Lalande : la casse de la discorde

La Compagnie d’Exploitation des Ports (CEP, filiale de Veolia environnement) a été retenue pour créer dans le quartier Lalande le premier site de démantèlement de bateaux et péniches à Toulouse. Elle a été la seule à répondre à l’appel à projet lancé par Voie Navigables de France (VNF). A partir de 2013 les épaves devraient y être déchirées. Une annonce qui ne fait pas que des heureux.

A ce jour les deux sites de réparation, à Toulouse au Pont des demoiselles (zone de réparation) et à Ramonville (stockage d’épaves) sont semble-t-il « débordés ». C’est en tout cas le discours tenu par VNF et la Compagnie d’exploitation des ports. Des propos qui font rugir Jean-Marc Samuel, batelier, qui se fait avocat du retour du fret sur le canal: « J’y suis encore allé il y a quelques jours et seule une place sur trois était occupée. » Plus qu’une nouvelle zone de travail, c’est plutôt l’aspect casse à bateaux qui effraie les plaisanciers, car « on a toujours l’inquiétude à proximité d’une telle structure que les collectivités locales mettent la pression aux propriétaires … » Sur place, à Ramonville, on semble pourtant effectivement avoir la tête sous l’eau : « le planning est plein plusieurs mois à l’avance, surtout que nous sommes la seule cale qui accueille des bateaux de 40 mètres. L’ouverture d’un troisième site est justifiée, il est évident qu’un besoin existe, en particulier avec une technicité différente et des spécificités notamment pour l’enlèvement et le tri de déchets, termine-t-il, car nous devons sans cesse faire appel à des entreprises extérieures.  Depuis que la région Midi-Pyrénées accorde une aide au titre du patrimoine fluvial, l’agenda de désempli pas ».

50 à 100 épaves sur le canal

L’annonce d’une telle implantation ne date pas d’hier. En 2009, une table ronde autour du thème de l’avenir du canal organisée par l’UMIH batellerie (organisation réunissant aujourd’hui les trois bateaux promenades de Toulouse) abordait déjà le sujet. Pour Jean-Marc Samuel ce n’est pas très compliqué : « Ils vont mettre des quais, des bornes, l’eau et l’électricité et faire rentrer de l’argent contre stationnement ! C’est dommage de privatiser ainsi le port de Lalande initialement prévu pour relancer le transport fluvial, surtout pour un argument frauduleux ! » Car via ce projet, VNF entend nettoyer le canal et le libérer des 50 à 100 épaves jonchant ses berges entre Bordeaux et Sète. Des ruines polluant son eau de leurs résidus. Le projet prévoit donc un chantier naval ainsi qu’une casse de bateaux saisonnière, qui déchirerait les épaves de manière respectueuse de l’environnement (tri, récupération recyclage). Pourtant s’exclame Jean-Marc Samuel « les péniches ont une durée de vie illimitée ! Il y a surement quelques petits bateaux dont les propriétaires ne peuvent plus payer l’entretien et qui sont souvent coulés, mais à Toulouse on a détruit en tout et pour tout 3 péniches! La destruction et le recyclage de ces embarcations en acier ayant servis au transport de marchandises  ne peut pas être un créneau porteur car il est rarissime que l’on ne puisse pas les réparer. » Un autre détail chiffonne les bateliers : la plupart des épaves sont situées vers Agde, comment les rapporter à Toulouse et à quel prix ?

Mainmise sur les ports du canal ?

Beaucoup voient en ce projet une stratégie d’entrisme dans le canal : « 5 ports sont déjà gérés par Veolia, on comprend bien leur objectif mais il ne faut pas le déguiser sous des prétextes écologiques », termine Jean-Marc Samuel. Le projet a pris beaucoup de retard, l’ouverture initialement prévue à l’automne 2012 semble repoussé à 2013. La CEP est encore en phase réglementaire et met la pédale douce côté communication. Potentiellement Lalande pourrait accueillir une plateforme en béton de plus de 3000 m2, un quai de 80 mètres et générer un rapprochement étroit avec la DRIMM ( Déchets Recup Indus Menag Montech). Un investissement qui s’élève à 270 000 euros. Le projet fait en tout cas réagir un grand nombre de riverains et d’associations. Et si les péniches semblent immobilisées sur les berges, les pétitions, elles, circulent.

 

Aurelie Renne

REPERES

-La VNF est en charge de la navigation et de l’entretien des 700 km du Canal des Deux mers.

-La CEP est filiale à 100% du groupe Veolia environnement et appartient à la Direction des activités maritimes et fluviales du groupe. Elle est spécialisée dans le démantèlement et la démolition de navires en fin de vie.



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