Les OGM se cachent-ils pour grandir ?

OGM. Un mot qui parle aujourd’hui à chacun. Le mais MON810 notamment a beaucoup fait couler beaucoup d’encre. Les plantes dont l’ADN a été modifiée ont mauvaise presse à tel point qu’en mai dernier une manifestation mondiale contre Monsanto faisait encore du bruit. Aujourd’hui les OGM font l’objet d’un moratoire pour leur culture en France. Pourtant soja, mais et autres cultures transformées de manière non naturelle poussent toujours sur le territoire… Enquête sur les OGM cachés, raisins de la discorde.

 

Il y a quelques semaines, au hangar de la Cépière, à Toulouse se réunissaient divers acteurs de la région pour débattre sur le thème décrié des « OGM cachés », ces variétés transformées génétiquement par mutagenèse. Que cache ce mot alambiqué ? Si depuis 2008 aucune culture de plantes génétiquement modifiées n’est autorisée en France, on assiste pourtant à une mise en culture de plantes tolérantes à un herbicide, les VTH (variétés tolérantes aux herbicides) : aujourd’hui le maïs et les tournesols, à venir probablement cette année le colza. « Le principe de la mutagénèse n’est plus de coller un gène dans une plante (technique appelée transgénèse et propre aux OGM ndlr) mais de provoquer la mutation naturelle de ces plantes par une série de chocs chimiques obtenus par arrosage de produits très complexes, de radiations ionisantes ou d’UV », indique Michel Metz membre du collectif OGM31 et faucheur volontaire. Il n’y a donc pas d’apport extérieur de matériel génétique mais un réarrangement provoqué du génome.

 

40% des semences concernées

 

Une technique bien rôdée d’après notre spécialiste des épis fauchés : « L’utilisation de cette technologie de modification permet aux multinationales semencières de s’affranchir des contraintes règlementaires imposées aux plantes transgéniques. » En effet au sens de la directive européenne 2001/18 qui règlemente les OGM dans l’Union européenne, les organismes issus de la mutagénèse provoquée sont bien des OGM mais ils sont exclus de son champ d’application, ce qui les exempte de fait à des obligations d’évaluation, d’affichage et de transparence. Ce qui explique que leurs détracteurs les qualifient d’OGM cachés, clandestins, furtifs… Ces plants « mutés » concerneraient pourtant aujourd’hui 40% des semences utilisées sur le territoire français. « Cette estimation semble pertinente, car la première année de mise sur le marché, on atteignait déjà 10%. » Un constat que confirme André Gallais, ancien professeur émérite de génétique et d’amélioration des plantes et expert à l’Association française des biotechnologies végétales : « C’est très largement utilisé en particulier pour les plants de grandes cultures : tournesol, riz et orge. » Il évoque également les pommiers ainsi que certaines plantes ornementales et les pamplemousses sans pépins…

 

« Les plants mutés ne sont pas contraires à l’agriculture biologique »

 

On apprend il y a quelques semaines que Midi-Pyrénées est la région la plus « bio » de France avec 120000 hectares cultivés et certifiés bio. Pourtant, aucun moyen de savoir si les plants et semences achetées par les agriculteurs sont mutés ou non : « Ce n’est absolument pas un frein à l’agriculture biologique bien au contraire », indique André Gallais, « on sait d’ailleurs que le tournesol muté est très utilisé sur les parcelles bio… » Car ces procédés ne datent pas d’hier, on évalue même le début de leur utilisation à 50 ou 60 ans. Le problème ? « De nouveaux caractères apparaissent : ceux que l’on recherche (résistance aux pesticides et aux insectes) et d’autres qui arrivent avec le package », poursuit Michel Metz, « en fait ces techniques permettent aux firmes de faire la même chose qu’avec les OGM, à savoir breveter le vivant. Ces plantes rendues tolérantes à des herbicides, renforcent la fuite en avant des biotechs(biotechnologies, ndlr) dans une guerre perpétuelle contre le vivant… avec des mauvaises herbes qui font de la résistance. » Car c’est là que le bât blesse : outre de potentiels effets sanitaires néfastes à l’homme, la nature est si pleine de ressources qu’elle s’adapte. Les Etats-Unis ont déjà largement fait les frais des cultures OGM résistantes au Roundup… A force d’être arrosées par cet herbicide, les mauvaises herbes sont devenues si résistantes qu’on ne peut en venir à bout qu’à mains nues ! En tant que spécialiste de la génétique, André Gallais trouve une réponse enfantine à la problématique énoncée : «  de toute manière, mutagénèse, transgénèse ou pas, la nature s’adapte… avec ces deux techniques on ne fait qu’apporter de nouvelles variétés.»

 

Les leaders de la mutagénèse en région toulousaine

Les faucheurs volontaires particulièrement actifs dans la région ont d’ores et déjà mené plusieurs actions. Il faut dire que Midi-Pyrénées est la scène de maints affrontements, car les firmes Pioneer et Basf, leader sur le marché des biotechs ont installé deux sites respectivement situés à Montech et Colomiers. En 2009, une belle centaine de faucheurs volontaires étaient partis à travers champs pour faire le siège de la station de recherche sur le Tournesol de Pioneer dans le Tarn-et-Garonne. En 2011, rebelote à Ondes et Feyzin. Souvent devancés par plus rapides qu’eux : « « les bleus » étaient là avant nous, on n’a rien pu faire… », les faucheurs volontaires ajoutent que ce sont des actions symboliques : « chaque faucheur coupe un pied, l’idée étant de faire parler de nous car c’est très difficile de faire émerger le problème. » Une guerre des pro et anti qui n’a pas fini de faire parler d’elle. En attendant la biotechnologie appliquée aux plantes, elle, est en marche.

Encadré

Une expertise du CNRS et de l’INRA sur les VTH

En France le ministère de l’Agriculture a autorisé les herbicides qui vont avec les tournesols mutés début 2009. Quelques mois plus tard, il commandait une expertise à l’INRA et au CNRS sur les effets agronomiques, environnementaux et socio-économiques des VTH. Publiée fin 2011, cette étude reste très sévère vis-à-vis des technologies citées. Les experts concluent notamment qu’une utilisation non répétée les rendra inefficace à moyen terme. Quasi au même moment le Colza muté est autorisé.

Cache-cache durable ?

Si les plantes génétiquement modifiées (GPM) sont interdites de culture en France, d’autres sont autorisées pour l’alimentation : mais, coton, colza, soja ou encore betterave. En quinze ans, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a donné son feu vert à plusieurs dizaines de GPM destinées à l’alimentation animale ou humaine. Le problème ? Un étiquetage partiel soumis à de nombreuses exceptions servant les intérêts des industriels usant de l’opacité du sujet.



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