Le Nautilus du XXI ° siècle

Jacques Rougerie architecte du SeaOrbiter

La mer a de tous temps fait rêver les hommes, suscitant les espoirs les plus fous. L’homme a toujours été attiré par l’inconnue des profondeurs abyssales de la grande bleue sans jamais vraiment parvenir à surmonter une sorte d’angoisse à l’explorer qui fait qu’à ce jour, nous ne connaissons que très peu de choses de ce monde obscur qui joue pourtant un rôle déterminant pour notre survie. Mieux connaître ce milieu, c’est le défi un peu fou que se sont lancés quelques scientifiques….

 Un monde inconnu

 Que connaissons-nous de l’immensité marine ? 95% des océans sont totalement inexplorés de nos jours. Pourquoi les moyens de la recherche scientifique consacrés à la biodiversité océanique sont-ils si modestes ? Nous en savons davantage sur la Lune, Mars et Jupiter que sur le monde abyssal. Jules Verne, avait ouvert la voie avec son Nautilus, l’exploration des fonds marins est encore de nos jours une grande inconnue. Le SeaOrbiter, qui aurait pu naître de l’esprit fécond de Léonard de Vinci et de l’audace de Jules Verne, est l’œuvre de l’architecte Jacques Rougerie qui pense que «le devenir de l’homme est sur la terre, mais la connaissance est sous la mer.»

 La naissance d’un laboratoire flottant

 Les premières esquisses de SeaOrbiter datent de 1998. Lors d’une banale ballade le long du lac Léman en compagnie de J. Rougerie, le professeur Jacques Piccard, (celui qui avait inspiré Hergé pour incarner le professeur Tournesol), scientifique de renom lui dit : «Jacques, il faudrait absolument qu’on essaye de revenir dans le Gulf Stream, il s’y passe beaucoup de choses… il faut qu’on invente un engin extraordinaire pour de nouvelles explorations, mais ça ne peut pas être un bateau, ça ne peut pas être un sous-marin, il faut trouver une autre idée.» L’idée était sur les rails ! Il faudra la rencontre des deux protagonistes avec un spationaute (J-Loup Chrétien) pour que le rêve devienne réalité.

Sea Orbiter

 Le SeaOrbiter

 Fidèle à la doctrine de Jules Verne qui disait : «Tout ce qu’un homme peut imaginer, d’autres hommes sont capables de le réaliser», c’est un vaisseau de 58 mètres de hauteur dont 27 m immergés, 31 m de long et 23,8m de large qui allait voir le jour. Capable d’emporter 18 personnes dont 6 scientifiques, SeaOrbiter est un vaisseau d’exploration qui permet une observation au-dessus et en-dessous de la surface des océans. La partie émergente reçoit les équipements de navigation et de communication. Elle se caractérise par un pont ouvert aérien, permettant l’observation des cétacés et le repérage des espèces migratrices. La partie immergée, solidaire de la partie émergée, est un observatoire mobile. Au-delà de ses larges hublots, cet observatoire possède de larges baies panoramiques qui créent une relation privilégiée et permanente avec la vie marine. Le faible niveau de pollution acoustique du vaisseau permet en outre une observation fine des sons sous-marins. Avec ses grandes baies panoramiques, son hangar sous-marin capable de lancer des engins d’exploration équipé de technologies de pointe, avec hydroliennes marines, tirant leur énergie de la houle et des courants marins ainsi que d’éoliennes, mais aussi de capteurs acoustiques capables de saisir et d’analyser le moindre bruit sous-marin, ce joyau scientifique devrait être lancé et testé en grandeur nature au cours de l’été 2013.

 Missions scientifiques

Soutenu par de nombreux partenaires scientifiques et institutionnels, le SeaOrbiter s’attachera à étudier «l’homme sous la mer» ; étude en parallèle avec les agences spatiales sur la physiologie et la psychologie des équipages en milieu confiné sur de longues durées, mais aussi le «monitoring des pollutions» : aérosols, processus de bio accumulation des polluants ainsi que «la biodiversité du milieu», la gestion des ressources et l’exploration des monts sous-marins. Enfin, «la climatologie» sera étudiée au travers des observations faites dans les courants (températures, impact du CO2, échanges gazeux, calibrages de mesures satellitaires). La nouveauté réside dans l’observation en continu, 24 heures sur 24, du milieu marin et ce, qu’elles que soient les conditions météo.

 Avis d’écologiste

 La mémoire et le futur de la mer sont une énigme pour nous les Terriens qui ne voyons souvent que tempêtes et naufrages, tsunamis et raz de marée comme seuls identifiants d’un monde qui recouvre 70% de la surface de notre globe. Pour beaucoup d’entre nous, les océans sont perçus comme un milieu hostile. Les réserves halieutiques et nos littoraux habités par la moitié de la population mondiale sont menacés. Les marées noires et la pollution marine semblent être devenues une fatalité et pourtant dans des lendemains qui pourraient être synonymes de famines, la solution pourrait venir de la grande bleue pour autant que nous prenions la mesure de l’enjeu en en préservant les richesses.

Gérard Arnaudé



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