce qui concerne les troubles de la thyroïde, ou l’épilepsie.

Conserver un garde-fou

Mais comment savoir si ces médicaments ne sont pas les futurs «Mediator» des rayons pharmaceutiques ? Car si le princeps reçoit son autorisation de mise sur le marché (AMM) après de nombreuses études cliniques menées sur plusieurs années et de larges populations de patients, tout est différent dans le monde des génériques, comme l’explique le professeur Menkès : «On fait prendre le médicament à des volontaires sains et on mesure l’apparition du produit dans le plasma, le temps de circulation et d’élimination. On prouve ainsi sa «bioéquivalence» avec le produit initial, sans aller chercher très loin.» Le docteur Ordono explique que, in situ, l’analyse se fait en fonction des impressions du patient qui prend le générique : «S’il est mal supporté ou trop léger, on adapte la posologie». D’après le professeur Menkès, «le but du générique est avant tout de faire des économies. Mais attention au contrôle des processus de fabrication car ces produits sont le plus souvent usinés en Chine, en Inde ou en Amérique du sud». L’économie toujours en ligne de mire. Enfin, il conclut : «Les médecins doivent continuer à jouer de cette mention «Non substituable» dans leurs prescriptions, afin de s’adapter aux populations les plus fragiles, ou aux patients stabilisés».

Aurélie Renne



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