L’Europe et la recherche

Campagne électorale et crise obligent, tout le monde parle de recherche. Sur les plateaux TV, les milliards valsent d’un poste à un autre et chacun explique que demain sera “rose” et que jamais ô grand jamais, les Européens n’auront consacré autant de moyens pour préparer notre avenir… En fait au-delà des grands-messes médiatiques, où en sommes-nous ?

 
Objectif 2010

Lors d’un Conseil européen de 2002, les Etats membres de l’Union européenne s’étaient donné comme objectif de faire de l’économie européenne «l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010», en y consacrant 3 % du PIB. Cette stratégie (dite de Lisbonne) posait la nécessité de créer un «Espace européen de la recherche et de l’innovation» centré sur 3 aspects : la constitution d’un marché intérieur de la recherche favorisant la libre circulation des chercheurs, des technologies et des connaissances ; la mise en œuvre d’une véritable coordination, à l’échelon européen, des activités, programmes et politiques de recherche nationaux et régionaux ; des initiatives en matière de recherche prises et financées au niveau européen.

L’Europe régresse

Sept ans après, le bilan apparaît pour le moins contrasté et la position scientifique de l’Europe s’affaiblit. Le poids relatif de l’Union régresse dans la science et la technologie face aux économies émergentes et, en 2008, l’UE-27 ne représentait plus que 25 % de l’ensemble de la R&D (Recherche et Développement), mondiale contre 29 % en 1997. Par ailleurs, dans un contexte d’internationalisation de la R&D, la balance des flux entre l’UE et les autres régions du monde se creuse au profit des Etats-Unis et du Japon et la production mesurable par les citations et les brevets de haute technologie, rapportée à notre poids économique, est inférieure à celle des Etats-Unis (-25 % pour la diffusion d’inventions, -53 % pour les dépôts de brevets, -36 % pour les accords de licences).

 

Budget 2009 en hausse

Le budget 2009 adopté atteindra quasiment 134 milliards d’euros (133,8) en crédits d’engagement, soit une légère hausse de 2,5 % par rapport à 2008, et l’équivalent de 1,03 % du PIB de l’UE. Ce sont près de 12 milliards d’euros de crédits du budget communautaire qui seront investis dans des projets visant à renforcer la compétitivité de l’Europe, soit 6,2 % de plus qu’en 2008. Ces 12 milliards incluent des financements destinés à la recherche, en hausse de 11 % pour la deuxième année consécutive. Un investissement record de 500 millions d’euros sera aussi réservé au Programme européen pour l’Innovation et la Compétitivité (PIC), en vue de financer des technologies durables pionnières – soit une augmentation de 22 % par rapport à 2008.

Cap sur 2007-2013

Le 7ème Programme Cadre pour la Recherche et le Développement (PCRD), principal instrument de financement communautaire de la recherche, est doté de 54,5 milliards d’euros sur 7 ans, soit une hausse de 41 % (en prix 2004) par rapport au 6ème programme. Les crédits du PCRD, gérés directement par la Commission, sont essentiellement destinés à cofinancer (en général à 50 % et au maximum à 75 %) des projets de recherche sélectionnés par voie d’appels à propositions et selon une procédure d’examen par les pairs. Les projets doivent présenter une «valeur ajoutée européenne», et en particulier une dimension transnationale. Le 7ème PCRD est structuré en cinq programmes spécifiques :
- le programme Coopération (32,4 milliards d’euros) concerne la recherche collaborative (soutenir la coopération entre les universités, l’industrie, les centres de recherche et les autorités publiques dans l’UE et avec le reste du monde) ;
- le programme Idées (4,7 milliards d’euros) soutient la recherche exploratoire par des équipes individuelles et sur la seule base de l’excellence scientifique. Il est mis en œuvre par le nouveau Conseil européen de la recherche (CER) ;
- le programme Personnes (4,7 milliards d’euros) et les actions Marie Curie renforcent la formation, les perspectives de carrière et la mobilité des chercheurs européens, notamment à travers l’octroi de bourses ;
- le programme Capacités (4 milliards d’euros) consiste à développer et exploiter pleinement les capacités de recherche de l’Union grâce à des infrastructures de recherche à grande échelle, une coopération entre les régions et des PME innovantes ;
- le programme Recherche nucléaire (1,7 milliards d’euros) finance le fonctionnement du Centre commun de recherche (gestion des déchets, sécurité nucléaire), ainsi que la recherche sur l’énergie de fusion et de fission.
Parallèlement au PCRD, un Programme pour l’innovation et la compétitivité “PIC” (3,6 milliards d’euros sur 7 ans), décliné en 3 sous-program-mes centrés sur les PME, la diffusion des technologies de l’information et des communications et la promotion de l’efficacité énergétique.
Une rubrique spéciale a été créée afin de communautariser le financement du programme de radionavigation satellitaire Galileo et pour financer la création de l’Institut Européen de Technologie (IET). 2,4 milliards d’euros supplémentaires ont été consacrés à Galileo (soit une dotation globale de 3 milliards d’euros sur 2007-2013) et 309 millions d’euros à l’IET.

 

Parole aux chercheurs

C’est en sa qualité de vice-présidente de la commission Industrie, recherche et énergie du Parlement européen qu’Anne Laperrouze, députée européenne a été reçue au LEGOS (Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiale) par son responsable Yves Du Penhoat, assisté par Philippe Maisongrande du CNES et Catherine Jeandel, experte internationale en Géochimie Marine. Si l’Europe, et son vivier de “cerveaux” et de données fonctionnent à plein, avec une coopération et un partage des données et des savoirs internationaux devenus naturels, l’environnement administratif notamment en France est un carcan qui freine les projets. Si nos chercheurs sont passionnés et passionnants, spécialistes entre autres, de la cryosphère (étude des pôles…), contributeurs au GIEC (Groupes d’Experts Intergouvernementaux pour Etude du Climat, voir JT du 10 avril 2009), ils souhaiteraient se consacrer à plein temps à leurs travaux et passer moins de temps à remplir formulaires et documents administratifs pour solliciter des aides. Alors que de nombreux pays, mettent à disposition de leurs scientifiques des cabinets spécialisés pour monter des dossiers PCRD ou PIC, la France laisse ses chercheurs se “débrouiller” avec les tracasseries et le formalisme de l’UE, qui s’acharne bien plus sur la forme que sur le fond…mettant nos labos en difficultés par rapport à leurs collègues… Pour nos chercheurs, tout cela, freine les initiatives et les vocations car il y a de moins en moins de jeunes qui prennent la voie de la recherche fondamentale.

Avis d’écologiste

Juste, une petite montée d’adrénaline à écouter des scientifiques travaillant sur les modèles d’évolution du climat… Avec un peu plus de recul, je suis inquiet au moins pour deux choses, du retard que la France et l’UE prennent dans la course aux publications et dépôts de bre- vets qui vont conditionner notre capacité d’innovation des décennies à venir et de la désaffection des jeunes pour le recherche. S’agissant du premier point, dans un précédent article sur les “nanotechnologies, JT du 22 avril 2009” le professeur Alain Costes, éminent scientifique soulevait les mêmes difficultés. S’agissant du deuxième point, alors que l’on est au quotidien abasourdis par les salaires des dirigeants de grands groupes, il faudrait se pencher sur la rémunération des jeunes doctorants (2 000 € après plusieurs années d’anciennetés). Alors, où sont les freins ? Manque d’attractivité financière, patrons d’entreprises stéréotypés, manque de lien entre recherche et industrie, manque de vision à long terme ou simplement incompréhension des politiques pour un monde où les concepts de productivité et de rentabilité n’ont pas le même sens….



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