Les Portes de Gascogne; La mort du petit commerce

Historique du projet

Tout a commencé il y a plus de 10 ans à l’intérieur d’une structure intercommunale baptisée SIDEXE qui avait pour but de mettre en place une zone de développement économique dans l’ouest toulousain. Ce projet a été repris en 2005 par le groupe BEG structure ad hoc servant de paravent juridique aux groupes Simon Property dont le siège est à Indianapolis et Ivanhoé, deux fonds d’investissement américain et québécois. En clair, des fonds de pension nord américain… qui viennent faire du business sur le sol français.
Projet pharaonique

Baptisé les Portes de Gascogne, situé sur les 300 hectares du plateau de La Ménude et la commune de Plaisance-du-Touch, ce méga centre commercial, l’un des plus grands de France en prévision, réunirait un hypermarché de 12 000 m², 28 grandes surfaces et 138 boutiques sur une superficie totale de près de 110 000 m2, auxquels doivent se greffer 145 000 m2 de parking.

 


Infrastructures routières

C’est là en particulier que le bât blesse : avec 30 000 véhicules jours annoncés dans une zone déjà complètement saturée entre 7H/10H et 16H/20H, le secteur va devenir le «top du bouchon régional». Interrogés, les habitants de tout le secteur ouest, dans une zone sans transport en commun, vous diront que «le matin et le soir, c’est la galère avec des routes fermées au bon vouloir des lotisseurs, alors avec ce projet cela sera invivable…»
En fait, tout dépend du C. Général responsable de l’aménagement routier au travers de deux départementales, la RD24 et la RD82. Cette dernière dans le projet devrait être déplacée plus au nord pour contourner le projet. A terme un boulevard circulaire devrait être construit autour du centre commercial. Pour accéder au site, demi-échangeur à La Salvetat et rocade de 2,8 km pour les gens du Gers mais côté Toulouse, RN124 puis RD82, là on est sûr du résultat en terme de bouchon. Côté transports en commun rien de prévu à part une gare multimodale dont le financement n’apparaît nulle part. Tout cela et plus financé par le C. Général au profit des fonds de pension américains …

Les protagonistes

D’un côté le maire de Plaisance et porteur du projet, Louis Escoula qui espère quelques retombées financières pour sa communauté de commune de la vallée de la Save… Côté élus socialistes, les édiles de Colomiers, Tournefeuille et de la plupart des communes environnantes sont des opposants. Il est à noter que si J. Luc Moudenc, ex-maire de Toulouse était favorable au projet, ce n’est pas le cas de P. Cohen qui s’est déplacé personnellement pour écrire son opposition dans l’un des 27 registres d’enquête publique. Notons qu’une fois de plus, l’enquête a eu lieu du 7 juillet au 13 août 2008 en pleine période estivale ; ce qui est contraire à toute éthique et à un fonctionnement démocratique. Malgré cela, 16 131 personnes se sont prononcées contre et seulement 724 pour, soit 96 % de personnes ayant pris le soin de se déplacer ou de signer des pétitions opposées au projet. Parmi les pro centre commercial, Claude Colongeon, 65 ans, retraité des douanes, un proche de l’équipe Escoula, qui dit : «Lorsque je vais faire mes courses au Grand Noble, à Blagnac, la distance (dixit Mappy) est de 16 km, mais aussi j’en reviens ! Je parcours donc 32 km. Il en est de même pour Portet ou Roques (24 km A/R). Le jour où le projet “pharaonique” verra le jour, je ne ferai plus que 4 km». Si le calcul est exact, le bilan CO² de l’opération avec 30 000 véhicules jour supplémentaires dans la zone, devrait être plutôt négatif. Bonjour l’air pur et place aux maladies respiratoires et plus, si mauvaise santé. A noter que le fils de M. Colongeon, lui, membre du collectif “Réinventons Plaisance” est un opposant farouche et actif. Côté C. Général, on est contre surtout s’il faut financer les infrastructures mais bon, M. Escoula fait partie de la maison… Concernant les emplois, le promoteur du projet en annonce 1 600, mais Pierre Perez, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne, rappelle que pour un emploi créé dans la grande distribution, ce sont trois qui disparaissent dans le commerce et l’artisanat soit 3 200 chômeurs de plus…Intéressant dans le contexte actuel.

Impact environnemental

Si l’on annonce «un projet innovant dans le respect de l’environnement», à y regarder de plus près les choses sont moins vertes… Certes, il y aura des espaces verts, avec une esthétique régionale, mais beaucoup d’aspects ont semble-t-il été laissés au hasard ? Les aspects risques d’inondation ont été évoqués mais sans conclusions dans le dossier. Aucune mention de l’impact sur la flore et la faune. Pour les riverains, quelle sera l’exposition au bruit ? Pas de mesure, on verra quand les nuisances seront là ! Quel sera l’impact CO² mais aussi NOx (résidus dus au diesel) réputés cancérigène ? Quel impact sur les réalisations routières, travaux sur plusieurs années générant des bouchons et donc de la pollution ?

Côté juridique

Après beaucoup d’étapes depuis plusieurs années et la validation du projet le 30 septembre 2005, le C. d’Etat sur recours des associations de commerçants (CID) annule le 29 octobre 2007 l’autorisation. Et la procédure repart au travers de la nouvelle enquête de 2008 dont les associations attendent de pied ferme les résultats. En effet, la CNEC devrait décider d’ici novembre l’ouverture ou non des Portes de Gascogne. Au-delà de la voie juridique, des actions de terrain se préparent pour octobre. La révolte gronde !

Avis d’écologiste

Comment aujourd’hui dans le contexte international qui montre la faillite du système du libéralisme total et du laisser tout faire, peut-on encore passer outre l’avis de milliers de gens qui à 96 % refusent un projet ? Que faudra-t-il demain pour que la démocratie soit respectée ? Que reste-t-il aux citoyens de ce pays à part la violente de l’action de terrain. Qui peut comprendre dans une agglomération où les grandes surfaces sont déjà surabondantes que nous avons besoin d’un nouveau site toujours plus grand pour faire le bonheur des gens malgré eux ? Combien de commerçants, d’artisans et d’emplois de proximité faudra-t-il sacrifier sur l’autel du profit de minorités made in USA pour que nous arrêtions le massacre ? Aux armes citoyens ! Descendons dans la rue ou plutôt participons à la manifestation du 18 octobre à 11H30 sur le site de la Ménude, route de la Salvetat (D82) qui se veut conviviale et familiale avec pique-nique organisé. Enfin, ne nous laissons pas lobotiser et le moment venu, faisons chauffer les urnes !



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