Les abeilles en danger

Décidée par l’ONU, 2010 sera l’année internationale de la biodiversité. Parmi les espèces en voie de disparition, les abeilles, confrontées aux agressions chimiques mais aussi aux fameux frelons asiatiques, véritables “serial killer”. «Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre», prophétisait Einstein… Au-delà de la polémique liée à la paternité d’Einstein relative à cette déclaration, il est une certitude, l’abeille joue un rôle majeur dans la chaine alimentaire en tant qu’agent pollinisateur. Sa disparition serait un très mauvais coup porté à l’alimentation mondiale.

 
Une histoire commune

Apparue sur Terre il y a 80 millions d’années, l’abeille a accompagné les pérégrinations humaines. Déjà sur des peintures rupestres, on peut voir des hommes récoltant le miel… Sur les hiéroglyphes comme sur les représentations de la Mésopotamie antique autant que celles de la Chine des premiers siècles de notre ère, la récolte du miel est illustrée. La terre promise est celle où coulent le lait et le miel. Le produit de l’abeille fait bien figure de première douceur pour une humanité balbutiante et souffrante. À l’évidence, en ce début de XXIe siècle, l’homme ne peut toujours pas se passer de l’abeille… Aujourd’hui le nectar se fait rare car les abeilles sont malades. Depuis une trentaine d’années, en France, les populations d’abeilles diminuent avec 1 million de ruche contre 1,5 en 1994. Le précieux miel, paré de toutes les vertus en matière de santé, n’est plus produit qu’à hauteur de 25 000 T contre 330 00 il y a peine 6 ans. C’est toute une filière qui est en voie de disparition avec 10.000 apiculteurs de moins en 20 ans.

 

Chimie et OGM

Malformations, troubles du système nerveux, désorientation, troubles du comportement, les abeilles présentent toutes sortes de symptômes qui révèlent un état de santé fragile. Certaines abeilles ne retrouvent pas leur ruche. D’autres en sont refoulées parce que non reconnues par leurs congénères. C’est le constat de différentes études menées par l’INRA depuis une dizaine d’années. Parmi les causes de mortalité, deux sont mises en avant par les scientifiques. Les OGM dont nous connaissons depuis longtemps les effets notamment au travers de la toxine produite par le maïs BT, provoquent des intoxications chroniques sur le long terme et les insecticides qui eux sont à la base d’intoxications aigües provoquant la mort immédiate. L’imidaclopride et le fipronil, sensés uniquement protéger la plante, sont aussi ingérés par les abeilles et selon les experts de l’Inra (Institut national de la recherche en agronomie), leurs molécules présentent des dangers multiples pas encore assez évalués. Les molécules employées, ne seraient pas sans effet sur l’homme. Parmi eux, un neurotoxique, le Régent, produit par la firme BASF, est particulièrement dénoncé par les apiculteurs. La vente du Régent a été suspendue. Par ailleurs un autre produit, le Gaucho sur maïs, fabriqué par Bayer, et également mis en cause, a été un peu plus tard retiré du commerce. Mais le lobby de la chimie est tenace et Bayer CropScience, a tout de suite lancé un nouveau produit baptisé PROTEUS. Il intègre deux produits déjà largement décriés, la deltaméthrine (10 g/l), bien connue pour son effet choc, et le thiaclopride (100 g/l), nouvelle molécule de la famille des néonicotinoïdes. L’Union Nationale des Apiculteurs Français (UNAF) lance un cri d’alerte sur un produit qui vient d’être autorisé pour les traitements du printemps 2010 pour traiter les céréales, pommes de terre, betteraves et surtout le colza dont les fleurs sont particulièrement appréciées par les abeilles. La pulvérisation prendra fin avant la floraison mais les apiculteurs craignent des intoxications massives de leurs cheptels lors du butinage. «Une nouvelle étude de l’Inra d’Avignon a récemment démontré la toxicité des insecticides néocotinoïdes et plus précisément leur interaction avec certaines infections», explique Sophie Dugué apicultrice dans la Sarthe et responsable du dossier des pesticides à l’UNAF. «La maladie et les pesticides ont un effet synergique, nos ruches sont malades certes mais parce qu’elles sont fragilisées par les insecticides», ajoute-t-elle. Les apiculteurs ont décidé de déposer un recours juridique pour annuler l’autorisation de mise sur le marché accordée pour 10 ans à ce nouveau produit. «Le système est bien verrouillé», déclare Bernard Fau, avocat de l’association, «nous n’avons que deux mois pour déposer un recours après la remise de l’autorisation or nous découvrons ces autorisations lors-que ce délai est dépassé»…

Frelons tueurs

Comme si les produits phytosanitaires répandus sur les cultures ne suffisaient pas à détruire les abeilles, les apiculteurs doivent depuis quelques années faire face à un nouveau prédateur : le frelon asiatique ou Vespa Velutina. Il est apparu en France en 2004, dans le Lot-et-Garonne lors de l’importation d’un conteneur de poteries venant de Chine. Depuis, c’est l’invasion mais les professionnels s’organisent pour tenter d’éradiquer le “serial killer”. Les reines fécondées ont passé l’hiver à l’abri et vont commencer à sortir pour bâtir le nid. C’est le moment de les piéger, au cours des premiers jours de mars. Les fondatrices sont fragiles, affaiblies car elles n’ont pas mangé depuis plusieurs mois, elles vont rôder autour des ruchers pour manger les abeilles mortes et dans quelques semaines elles s’attaqueront aux vivantes. Comment les piéger ? Il suffit d’utiliser un piège à guêpes commun que l’on peut se procurer dans le commerce ou en le fabriquant : couper en deux une bouteille en matière plastique et renverser la partie haute (goulot) dans la partie basse. Comme appât, utiliser des sucres fermentés, de la bière ou du jus de pomme, des liquides appréciés des frelons asiatique mais pas des frelons européens, guêpes et autres insectes ou papillons. Les zones infestées sont en général situées à proximité des zones humides car la matière, sorte de carton-pâte, qui sert à construire le nid nécessite beaucoup d’eau. Il suffit d’une vingtaine de frelons pour bâtir un petit nid, la colonie se multiplie ensuite pour fabriquer les gros que l’on peut apercevoir très haut dans les arbres. Chacun peut héberger de 8 000 à 12 000 insectes. Et quand un nid se développe, il faut s’attendre à en avoir entre vingt et cinquante l’année suivante. Enfin, si le frelon asiatique est dangereux pour les abeilles qui en sa présence stressent, ne font que défendre les ruches et consomment leurs réserves donc ne produisent pas de miel, il l’est aussi pour l’homme. Alors prudence, car 8 à 10 piqures peuvent nécessiter une hospitalisation. Si vous avez un nid dans votre jardin, prévenez votre mairie….

 

Avis d’écologiste

Les abeilles n’avaient pas vraiment besoin du Vespa Velutina, après les effets dévastateurs des produits des Bayer et Cie. En Chine, dans certaines régions où l’utilisation massive des pesticides a détruit les abeilles, les paysans sont obligés de polliniser à la main leurs arbres fruitiers… Dans l’agriculture bio, on lâche des bourdons dans les serres pour féconder les légumes. Une chose est sûre : légumes, fruitiers et de nombreuses autres espèces végétales dépendent à 90 % des abeilles pour produire notre nourriture. Le combat est loin d’être fini et il nous appartient de protéger nos butineuses…



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