Les oubliés de la campagne !

Centrale de Fessenheim
Centrale de Fessenheim

Petites phrases, polémiques incessantes, conversions de dernières minutes, guerre des chiffres, la campagne électorale pour les présidentielles est loin de passionner les Français. Un récent sondage BVA montre que le pouvoir d’achat est leur préoccupation majeure suivi par la crainte du chômage. Sur fond d’oubli médiatique, l’environnement qui souvent se trouvait dans les trois premiers critères est relégué en queue de peloton et pourtant, sous ce mot qui n’aura servir d’alibi politique que le temps d’un «grenelle», se cachent les enjeux de santé publique, de dépenses de santé, de dépendance. Oubliés aussi les dérapages de prix de l’énergie, des loyers, du panier de la ménagère, bref des dépenses contraintes qui représentaient 20% du budget des ménages en 1980 et qui pèsent aujourd’hui plus de 35%.

Environnement ? Bof…

Il semblerait que le sujet soit devenu tabou. Porté naturellement par EE-les-Verts et sa candidate Eva Joly, il est complètement occulté dans les débats. Seul le sujet «filière nucléaire» suscite quelques phrases assassines. Vous l’aurez noté, le triste anniversaire de Fukushima, n’a pas fait la Une des journaux et la chape de plomb nippone est restée bien hermétique dans un contexte pourtant toujours irradiant et un désastre humain sans précédent depuis Tchernobyl. Le Président sortant accuse son rival Socialiste de «vouloir tuer la filière de l’atome» et avec des milliers d’emplois en se servant de «l’accident nucléaire de Fukushima qui n’en est pas un» Il fallait oser le dire, il s’agit d’une banale inondation donc rien à voir avec l’atome. Le super argument consiste à déclarer que la filière nucléaire nous sert à limiter l’inflation du prix de l’énergie, oubliant que ces 5 dernières années, le prix du gaz et de l’électricité ont dérapé de 30%… De l’autre côté, on murmure du bout des lèvres que l’on ne fermera que la centrale de Fessenheim, frappée d’obsolescence puisque construite en 1977 sur une zone sismique et qui ne produit que 3,4% de notre énergie… Ce courage s’explique sûrement par le poids calamiteux de Mme Joly dans la campagne. A noter que nos voisins allemands que l’on prend souvent en exemple, vont fermer 6 centrales d’ici 2021. Tombées dans l’oubli, les filières des énergies renouvelables, coup de rabot fiscal oblige, silence total sur l’hydrogène pourtant au centre des investissements des Emirats et du Qatar en particulier, silence radio, sur le stockage de l’énergie pourtant déclaré d’intérêt majeur pour le XXI° siècle par Nathalie Kosciusko-Morizet, etc.

Votre santé n’intéresse que les labos !

Deux Français sur trois risquent d’être confrontés aux fléaux du XXI° siècle que sont les maladies communément appelées «cancers». Quand il y a plus de dix ans les écologistes osaient faire le lien entre santé et environnement, la classe politique et les biens pensants de l’époque les traitaient de dangereux individus ou de soixante-huitards attardés. Aujourd’hui les rapports sont accablants et le JT s’en fait régulièrement l’écho, les pesticides, les désherbants, les nitrates, les conservateurs, bref toute la chimie qui atterrit dans nos assiettes ainsi que la mauvaise qualité de l’eau sont les principaux facteurs de nos déboires de santé. Rappelons que l’UE vient de traduire la France devant la cour de justice pour le non respect de la directive «Nitrates». Si en Asie, les politiques de santé sont basées sur la prévention et les médecins rémunérés pour «éviter à leur patients d’être malades», dans nos pays on préfère surconsommer les médicaments, avaler du Médiator et autres molécules à la grande satisfaction des lobbies pharmaceutiques. Qui dans la campagne à par peut-être une Eva Joly bien aphone, traite de ces sujets ? Personne ! On se montre au salon de l’agriculture, on y parle de la PAC, mais des milliers d’agriculteurs disparaissent chaque année au profit de structures industrielles peu soucieuses de qualité dans l’indifférence politique. Et pourtant, interrogés hors contexte électoral, les Européens et les Français en particulier sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le Bio, les labels, les AMAP, les circuits courts, à rechercher la qualité et la sécurité des produits. Savez-vous qu’un agriculteur se suicide en France chaque jour ? Qui en parle ? Voilà des décennies qu’à la saison, des millions de tonnes de fruits et légumes des milliers de litres de lait sont déversés devant les préfectures, que des actions «coup de poing» sont menées à l’encontre des supermarchés, des importations à bas coup, rien ne change… On continue à acheter le Kg de noix à 0,5 € au producteur et à nous le vendre à 5 € en toute impunité (les prix sont libres…) Nous savons que les décennies à venir seront marquées par un risque alimentaire fort lié à l’explosion démographique mondiale et au réchauffement climatique qui réduira les surfaces cultivables alors s’il est une espèce à protéger, c’est bien celle des agriculteurs…

tracteur

Oubliés les consommateurs

Pourtant tous électeurs, qui parle du pouvoir d’achat du consommateur ? Un mot aux détours d’un discours, une phrase noyée dans les grandes envolées économiques mais rien sur le panier de la ménagère qui a augmenté de 4,4 % en 2011, record absolu. Qui aura le courage (à part Mme Royal qui n’est plus dans la course) de décider de geler les prix de certains produits de première nécessité, d’encadrer les marges, de renationaliser s’il le faut le secteur de l’énergie, de l’eau, d’imposer des normes drastiques en matière de sécurité alimentaire, d’étiquetage des produits. F. Bayrou propose le «consommer français», c’est bien mais à condition de donner la possibilité de choix au travers d’un étiquetage clair et transparent. Et si nous décidions pour une liste de produits à définir avec des instances représentatives de consommateurs, de la mise en place d’un coefficient maximum autorisé entre prix d’achat et prix de vente (exemple 3 pour l’alimentaire). Ce principe aurait deux vertus, la première de limiter les prix et la deuxième de protéger le producteur des chantages de la grande distribution. En effet le fameux Kg de noix acheté à 0,5 € ne pourrait être vendu que 1,5 € au détail dégageant une marge de 1€. La tentation de faire baisser la rémunération du producteur à 0,3€ conduirait à vendre à 0,9 € et réduirait la marge à 0,6€ ; ce qui serait improductif. Enfin, et si quelqu’un avait le courage de décréter l’affichage du prix de revient et du prix de vente, quelle avancée pour les consommateurs qui n’ont aucun repère. A quand des politiques courageux ?

Avis de citoyen

Jamais campagne électorale n’aura été aussi décalée des préoccupations des citoyens. L’homme de la rue interrogé n’en croit pas ses yeux et ses oreilles. Impression partagée par tous, le cynisme des propositions à contre courant de tout ce qui a été mis en œuvre pendant le précédent mandat pour les uns va de pair avec le manque de réalisme et de crédibilité des autres. Un Bayrou pourtant largement plébiscité en termes de capital confiance, prophète en 2007, qui par manque d’ancrage terrain patine dans les sondages au profit d’un Mélenchon qui n’a pour arguments que sa capacité de tribun, une Marine Le Pen qui se cherche un deuxième souffle, une Eva Joly qui s’est trompée d’élection… Voilà qui nous assure 25 jours bien ennuyeux. Et si les promesses devenaient contractuelles et opposables devant un tribunal de la République, assorties d’inéligibilité en cas de manquement, voilà qui pourrait relancer l’intérêt de la campagne.

Gérard Arnaudé



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