Les Toulousains sont-ils en forme ?

La santé est une préoccupation majeure des Français. Les Toulousains, les Midi-Pyrénéens ne font pas exception à cette règle. Ce n’est pas un hasard si l’on se souhaite la santé à l’occasion des vœux ou autres célébrations. Dans l’imaginaire collectif, il est coutume de penser que l’on vit mieux dans le Sud-Ouest, que l’on est moins atteint de maladies que par exemple dans le nord. Qu’en est-il vraiment ?  Par Marie-Agnes Espa

Qu’est-ce que la santé ?

La santé est une vaste question. L’Organisation Mondiale de la Santé la définit comme un « état complet de bien-être physique, mental et social » qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Une définition qui s’étale sur divers champs de critères et de considérations. Quels critères permettraient d’évaluer au mieux l’état de santé des Toulousains ? Pour le docteur Jean Thévenot, gynécologue obstétricien, président du Conseil de l’ordre des médecins en Haute-Garonne, «pour parler de la bonne santé, il faut déterminer des critères. Si on parle de la perception de la bonne santé par les gens eux-mêmes, les critères ne seront pas les mêmes que ceux que retiendrait la Sécurité Sociale par exemple ». Pour aborder la santé des Toulousains, il faut donc envisager plusieurs axes d’approche : l’avis des Toulousains eux-mêmes, la consommation de médicaments ou de consultations, la mortalité, la mortalité prématurée, l’espérance de vie… Autant de paramètres à croiser pour parvenir à se faire une idée… Selon le sondage annuel BVA, en 2012, trois quarts des Français se considèrent en bonne santé, une part en augmentation depuis 2009 d’ailleurs. Cette tendance semble être une réalité aussi à Toulouse. Pour vérifier, nous sommes allés poser la question à des Toulousains dans la rue. Effectivement, les réponses à la question : « Etes-vous en bonne santé ? » aussi variées soient-elles sont plutôt d’ordre positif «Oui, plutôt. Je ne suis pas malade juste un peu les douleurs de l’âge » précise Antoine 80 ans, ou « Ça va mieux, je sors de la grippe mais je vais bien » explique Samia 16 ans, et encore « Oui je vais bien, j’essaye d’éviter les microbes de la saison mais avec le soleil, ça va aller ! » répond avec humour Denis, 35 ans. Après quelques jours à poser la question de manière aléatoire, force est de constater que le quidam se dit généralement en bonne santé surtout si le soleil brille ! La question mériterait toutefois un sondage dans les règles de l’art, car forcément dans la rue, la probabilité de rencontrer des personnes malades est plutôt faible.

Faisons parler les chiffres

Le niveau de mortalité générale de la région Midi-Pyrénées est légèrement supérieur à la moyenne nationale avec 909 décès pour 100 000 habitants en 2010 (moyenne nationale à 844 décès pour 100 000 habitants) mais reste inférieur à celle enregistrée chez nos voisins d’Aquitaine et de Languedoc Roussillon. La Haute-Garonne avec un taux de mortalité pour 1 000 habitants de 6.7 se situe bien en deçà de la moyenne nationale (8.5 pour 1 000 habitants). L’espérance de vie à la naissance en Haute-Garonne est également supérieure à la moyenne nationale avec pour les hommes une espérance à 80 ans et pour les femmes 85 ans (ces chiffres sont sensiblement similaires en région). La région est également parmi celles ayant le plus faible taux de mortalité évitable (mortalité due aux comportements à risques : tabac, alcool, suicides, accidents de la route ou de la vie courante), la Haute-Garonne étant encore en deçà de la moyenne nationale.

En France, le cancer progresse c’est un fait. Selon le tableau de bord de la santé Midi-Pyrénées 2010 de l’Observatoire Régional de la santé de Midi-Pyrénées et de l’Agence Régionale de la Santé, l’évolution démographique de la population de ces 25 dernières années implique « une forte progression de l’incidence du nombre de nouveaux cas de cancers liée à l’augmentation de la population, à son vieillissement mais aussi à l’augmentation du risque ».

 

 

Une sous mortalité sur bon nombre de pathologies

Jean Thévenot, gynécologue obstétricien, président du Conseil de l’Ordre des médecins de la Haute-Garonne

 

En 2010, Toulouse enregistrait 2 581 décès. Les principales causes étaient : 148 cas de cardiopathies ischémiques, 147 cas de cancer du larynx, de la trachée, des bronches et des poumons, 217 cas liés à d’autres types de cardiopathie et 130 cas de maladies cérébro-vasculaires. A Toulouse et en Haute-Garonne, on observe une sous mortalité des cancers des voies aéro-digestives supérieures et de l’œsophage, des décès liés aux maladies de l’appareil respiratoire, ou encore liés à l’alcoolisme. Si Midi-Pyrénées est une des régions les moins touchées par les problèmes d’obésité sur la population adulte, l’obésité infantile augmente ces dernières années. Le vieillissement de la population entraîne une augmentation du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques.

 

Et les médicaments…

 

Si l’on regarde du côté de la consommation des médicaments, la moitié des boîtes vendues en 2011 s’adressaient à trois types de pathologies : 20% pour l’appareil cardiovasculaire, 17% pour le système nerveux et 13% pour l’appareil digestif et le métabolisme. Les médicaments anticancéreux et immunomodulateurs (qui stimulent ou freinent les réactions du système immunitaire) représentent 9% des ventes. C’est connu, les Français sont de grands consommateurs de psychotropes mais comme le souligne le Docteur Thévenot « ce n’est pas parce que les Français consomment beaucoup de psychotropes que nous sommes tous psychotiques ! Ce sont plutôt des habitudes de prescription comme pour les antibiotiques ». 84% des Français ont confiance en les médicaments mais paradoxalement 89% pensent que nous en consommons trop et 56% pensent que les médicaments ne servent à rien ! La piste des médicaments ne serait donc pas suffisamment significative. Pour le Docteur, « la consommation de soins – consultations et médicaments – ne détermine pas la bonne santé ».

 

 

Les Toulousains, les Hauts-Garonnais semblent globalement en bonne santé, la ville et la région sont de surcroît bien équipées en matière d’offres de soin. Reste toutefois un gros point à améliorer : la prévention. Ou plutôt adopter une attitude préventive car nous sommes largement en deçà du taux de participation moyen national au dépistage malgré les campagnes de communications ! La faute au tempérament latin ?

 

 

Sources : INSEE, INSERM, Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès, BVA « Opinion des français sur la santé, la protection sociale, la précarité, la famille et la solidarité » Janvier 2012. Le mémento du médicament édition 2012, Mutualité française. » Tableau de bord de la santé Midi-Pyrénées 2010 » de l’Observatoire Régional de la santé de Midi-Pyrénées et de l’Agence Régionale de la Santé. « Profil santé de la ville de Toulouse » de l’Observatoire Régional de la santé de Midi-Pyrénées juin 2009

L’offre de soin

6 500 médecins en Haute-Garonne

10 000 médecins en Midi-Pyrénées, 51% sont des spécialistes

20 700 lits pour la capacité d’accueil hors soin longue durée, dans les établissements de santé publics ou privés de la région

 

 

L’Oncopôle toulousain a mené une étude auprès de 500 Midi-Pyrénéens

6 à 10% des Midi-Pyrénéens ont déjà eu un cancer

70% des personnes pensent que la probabilité d’avoir un cancer est inférieure à 1 risque sur 100

38,6% ont participé à un dépistage du cancer

 

Rencontre avec Monique Durrieu, adjointe au maire, déléguée à la Santé publique CMS (Communauté Municipale de Santé) et à la politique de prévention et d’éducation sanitaire. Elle dirige également les publications “Bulletin d’information épidémiologique” et “La lettre de la Communauté Municipale de Santé”. 

« La santé c’est un état global de bien-être physique, social et psychologique. »

Monique Durrieu, vous êtes en charge de la Santé au sein de la mairie de Toulouse, en quoi consiste votre délégation ?

La délégation dont j’ai la charge n’est pas le soin à proprement parler mais la Santé dans le sens Santé publique : éducation, promotion de la santé, dépistage. La santé c’est le rôle de l’Etat, de notre côté, nous sommes coordinateurs et initiateurs de l’action. L’Etat est là pour faire des préconisations, nous les mettons en place et faisons avancer les choses sur le terrain. L’action municipale se fait en collaboration avec l’Etat et l’ARS, les associations, le milieu hospitalier…

Comment travaillez-vous ?

En 2008, nous avons mis en place un plan municipal de la santé dans lequel nous nous sommes donné des objectifs. Avant de définir ce plan, nous avons réalisé un diagnostic partagé. Nous avions un certain nombre de données épidémiologiques sur la santé des toulousains. Ce diagnostic révèle que les toulousains sont plutôt en bonne santé si on se fie aux chiffres de la mortalité homme/femme, aux mortalités prématurées…

Comment avez-vous défini vos axes d’action municipale ?

Le champ de compétence de la ville en matière de santé englobe la promotion de la santé, l’éducation pour la santé, la prévention et accès au dépistage, l’accès aux soins. Ce qui nous intéresse au niveau de la municipalité ce sont les inégalités. Il y en a un certain nombre et notamment la différence entre les classes aisées et les classes populaires. Un ouvrier a une espérance de vie moindre qu’un cadre supérieur, de même concernant l’espérance de vie sans invalidité. C’est vrai pour l’ensemble de la France. Nous avons essayé de procéder par quartier. Par exemple pour l’obésité infantile, nous nous sommes basés sur les chiffres des PMI pour les moins de 3 ans.

 

« Dans certains quartiers l’obésité infantile atteint 8% des enfants de moins de trois ans ».

L’obésité infantile est-elle un problème à Toulouse ?

Le chiffre global concernant la part d’enfants de moins de trois ans atteints d’obésité infantile à Toulouse est de 4.7%. En centre-ville il est de 1.7% et dans les quartiers périphériques comme la Reynerie, les chiffres grimpent à 8% voire 11% dans certains secteurs. Les inégalités sociales de santé sont bien réelles. Un ouvrier  meurt plus jeune et entre plus tôt dans le handicap.

Par quels moyens lutter contre ce phénomène?

Nous faisons par exemple une action sur les repas. Nous expliquons aux enfants qu’il faut prendre quatre repas par jours : le petit déjeuner à la maison, le repas de midi, le gouter (un seul ! Et nous avons supprimé la collation de 10h) puis le diner. Ce travail est fait dans les maternelles, dans les écoles élémentaires en lien avec l’éducation nationale et aussi les Centres de Loisirs Associés à l’Ecole (CLAE). Il y a toute une éducation à dispenser autour des fruits et des légumes. On prend le gouter en collectif, certains parents amènent le pain, d’autres de la confiture. On ne donne pas de petits gouters individuels, on pèle les fruits avec les enfants…car il vaut mieux manger une tartine de pain/confiture qui rassasiera l’enfant, plutôt qu’un gouter individuel industriel souvent trop sucré. Nous essayons de stimuler la population à travers des évènements festifs pour favoriser la prise de conscience, comme par exemple dans les quartiers nord avec le « Cinéma santé »…

 

60 défibrillateurs dans la ville

« La santé commence par le bien se nourrir… »

Oui, nous voyons des enfants arriver à la maternelle ou à la crèche avec du coca cola dans le biberon, il y a tout un travail à faire autour du Plan national nutrition santé. Nous travaillons sur les populations les plus vulnérables, au sein du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) nous avons trois médecins qui reçoivent tous les après-midi, nous aidons les associations … Nous avons également fait un travail sur les fruits et les légumes de saison sur les épiceries d’économie sociale et solidaires, en expliquant aux gens que ces denrées sont moins chères lorsqu’elles sont de saison.

Des défibrillateurs sont apparus à certains endroits de la ville…

Oui, nous avons installé des défibrillateurs semi automatiques. Une cinquantaine dans les équipements municipaux et une dizaine sur la voie publique. Par ailleurs, deux ou trois ont été vandalisés. Le dispositif se fait en lien avec la Fédération de cardiologie. Nous allons proposer des démonstrations et donner des enseignements autour du massage cardiaque. Nous avons formé 550 personnes dans le personnel municipal. Ce n’est pas une formation de secourisme mais un enseignement de 3h pour apprendre ce qu’il faut faire lorsqu’une personne a un malaise, car les premières minutes sont déterminantes.

Pour conclure, pour vous la santé c’est…

Un état global de bien-être : physique, social et psychologique. Nous prenons en compte dans les différentes politiques municipales et communautaires les impacts en santé publique des politiques que nous menons. Toulouse est membre du Réseau français des Villes Santé au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé. Nous travaillons de concert avec les autres acteurs de la santé et entrons en contact avec les gens, afin de les orienter vers plus de santé, de respect de leur corps. Au mois de mai, nous ferons un bilan de l’action municipale en matière de santé, nous en reparlerons bientôt !

 

 

Les quatre axes de « l’Action Santé » de la ville

1 Encourager à l’amélioration des habitudes alimentaires et de l’activité physique

2 Promouvoir des comportements favorables à la santé et la réduction des risques notamment par rapport aux jeunes (prise de produits…)

3 Faire en sorte que le cadre de vie des toulousains soit propice à leur santé (bruit, habitat…)

4 Favoriser un meilleur accès à la santé aux toulousains (accessibilité aux soins)

 

 



UN COMMENTAIRE SUR Les Toulousains sont-ils en forme ?

  1. vahiné dit :

    Oui, j’irai bien quand mon portefeuille ira bien lui aussi mais avec les prédateurs qui nous gouvernent !… si j’avais de l’argent,cela me permettrai de pouvoir faire les travaux de rénovation de mon “chef d’oeuvre” en péril et de faire des dons aux associations caritatives. pour l’instant je vis avec mon ami au jour le jour. Avoir un toit sur la tête (même s’il faut y faire des travaux) c’est déjà bien.

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