Le vin bio à l’honneur !

En décembre 2009, nous vous avions alerté sur la contamination du vin par les pesticides et autres produits chimiques. En cette période de vendanges et de foires aux vins nous avons voulu refaire le point sur le sujet et modestement vous aider peut-être à choisir vos bouteilles…

 
Etude sur plusieurs pays producteurs

Une étude menée en 2008 par les associations du Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe), soutenue par le groupe des Verts au Parlement européen avait montré que la grande majorité des vins d’Europe ainsi que ceux produits dans le reste du monde contenaient des résidus de pesticides. L’étude avait porté sur l’analyse de 40 bouteilles de vin rouge en provenance de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, d’Afrique du sud, d’Australie et du Chili. 34 vins étaient issus de l’agriculture conventionnelle, et 6 de l’agriculture biologique. Les résultats de la campagne d’analyses avaient montré que l’ensemble des vins conventionnels étaient contaminés en moyenne par des résidus de 4 pesticides différents, les plus contaminés en contenant jusqu’à 10 alors que les vins BIO étaient vierges de toute contamination. Notre confrère la Gazette de Montpellier vient de réactualiser l’étude en faisant analyser quinze bouteilles de vin, dont trois BIO, issues de divers vignobles français par un laboratoire spécialisé. Résultat : six d’entre elles présentent des traces de pesticide. Mais pour leur part, les vins BIO sont clean de chez clean. Si les limites Maximales de Résidus (LMR) n’ont jamais été dépassées, l’étude précise cependant qu’il n’existe pas de limites spécifiques et que les limites maximales autorisées se réfèrent à celle du raisin qui sont très élevées. En outre, les niveaux de contamination observés dans le vin sont considérablement plus élevés que ceux tolérés pour les pesticides dans l’eau puisqu’on a trouvé dans certains vins testés, des quantités jusqu’à plus de 5.800 fois supérieures aux Concentrations Maximales Admissibles autorisées pour les pesticides dans l’eau du robinet. Des résultats qui ne semblent finalement pas très étonnants dans la mesure où, dans le cadre de ses attributions et indépendamment de cette étude du PAN-Europe, le Cemagref (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement) avait déterminé que si la culture de la vigne couvrait un peu moins de 3 % de la surface agricole utile de la France, elle consomme 20 % des produits phytosanitaires employés en agriculture !

Risques sanitaires

La substance active la plus dangereuse détectée était l’Iprodione présente dans 100 % des échantillons de vins élaborés à partir de raisins contaminés par les pesticides. La Procymidone (93 %), l’azoxystrobine (90 %), l’i-provalicarbe (86 %) et le pyriméthanil (85 %) ont également montré une forte présence parmi les échantillons testés. Les cancers et autres maladies contractées par les vignerons utilisateurs d’insecticides, fongicides et autres herbicides sont en forte progression. Sur ce point, comme le montrent plusieurs études récentes, le doute n’est plus permis : les pesticides pulvérisés dans les vignes, notamment pour traiter les feuilles, peuvent générer, chez les vignerons et leur famille, des cancers, des troubles de la reproduction, des problèmes respiratoires, des perturbations hormonales et des altérations neurologiques. Ainsi, dans la région, «beaucoup d’enfants d’agriculteurs développent des malformations génitales», met en garde Charles Sultan, professeur d’endocrinologie montpelliérain. Des études menées depuis 10 ans dans le vignoble bordelais par Isabelle Baldi (Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement de Bordeaux) sur 528 ouvriers ont montré que les personnes travaillant dans les vignes et qui sont exposées aux pesticides ont une plus grande fragilité aux rhinites allergiques et aux problèmes respiratoires. Leur probabilité de développer certains cancers est multipliée par trois, alors que celle de développer des maladies neuro dégénératives de type Parkinson et Alzheimer, est multipliée respectivement par 5 et par 3. Par ailleurs, si l’on parle de normes, les fameuses (LMR), ne rassurent pas du tout les scientifiques car leur non franchissement ne garantit pas l’innocuité du produit ; les effets de chaque pesticide sur la santé humaine étant encore mal connus – les “limites maximales” sont d’ailleurs régulièrement revues à la hausse. D’autre part, l’association entre plusieurs pesticides, peut s’avérer un facteur aggravant. Enfin, l’un des pesticides mis en évidence par les analyses, le Pyriméthanil, est clairement considéré comme un «cancérigène possible» par l’Agence américaine de protection de l’environnement.

Sulfites

Autre composante du vin, le SO² ou Sulfite qui sert à la conservation du vin. Depuis le 25 novembre 2005, une directive européenne rend obligatoire la mention «contient des sulfites» ou «E220» sur l’étiquette du vin, du même côté que les autres mentions obligatoires que sont la dénomination du vin, le titre alcoométrique, le volume, l’embouteilleur, le lieu d’embouteillage, le numéro de lot et le message de prévention pour les femmes enceintes. Ceci si le taux de sulfites est supérieur à 10 mg par litre. En fait, cette mention, pour la plupart des consommateurs, n’a aucune utilité, puisqu’elle n’indique pas la dose contenue de sulfite qui peut aller jusqu’à 160 mg/l pour les vins rouges et 210 mg/l pour les vins blancs. Il y a de la marge !

 

Programme innovant

Début 2008, Michel Barnier, ministre de l’agriculture a lancé un programme doté de 900.000 euros, pour financer des projets innovants en matière de réduction des produits phytosanitaires en viticulture. Ce programme s’inscrit dans les objectifs fixés suite au Grenelle de l’environnement, de réduire 50 % l’usage des pesticides si possible dans un délai de 10 ans. Cet appel d’offre concernera trois axes de recherche : les nouvelles modalités pour l’application des traitements phytosanitaires, le matériel végétal résistant aux bio-agresseurs (analyse du génome de la vigne et étude des possibilités de résistance aux maladies) et l’anticipation des conséquences du changement climatique sur la protection de la vigne dans les divers terroirs. L’appel à projets élaboré et géré avec le Cemagref, s’adresse aux organismes de recherche et aux instituts de développement-recherche ainsi qu’aux PME qui interviennent en appui aux exploitations viticoles.

Le BIO à l’honneur

Le vignoble BIO représente aujourd’hui 4,6 % du vignoble national ; entre 2008 et 2009, le nombre d’exploitations viticoles travaillant en BIO a progressé de 31,4 %. Les surfaces BIO (converties et en cours de conversion) ont progressé de 38,9 %, avec une progression particulièrement dynamique pour les surfaces en cours de conversion (+72,9 % contre 11,7 % pour les surfaces converties). Le chiffre d’affaires des vins BIO en grande distribution a progressé de 60 %, à 30,6 millions d’euros pour 6,8 millions de cols entre avril 2009 et avril 2010. Elle est également supérieure à la progression globale des produits BIO de grande consommation en grandes surfaces (+28 % en 2009). Les grandes surfaces représentent 45 % des ven-tes de produits alimentaires BIO mais, en ce qui concerne le vin, la vente directe reste un canal privilégié.

Avis de consommateur

En cette période de “foire aux vins”, j’ai pensé qu’il fallait continuer à vous sensibiliser sur le sujet car un consommateur averti sera demain un citoyen en meilleure santé. Depuis toujours, le premier risque de décès en France était lié aux problèmes cardiovasculaires et voilà que depuis peu, ce sont les “cancers” qui passent en tête notamment au travers de nos modes de vie largement pollués par la chimie. Ce zoom sur le vin, est complètement transposable sur les produits que nous consommons tous les jours pour nous nourrir, l’air que nous respirons dans nos maisons, etc. Si l’Europe au travers du projet “REACH” s’intéresse au problème,  en 2008, la “Commission” a refusé d’étendre sur l’UE, la liste des produits chimiques interdits en agriculture. Cherchez l’erreur ou plutôt les lobbies ! Alors il est évident qu’essayer de mieux se nourrir avec des produits issus des AMAP, de l’agriculture BIO ou tout simplement de son jardin sont le meilleur moyen de se protéger. Nous avons trouvé sur les étals des vins rouges BIO d’excellente qualité à moins de 3,50E. Preuve que c’est accessible…



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