Les sols toulousains sont-ils pollués ?

Face à l’absence de terrains disponibles dans la ville rose, la moindre friche industrielle suscite l’appétence des promoteurs. Mais ces anciennes usines qui ont longtemps fait partie du paysage urbain n’ont pas toujours laissé place nette. Les futurs quartiers toulousains sont-ils des bombes à retardement ?

Responsable de la surveillance en sous sol de la Dreal, Henri Cure explique : «Un site pollué peut avoir fait l’objet d’une activité industrielle qui a laissé des traces ou être encore en fonctionnement et avoir été victime d’une fuite, d’un accident, etc…» Ces installations qui présentent un potentiel de pollution ou d’atteinte à l’environnement sont dites «classées» et étroitement surveillées par la Dreal. «Ces activités peuvent générer des pollutions diverses : hydrocarbures, produits liquides, déchets industriels, pyrotechniques, en mélange ou purs.» La récente découverte de stocks de munition à la Cartoucherie, sur l’emplacement du futur éco-quartier vient illustrer parfaitement le paradoxe de ces terrains en devenir. «Ma mère travaillait à la Cartoucherie», commence Jean Pierre Seran président du Comité de Quartier de Borderouge, «lors de la débâcle, la direction de la Cartoucherie a demandé aux salariés de creuser des trous pour enterrer des munitions. Ca a été fait pour éviter que les Allemands ne les trouvent, donc aucun document n’existe.» Trois ans plus tard, la mairie s’attaque à une vaste opération de nettoyage de cette même zone, à ses frais. «La dépollution a été commencée par le Giat sur les zones où il n’y a avait pas de bâtiment», explique Nicolas Tissot, adjoint en charge du secteur rive gauche. «Concernant les déchets pyrotechniques ça a globalement été fait dans des conditions correctes. Les munitions que nous avons retrouvées étaient enterrées sous des bâtiments. Mais nous sommes surpris de trouver des polluants chimiques, types hydrocarbures, ce qui montre que la dépollution pourtant assurée par les Services de l’Etat (la Dreal) a été partielle.» Aujourd’hui la ville est en contentieux avec le Giat et l’Etat, car le site vendu 28 millions d’euros, n’est pas dans les conditions annoncées. «Comme l’industriel était l’Etat lui-même, on peut dire qu’il n’a pas vraiment respecté son devoir de contrôle de la dépollution», termine Nicolas Tissot.

Vers des mesures plus strictes ?

Si la règlementation se durcit depuis quelques années pour les industriels, cela n’a pas toujours été le cas. «Aujourd’hui lorsqu’une activité classée cesse, l’industriel doit remettre en état le terrain en fonction de sa future utilisation. Avant octobre 2005, la règlementation n’exigeait qu’une remise en état correspondant à un but industriel», ajoute Henri Cure. «On a intégré le fait qu’un certain nombre de terrains industriels changent de visage… notamment les zones situées à proximité de centres urbains comme Toulouse avec une pression immobilière forte. Il faut dépolluer bien plus que ce qui a été fait jusqu’ici !» Le principe de la dépollution a plus de dix ans, mais de manière beaucoup moins poussée. «On va vers plus de transparence, toute personne désirant construire ou faire des travaux sur ces sites ne pourra le faire qu’en ayant pris en compte la pollution présente.» En outre, des outils sont à la disposition du public souhaitant s’informer. Ainsi, la base de données Basias (site du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie) propose un état des lieux, de toutes les activités industrielles réalisées entre 1800 et 2003. Le fichier Basol a pour vocation de répertorier tous les sites sur lesquels l’action de l’Etat a été engagée dans le cadre d’une pollution potentielle ou constatée. Par ailleurs, en Midi-Pyrénées le nombre de sites «Basol» est aujourd’hui de l’ordre de 200.

«Je ne voudrais pas voir les ouvriers construire l’éco-quartier avec des tenues anti-détonation et des masques à gaz !»

Les chiffres et analyses issus du Basol sont alarmants : une pollution des sols ou des nappes d’eau souterraines est constatée dans 70% des cas de pollution des sols. Une information confirmée par la Dreal : «De toute façon lorsque le sol est pollué, on a de grandes chances qu’à court ou long termes on ait une pollution de la nappe. Si les produits sont facilement solubles à l’eau, c’est très rapide. La plupart du temps, on y trouve des hydrocarbures.» Si la Dreal reste vague quant aux sites sous surveillance accrue à Toulouse, dans les faubourgs l’affaire de la Cartoucherie semble délier les langues… Les sols de la rue Rostand, seraient ainsi pollués au Pyralène suite au démantèlement de transformateurs électriques par des entreprises peu scrupuleuses. Vers AZF côté Garonne, on évoque souvent une zone non dépolluée, «où l’on ne pourra jamais installer que parcs et jardins». De toute manière, «tous les sols sont pollués», ajoute Jean-Pierre Seran, «il faut prendre des dispositions, je ne voudrais pas voir les ouvriers construire un éco-quartier avec des tenues anti-détonation et des masques à gaz !» Concernant la Cartoucherie justement, les anciens salariés auraient évoqué avoir enfoui des stocks de munitions à divers endroits de la ville, notamment vers le boulevard des Récollets. L’heure est au déminage du site, qui va paralyser tout le quartier pendant le weekend de la Toussaint. «On mettra le sol dans l’état nécessaire pour faire un eco-quartier, un vrai» déclare Nicolas Tissot. Rassurant. Les frais seront-ils répercutés sur le prix des logements ? «Ce n’est pas le sujet», termine l’élu.

Aurélie Renne



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